Fr. Pierre-Alain Malphettes o. p. :
Confiance, il t'appelle
Dimanche 29 octobre 2000, 3° dim. TO, Mc 10, 46-52

Admirables évangiles dans lesquels nous puisons notre joie et notre réconfort. Seule parole qui ne ment ni ne trahit ; seule parole qui tienne bon ; seule parole qui vaille la peine d'en scruter les profondeurs cachées. Terre inconnue dans laquelle nous sommes invités à nous reconnaître ; terre étrangère qui, soudain devient familière. Seule parole qui nous respecte, et qui nous invite à sortir de nos ornières. Il est enfin prêt ; cela faisait longtemps qu'il attendait ce moment. En effet, nous voilà aux prises aujourd'hui avec le treizième et dernier écrit de guérison rapporté par l'évangéliste Marc ; seule guérison qui se déroule en Judée, aux portes de Jérusalem. Il est enfin prêt à cheminer à la suite de Jésus. Aboutissement d'un long cheminement qui l'a conduit à Jéricho, la ville la plus basse du monde (à plus ou moins trois cents mètres au-dessous du niveau de la mer). Cheminement d'humilité et de patience. Premier et seul malade guéri par Jésus et dont nous connaissions le nom : Bartimée. Ici guéri par Jésus, il devient capable de répondre personnellement de ses actes ; cette guérison le conduit à l'expression d'une foi adulte et personnelle. Premier - et pourtant pauvre et aveugle- à donner à Jésus le titre messianique de fils de David ; Bartimée confesse sa foi : Jésus est le Messie, il est son Sauveur. Cet homme a une opinion personnelle sur Jésus : fruit de ce qu'il a entendu dire de lui, de son expérience personnelle et de sa foi. Il est capable de défendre ses opinions contre tous. Il est capable de résister seul à la foule qui lui est d'abord hostile. Oui, Bartimée est prêt à cheminer à la suite de Jésus-Christ Il est assis au bord du chemin. En fait, c'est ici moins une attitude de passivité et de dépendance qu'une attitude d'attente et d'espérance. Il ne peut rien faire sans Jésus-Christ et il le sait ; il attend sur le bord du chemin en espérant que Jésus-Christ passera. Ses pieds sont malades ; il voudrait suivre Jésus, mais il attend et espère son appel. Il mendie, sa main est malade, elle s'ouvre pour gémir sue sa misère. Elle attend de pouvoir en entraîner d'autres à la suite de Jésus. Tout est malade en lui parce qu'il ne voit pas. Et voilà que tout à coup Jésus-Christ passe ! Une espérance folle monte en son coeur et son cri de détresse renouvelé déchire l'air pour parvenir aux oreilles de Jésus ; son cri atteste que son espérance est en Lui. Mais il y a toujours et encore ce manteau qui l'entrave : sa richesse, son trésor, son refuge ; le manteau d'un pauvre, c'est quelque chose "Si tu prends en gage le manteau d'un pauvre, tu le lui rendras avant la nuit" ; ce manteau, c'est sa dernière hésitation, son dernier repli. Et l'appel de Jésus bondit dans son coeur assoiffé ; il en tressaille, d'un seul geste, il bondit hors de son manteau pour se retrouver aux pieds de Jésus ; rejetant le dernier obstacle à l'accueil du Messie. Jésus devint son refuge, sa richesse, sa protection. Il veut retrouver la vue qu'il avait perdue. Image de celui qui a péché en Adam et que le péché a plongé dans les ténèbres de la non-vie. Et dans la Bible, voir Dieu c'est mourir! Il devient disciple de Jésus Christ, il marche à sa suite ; Bartimée est le premier et seul malade guéri, désigné comme marchant à la suite du Christ. Il va monter à Jérusalem, avec le Christ, pour aimer dans la dimension de la Croix, pour aimer l'ennemi, pour aimer et donner sa vie pour celui-là même qui donne le coup mortel. Voilà le chemin qu'il nous montre ; voilà le chemin que nous avons à suivre. Oulalala! Oulala! Oulala! Je vous entends d'ici mes frères : " Moi, je ne suis pas Jésus-Christ, Jésus le fait : c'est très bien ; et heureusement qu'il y a quelqu'un pour aimer ainsi.les saints, oui, sans doute, Bartimée puisque vous le dîtes mais, moi, je ne suis pas Jésus-Christ!" Eh bien si, justement! Depuis votre baptême vous avez un petit air de ressemblance avec Jésus. Monter à Jérusalem, ce n'est pas un programme pour une élite chrétienne, non, c'est le programme ordinaire du chrétien. Rappelez vous tous ceux que Jésus a guéris La belle-mère de Simon! Croyez-vous qu'elle se soit mise à la suite de Jésus-Christ ? pas du tout! L'homme au souffle impur, croyez vous qu'il soit monté à Jérusalem ? Pas du tout! Et la syro-phénicienne et sa fille! Et le chef de la synagogue et sa fille! Et le sourd-bègue! Et l'homme dans les tombeaux , eux non plus! Il y en a un tout de même qui aurait bien voulu rester avec Jésus, avec son enthousiasme de néophyte : C'est le démoniaque de Gérasa mais Jésus ne l'a pas voulu, car il n'était pas encore prêt à le suivre : Bartimée, lui, en est devenu capable. Confiance, mes frères, monter à Jérusalem est un chemin progressif . C'est le Seigneur Jésus, qui Lui-même va nous préparer à y monter en guérissant peu à peu tout ce qui nous empêche d'aimer comme il a aimé Alors, que faire ? Se laisser préparer humblement et patiemment par le Seigneur Se mettre sur le passage de sa parole, là où nous sommes certains d'être sur son passage ; là, nous sommes certains d'entendre sa parole Si nous reconnaissons son passage dans notre vie, confessons notre foi en son Salut. Crions vers Lui avec persévérance. Il serait bien étonnant qu'il ne finisse pas par nous entendre, et nous appeler. Confiance, mes frères. Amen.