Fr. Guy Lespinay, o. p. :
Etre juste à la manière de Jésus
Dimanche 24 septembre 2000 : 25ème du temps ordinaire

Les fils de Dieu sont des justes, mais le vrai juste est le Christ Sauveur modèle de toute justice. Nous sommes appelés à l'imiter. C'est là qu'est la grandeur de notre vocation. Mais le juste est confronté au mal et aux impies qui ne reconnaissent pas en Jésus celui qui vient sauver le monde et surtout qui ne reconnaissent pas son autorité. Tout comme lui, le Chrétien est souvent rejeté. Les martyrs au nom de la foi ne se comptent plus. Les impies nous soumettent à toutes sortes d'épreuves, dit l'Écriture : ils nous contrarient. Car leur science et leurs convictions, à la lumière de l'expérience, diffèrent de la nôtre. Au-delà de l'empirique auxquels ils sont fiers d'adhérer, nous croyons au mystère et à la transcendance. Ils nous font des reproches, car nous sortons de l'ordinaire et notre conduite les condamne. Ils s'opposent à nous car cela leur donne bonne conscience et leur permet d'exprimer leur peur. Ils nous accusent car l'accusation permet souvent de masquer la vérité de nos sentiments intérieurs. Ils nous soumettent aux outrages et aux tourments pour venir à bout de la foi et de la constance afin de ne plus être gênés par nos propos et notre conduite. Face à cette opposition, la douceur, la patience, la bonté, la paix doivent caractériser le juste. C'est l'arme du combat contre le mal. L'impie préfère la guerre et la controverse, car la paix conduit à la Vérité, et par la Vérité l'illusion est compromise. La discorde fait perdurer le mensonge. Les impies, dit saint Paul, sont jaloux et aiment la discorde. Le dessein de Dieu est de susciter la sagesse par l'oeuvre de l'Esprit : cette sagesse qui naît de Dieu est droiture, paix, tolérance, miséricorde, féconde en bienfaits, sans partialité et franche. Ces vertus mènent à la justice. La rivalité est l'oeuvre de l'Impie, la paix est l'oeuvre de l'Esprit. La convoitise et l'égoïsme ne peuvent pas faire entrer l'homme dans le Royaume car il est générosité et ouverture. La prière nous procure cette capacité de faire advenir le " Royaume " en nos coeurs, nous liant intimement au projet sauveur de Jésus. Elle se fait ardente et pleine d'amour. Les disciples n'ont pas encore acquis cette sagesse. Ils sont en chemin. Ils questionnent, doutent et ils ont peur d'un message exigeant, hors de la culture légaliste et conformiste que leur offre leur monde religieux sécurisant. Pour la deuxième fois, Jésus leur annonce sa passion. Jésus sent la nécessité d'instruire ses disciples sur la vérité. La valeur des souffrances de Jésus sera porteuse de salut. Il faut du temps au disciple pour le comprendre. Dieu va donner son Fils. Le mot " livré " signifie le don fait aux hommes par Dieu plutôt que la trahison de Judas. Les disciples sont préoccupés du rang qu'ils tiendront dans ce Royaume nouveau. Ils se taisent maintenant. Car l'orgueilleux ne peut souffrir d'être vaincu. Il n'ose le dire. Comment un crucifié pourrait-il être le juste envoyé par Dieu pour sauver l'humanité ? Jésus présente l'image de l'enfant. Le mystère de la Mort et de la Résurrection doit être reçu comme les enfants reçoivent les cadeaux et l'amour qu'on leur prodigue. C'est dans les yeux pétillants d'un enfant qu'on découvre la surprise, la naïveté de la découverte et l'accueil bienveillant du nouveau. C'est dans les yeux de l'enfant que se reflète l'amour donné des parents, le sacrifice de celui qui donne tout par amour. Le " sauvé ", c'est l'enfant qui reçoit. L'enfant est le croyant qui, les yeux braqués sur la Croix, voit dans le visage endolori du Christ, la vie naissant de l'eau et de l'Esprit. Celui qui offre d'amener avec lui le pécheur repenti, celui qui pardonne à ses bourreaux. L'enfant peut comprendre tout cela. Il regarde, il sait écouter et percevoir, il expérimente, il est avide d'apprendre. Celui qui veut vraiment suivre le Christ a intérêt à devenir comme un enfant regardant les yeux grands ouverts, et avec étonnement, la vie qui jaillit de l'expérience chrétienne. Celui qui reçoit à la manière de l'enfant se laisse bercer dans l'espérance de ses découvertes. Puissions-nous apprendre à donner la vie selon notre rang propre, cherchant comme des enfants de Dieu à construire avec Jésus le Royaume. Là est le chemin vers notre propre résurrection.