Fr.
Jean-Pierre Arfeuil :
Résurrection discrète
Samedi-Saint, Vigiles et Messes pascale, 14 avril 2001
Au tout début de la Bonne nouvelle du dessein bienveillant de Dieu pour notre salut, l'évangile de S. Luc fait le récit de l'annonce par un ange de la naissance humaine du Fils de Dieu : l'Annonciation à une femme, à Marie, la Sainte Vierge. Et c'est son incarnation. Et puis, après le " passage " par la passion et la mort, l'évangéliste aujourd'hui rapporte le récit de l'annonce par deux anges de la nouvelle naissance du Fils de l'homme : l'annonce à des femmes, deux autres Marie, et Jeanne, et d'autres encore, les " Saintes femmes ". Et c'est la résurrection. La premier message est suivi par de longues années de vie cachée, marquée seulement de quelques rares événements signifiants : les bergers et les mages, la présentation au Temple, le premier pèlerinage à douze ans. Et puis, il y a ces trois années de vie " publique ". Des foules sont évangélisées et quelques " signes " étonnants manifestent la puissance de cet étrange prophète qui se dérobe et se met à l'écart chaque fois qu'il suscite l'admiration des gens et l'espoir d'une libération terrestre. Il vit au milieu des gens, suivi plus fidèlement par quelques hommes - et parmi eux les Apôtres - et quelques femmes qui lui seront fidèles, plus ou moins, jusqu'au bout. Il fait le bien et proclame l'évangile de l'amour miséricordieux et sauveur du Père. " C'est au grand jour que j'ai parlé au monde, j'ai toujours enseigné dans le Synagogue et dans le Temple. Je n'ai rien dit en cachette. Demande, dit-il au Grand Prêtre, à ceux qui m'ont entendu ce que je leur ai enseigné ; eux savent bien ce que j'ai dit " (Jn 18, 19-20). Refus du pouvoir certes - " mon royaume n'est pas de ce monde " - et du succès humain dans l'obéissance jusqu'à la mort et la mort de la Croix, mais quelques mois vécus au su et à la vue de tous. Alors arrive le " Troisième Jour " et les femmes viennent au tombeau pour finir son ensevelissement, et le tombeau est vide, et les anges annoncent qu'il est ressuscité comme il l'avait annoncé. Oui, il est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. Sa prière a été exaucée : " Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de toi avant que fût le monde ". " Dieu l'a fait Seigneur et Christ ce Jésus que nous avons crucifié. " Il a vaincu le mal, le péché et la mort, et l'Ennemi diabolique. C'est pourquoi nous proclamons dans l'exultation sa victoire éclatante, avec les anges et la création tout entière. C'est pourquoi nous chantons dans la jubilation la Gloire de Dieu au plus haut des cieux et la paix sur la terre aux hommes qu'il aime. C'est pourquoi nous crions notre joie de l'aboutissement de notre espérance : nous voici libérés, vivants, enfants de Dieu en Lui pour la vie éternelle. Il a franchi et brisé les portes de la mort et ouvert toutes grandes celles du Royaume de Dieu. Mais. Mais dans ce temps si long qui sépare sa résurrection de sa manifestation dans la gloire, dans ce temps si long de l'attente et de l'avent qui recommence, dans ce temps si long de l'Eglise de la terre, sa victoire est modeste et discrète, plus encore que sa " vie cachée ". Oui, il est ressuscité, mais au contraire de sa naissance et de sa mort, sa résurrection s'est faite sans témoins. Et après, il s'est si peu manifesté. D'abord le vide du tombeau et l'annonce des anges à ces quelques femmes dont le témoignage est sans valeur et dont les propos ne paraissent que radotage. Puis il s'est donné à voir à Marie-Madeleine, aux Apôtres, à quelques disciples et à Paul le dernier. Voilà que le Ressuscité se fait plus caché, plus insaisissable, plus mystérieux encore que l'enfant de Nazareth. Moins que jamais il ne s'impose ! C'est le temps de la Foi, de la lumière obscure, mais certaine ; c'est le temps de l'Espérance fragile, mais assurée ; c'est le temps de la Charité difficile, mais vivifiante. C'est le temps de la vie, pour chacun de nous et pour l'Eglise, de la vraie vie qui jaillit en source féconde de grâce du côté transpercé du nouvel Adam ressuscité et germe doucement, humblement pour faire grandir en nous l'enfant de Dieu. Plongés avec Lui par le baptême dans la mort, nous recevons de Lui en effet cette vie nouvelle que, ressuscité, il nourrit de son Corps livré et de son Sang versé qu'il donne à son Eglise dans le banquet eucharistique jusqu'au dernier jour des temps où il reviendra pour célébrer le banquet des noces éternelles de l'Agneau. Alors, mais seulement, il se manifestera dans sa Gloire de Ressuscité et nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu'il est.