POUVOIR ou SERVICE
Textes : Is 53, 10-11 ; Héb 4, 14-16 ; Mc 10, 35-45
Homélie du 29e dimanche du temps ordinaire : frère Guy Lespinay, o.p.
Le 19 octobre 1997
Après la lecture de ce texte où Jacques et Jean, les fils de Zébédée, questionnent Jésus, on a l’impression de deux personnes qui sont en négociation d’emploi. Ils veulent surtout savoir où les mènera leur engagement à la suite de Jésus.
" Accorde-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. " La finalité sera tout simplement un privilège après avoir servi Jésus de manière aussi généreuse.Mais Jésus, qui a le sens aigu de sa vraie vocation au service de son Père, se rend bien compte que Jacques et Jean ne comprennent pas les enjeux. Il faut plus que des personnes intéressées aux promotions et à leur statut social pour que le nouveau royaume se réalise. Tout homme a le désir de progresser et surtout de trouver son identité et sa place dans une société. Jacques et Jean ne sont pas indifférents à cela.
Jésus leur annonce alors que la coupe à laquelle ils devront boire sera la même que la sienne. Jésus fait prendre conscience à ses amis qu'ils devront accepter, pour entrer dans le dynamisme de sa mission, de se buter à la réalité humaine qui n’est pas encore passée à l’état de perfection. Il y aura hostilité et souffrance
. Si nous voulons avoir accès au Royaume, si nous voulons entrer vraiment dans le mystère de la mission de Jésus, la condition première est de devenir un serviteur de l’humanité.L’homme a tendance à saisir le pouvoir plutôt qu’à servir l’humanité. Et il y a plusieurs types de pouvoir. Il y a le pouvoir d’autorité où l’ambition nous éloigne du service. Il y a le pouvoir des idées qui permet de manipuler la pensée avec nos notions savantes sur tout et sur rien. Il y a le pouvoir de l’argent qui donne accès à l’abondance et mène à l’égoïsme. On acquiert beaucoup pour soi et s’il reste quelque chose on hésite à donner de son superflu. Il y a le pouvoir politique qui permet de manipuler les situations et les lois de sorte que les contraintes retombent sur les faibles sans souci de justice. Il y a le pouvoir de séduction qui cherche toujours l’approbation. Il y a la main mise sur les décisions qui évitent de se mettre au service des autres et de comprendre leurs besoins.
Ce que Jésus nous rappelle aujourd’hui, c’est que
la mission du chrétien se situe au-delà de tout ça dans une attitude constante de charité.Et alors, la charité se met au service des autres à tous les niveaux : sur le plan politique, social, culturel, spirituel académique.
La charité est vérité sur les attitudes, les comportements et les idées sans jamais prendre sous son contrôle la pensée de l’autre. La charité est don de soi à l’homme pour que chacun trouve ce dont il a besoin pour son confort et sa santé dans un esprit d’altruisme. La charité est justice là où la politique détermine les lois et les décisions en fonction d’un partage équitable des biens et ressources. Elle édifie une société qui tient compte du plus faible et du plus démuni. Elle est active là où la compassion engage le raisonnement et les options humaines vers le souci de l’autre. La charité est honnête car elle ne pourrait accepter des rapports de séductions équivoques où l’autre perd sa liberté de décider et d’agir selon l’Évangile.La suite du Christ implique souffrance et hostilité
. Le chrétien accepte d’être au rang de ceux qu’on rejette à cause de leur bonté et de leur compréhension. Notre mission n’est pas d’agir pour avoir des honneurs et une reconnaissance terrestre ou céleste. Notre mission est de servir le nouveau règne qui transformera, nous l'espérons, la République Française, la Fédération Canadienne ou le Royaume d’Angleterre, parmi tant d’autres pays, en des états où règne la justice et la paix.Notre mission est de servir l’homme comme Jésus
l’a fait dans toutes les instances où nous nous retrouvons avec la possibilité de donner de soi par la charité. Le papa et la maman se donnent l’un à l’autre et à leurs enfants par amour. Le prêtre et le religieux, par choix personnel et par amour, veulent suivre les traces de Jésus dans son service des autres. Le don de soi pour la mission implique cette constante abnégation de soi qui veut rendre heureux un monde en quête du vrai bonheur, un monde en recherche.Est-ce que la petite Thérèse, déclaré aujourd’hui docteur de l’Église
, ne nous amène pas à prendre conscience que la première connaissance ou la première qualité intellectuelle à acquérir pour le chrétien est celle de l’amour qui enjambe les océans en proclamant que ce même amour a priorité sur tout.Cette jeune fille qui, dès quinze ans, devient religieuse et meurt de la tuberculose à 25 ans, nous fait voir que seul l’amour, la charité vraie, humble et candide, arrivera à vraiment nous situer au bon endroit, tant sur la terre que dans le Royaume à venir.
Rendons grâce au Seigneur pour la vie de Thérèse et pour tous ceux et celles qui s’engagent à l’imiter, tout en respectant l’originalité qui leur est propre.