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Gilbert Narcisse op :
Les cinq preuves de la Résurrection
Dimanche de Pâques, 15 avril 2001
Plus vite, moins vite, Jean et Pierre, courent au tombeau. Plus vite, moins vite, l'amour fou du disciple bien-aimé et l'amour vrai du disciple fondement de l'Eglise. Alors, tout se joue en deux mots. Voire et Croire. Parce qu'il s'agit de foi, les apôtres, l'Eglise primitive, les chrétiens parleront toujours de la résurrection avec émotion, enthousiasme, comme si tout dépendait de la résurrection. On ne peut croire à la résurrection qu'avec passion. Tout dépend de la résurrection, car c'est la résurrection qui fait le disciple et non l'inverse. A partir de la résurrection, tout devient réalité, " réellement réel " : il est vraiment ressuscité ! La Bible, les religions, les récits mythiques connaissent des récits d'un homme qui revient à la vie. Mais la résurrection n'est pas un mort qui revient à la vie mais la victoire définitive sur la mort et, désormais, une toute autre manière de vivre. Le Ressuscité échappe à toute mort. Aucun vivant ne pouvait imaginer cela et surtout pas le réaliser. La résurrection est un événement absolument unique, absolument imprévisible, sans comparaison. Rien n'annonçait cette nouveauté radicale de la résurrection et pourtant elle est l'aboutissement de tout ce que Dieu concentre de réalité, de vérité, de bonté, de bonheur et de joie. Il n'y a rien de plus réel de plus vivant que le Ressuscité. Parce que vivant d'abord, vivant surtout, le Ressuscité ouvre le passage de la vie temporelle à la vie éternelle. C'est pourquoi la résurrection est bien un événement historique. Elle touche toute vie humaine dans l'histoire. Mais c'est plus qu'un événement historique. Car la résurrection plonge dans deux extrêmes, le monde des morts, son point de départ, et l'éternité de Dieu, son accomplissement définitif. C'est donc un événement qui dépasse l'histoire. Une telle densité de vie, ouverte à des horizons vertigineux, dépasse tout ce que l'homme peut connaître, inventer, imaginer. C'est pourquoi, il ne pouvait pas y avoir de témoin de la résurrection en train de se faire. C'est pourquoi aussi la seule manière d'accéder à la résurrection est la foi. C'est la foi qui interdit de regarder la résurrection comme un pur spectateur. C'est la foi qui interdit d'exiger des " preuves " de la résurrection. Mais est-il vrai que la résurrection ne présente aucune preuve ? Est-ce que toute notre foi ne serait suspendue qu'à l'enthousiasme des premiers témoins ? D'ailleurs, saint Luc commence ainsi son livre des Actes des Apôtres : " C'est encore aux disciples qu'avec de nombreuses preuves, Jésus s'est présenté vivant après sa passion " (Ac 1, 3). Il y aurait donc des sortes de preuves de la résurrection. En tout cas, s'il y a des preuves, elles ne pourront jamais nous dispenser du seul moyen d'accéder à la résurrection. Seule la foi nous permet de communier à la profondeur de ce mystère. Par exemple, le Saint Suaire vénéré ne peut aucunement constituer une preuve de la résurrection qui nous dispenserait de la foi. La résurrection est plus profonde que l'histoire et donc dépasse toute preuve historique. Alors, que veut dire saint Luc quand il parle de " nombreuses preuves " ? Ce sont des preuves qui se développent à l'intérieur de la foi ou provoquant ce que la foi a de trop implicite chez le croyant pour la rendre plus nette, plus convaincue. C'est pourquoi, le Nouveau Testament et la liturgie du temps pascal nous feront entrer en contact avec le Ressuscité selon plusieurs angles. En ce sens, on peut alors parler de cinq preuves de la Résurrection qui peuvent nous aider à vivre cette Pâque. La première preuve : la résurrection est une rencontre dont Dieu à l'initiative. Notre évangile le montre à l'extrême. Pierre et Jean sont déjà dans la béatitude de ceux qui croient sans avoir vu d'abord l'apparition du Ressuscité. Cependant, ils voient quand même un signe : le tombeau vide, le linge bien rangé. Plus tard, toutes les apparitions du Ressuscité se feront à son initiative. Ce n'est donc pas une vision imaginaire ni une simple vision objective mais une rencontre dans la foi qui est décidée par le Ressuscité. La deuxième preuve, c'est que le Ressuscité reconnaît celui qu'il rencontre dans la profondeur de son être à tel point que cela provoque sa conversion totale, le faisant passer de l'absence de foi ou d'une foi faible à une foi assurée. Tant que nous n'avons pas fait l'expérience du ressuscité nous n'avons pas la foi. Tant que notre foi ne se vit pas d'abord à partir du Ressuscité, nous n'avons pas encore assez la foi. La troisième preuve est que la résurrection me fait accéder au mystère le plus profond de la personne de Jésus. J'ai pu connaître un attrait par la bonté de son humanité. Maintenant, je sais qu'il est Dieu car seul Dieu peut être ainsi maître de la vie et de la mort. Mon Seigneur et mon Dieu. La quatrième preuve, c'est que la résurrection donne sa cohérence à toute la vie de Jésus. Les évangiles sont écrits à la lumière de la Résurrection. L'évangile est un " évangile de la résurrection ". Là voilà la bonne nouvelle qui dépasse par sa joie toutes les tristesses de ce monde. La cinquième preuve, enfin, c'est que la résurrection provoque la mission des disciples, et ce dans un don d'eux-mêmes si fort. Ils reçoivent le don de l'Esprit et ils sont assurés de la présence du Christ. C'est pourquoi le chrétien comprendra sa vie comme un vivant, ce qui s'appelle vivre ! Vivre de cette vie qui donne son intensité à tout parce qu'elle est porteuse de vérité, de bonté. Vivre de cette vie qui donne son intensité à tout parce qu'elle ne se laisse pas accabler trop longtemps par les tristesses sans pourtant fermer les yeux car le Ressuscité c'est celui-là même qui a été crucifié. Vivre de cette vie qui donne son intensité à tout parce qu'elle tient d'une main la terre et de l'autre le ciel et qu'elle sait que le seul achèvement véritable de la vie c'est de vivre encore plus, avec les saints et les martyrs. Il y a bien des manières de ressentir un attrait pour la personne de Jésus. On peut être saisi par la sagesse de son enseignement ; on peut reconnaître la puissance de ses miracles ; on peut aimer la bienveillance de son humanité ; on peut être bouleversé par la compassion de sa mort. Ce n'est pas encore la foi totale. Pour rencontrer Dieu, il faut aller jusqu'à l'extrême de la foi. Il faut rencontrer Jésus ressuscité comme le vivant, le vivant du Père qui l'a ressuscité, la vivant de l'Esprit qui donne la vie, la vivant de ma vie.