Saint Thomas More
Honneur à la politique !

Fr. Jean-Miguel
Garrigues op.
MARDI 7 MARS à 20 H 00

S. THOMAS MORE (1478-1535)
HUMANISTE, JURISTE, CHANCELIER D'ANGLETERRE, MARTYR,
PATRON CELESTE DES HOMMES POLITIQUES.

Né d'un père avocat et juge en 1478, Thomas More étudie à Oxford, puis fait son droit. Il devient un humaniste éminent, capable de discourir en latin et en grec avec une grande aisance, influencé par l'omniscient Pic de la Mirandole (1463-1494) dont il écrit la vie. Il rencontre Erasme de Rotterdam (1466-1536) en 1499, lors du voyage de celui-ci en Angleterre. Il fait de lui un portrait dithyrambique, et se lie d'amitié avec lui. Erasme lui dédicacera son Eloge de la folie (1509), féroce réquisitoire contre les abus de toute sorte et les déviations de l'Eglise, dont le clergé est en pleine décadence à la veille de la Réforme. More lui fera écho par son Utopie (1516). Il est en relation avec tous les humanistes européens et Hans Holbein peint par deux fois son portrait.
Très proche des Chartreux de Londres, chez lesquels il aime faire retraite, après avoir hésité par rapport à la vocation religieuse, il choisit la carrière de magistrat, puis la vie politique quand il entre au Parlement de Londres en 1504. Il fait un premier mariage en 1505, qui lui donnera quatre enfants dont Margaret, sa fille préférée qu'il éduquera comme une humaniste. A la suite du décès de sa femme, il se remarie en 1511.
Il écrit des ouvrages de théologie contre le protestantisme, dont en 1521 La défense des sept sacrements qui paraîtra sous la signature du roi Henry VIII d'Angleterre, nommé pour cela par le pape défenseur de la foi. Mais il met en garde son souverain : en proclamant une allégeance trop inconditionnelle au pape, il risque de se trouver embarrassé s'il doit un jour s'opposer à lui, de prince temporel à prince temporel, sur le terrain de la politique internationale. En 1529 il succède comme Lord Chancelier (premier ministre) d'Henry VIII au cardinal Thomas Wolsey (1475-1530), qui avait tenté en vain de faire reconnaître en Cour de Rome la nullité du mariage du roi avec Catherine d'Aragon, la veuve de son frère, sur la base de ce lien familial au sujet duquel Rome avait dû accorder une dispense. Voyant qu'Henry VIII conduit les évêques vers un schisme avec Rome pour obtenir d'eux la dissolution de son mariage, Thomas More démissionne en 1532, sans dévoiler pour autant ce que lui dicte sa conscience, puis s'enferme dans le silence pour ne pas nuire à la paix civile de son pays et à la sécurité de sa famille.
Mais bientôt il doit refuser de signer l'Acte de Suprématie (1534), par lequel le Parlement reconnaît le roi comme chef de l'Eglise d'Angleterre. Cet acte est approuvé par tous les évêques anglais sauf John Fisher, évêque de Rochester plus tard créé cardinal par le pape pendant son emprisonnement, qui mourra lui aussi martyr de même que les Chartreux de Londres. Jugé pour hérésie, Thomas More est emprisonné pendant quinze mois à la Tour de Londres, où il rédige plusieurs ouvrages spirituels et résiste aux affectueuses pressions des siens qui l'invitent à signer l'Acte. Comme il s'abstient jusqu'au dernier moment de son procès de dire la raison de conscience pour laquelle il refuse de souscrire à l'Acte et qu'il se défend en brillant juriste, on doit avoir recours pour le condamner à de faux témoignages. Au moment où la sentence est prononcée, il se sent libre de faire une éclatante profession de foi en la constitution divine de l'Eglise fondée par le Christ sur Pierre et ses successeurs, que nul pouvoir politique ne peut modifier. Il est décapité le 6 juillet 1535, non sans avoir fait preuve jusqu'au bout du plus exquis humour anglais en disant à son bourreau au pied de l'échafaud : " Pouvez-vous m'aider à monter ? Pour descendre je me débrouillerai tout seul ". L'Eglise Catholique l'a proclamé saint au titre de martyr en 1935 (fêté conjointement avec S. John Fisher le 22 juin). Le 1er novembre 2000 le pape Jean-Paul II a fait de lui le patron des responsables de gouvernement et des hommes politiques par une lettre apostolique qui parle de lui en ces termes : " C'est précisément pour son témoignage de la primauté de la vérité sur le pouvoir, rendu jusqu'à l'effusion du sang, que saint Thomas More est vénéré comme exemple permanent de cohérence morale. Même en dehors de l'Église, particulièrement parmi ceux qui sont appelés à guider les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme source d'inspiration pour une politique qui se donne comme fin suprême le service de la personne humaine ".