"Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler"

Fr. Jean-Christophe Clair, sur Mt 22, 1-14

 Il était une fois mi roi qui fit mi festin de noces pour son fils....

Voilà une bien belle histoire, Le seul problème est que la fin ne s'accorde pas à nos contes habituels "Ils vécurent heureux ... ", au contraire, ça finit mal! Ça finit même très mal! Pourquoi? Parce qu'un des convives n'avait pas la robe des noces! Le moins qu'on puisse dire c'est que le roi ne badine pas avec l'étiquette. Est-ce seulement à cause du vêtement que I'homme est jeté dehors? Pas sûr! Laissez moi à mon tour vous raconter une histoire :

" Il était une fois un jeune chevalier qui avait nom Perceval le Gallois. Un jour, alors qu'il chevauchait, il rencontre un homme en train de pêcher. Cet, homme était le mystérieux Roi-pêcheur - il invita Perceval en son château. Alors qu'ils étaient tous deux attablés, voici que des serviteurs passèrent devant eux en portant des objets insolites, une lance dont le sang s'égouttait de la pointe, un graal et un tailloir d'argent. A plusieurs reprises cette procession eut lieu mais le jeune homme ne prit jamais la peine d'interroger la Roi sur la raison de cet étrange événement. Quelle qu'en soit la conséquence, bonne ou mauvaise, il ne chercha pas à savoir ni ne: posa aucune question, A son réveil, alors que la clarté de l'aube était déjà répandue, il ne vit plus personne. Toutes les les portes étaient closes à l'exception du portail et du pont-levis qu'il dut franchir. Tout l'invitait à quitter les lieux. Un peu plus tard il rencontra une demoiselle esseulée. Il lui rapporta son aventure en lui signalant que pas un mot n'était sorti de sa bouche. Elle lui dit alors ces paroles : Quelle malchance pour toi que tu n'aies rien demandé, il en aurait résulter tant d'avantages, Mais maintenant, sache bien que résulteront de ton silence des ennuis et des calamités pour toi et pour d'autres . "

"Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler"

Voyez-vous, par cette histoire tirée des légendes arthuriennes, j'ai voulu attirer votre attention sur un élément de la parabole sur lequel on passe facilement. L'homme de la parabole, tout comme Perceval, se tait. Il reste muet tandis que le Roi attendait sa réponse. On pourrait même traduire de façon plus juste par : Il se muselle"

"Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler"

L'écriture est pleine des cris de l'homme vers Dieu : " Vers toi, Seigneur j'appelle, ne sois pas sourd! Que je ne sois devant ton silence comme ceux qui descendent dans la fosse"

Ces cris, ces appels, nous les répétons à loisir, Dieu se tait, Il ne nous répond pas. Nos prières? Il ne les entend pas. Nos questions ? Toujours sans réponse. Dieu est loin, Il ne se soucie pas de ce que nous périssons.

Mais Dieu a parlé, E nous parle encore. A Abraham, à Moïse, il a parlé . Par les prophètes il a fiait entendre sa Parole, Il nous a donné son Fils, le Verbe, qui nous a révélé la Parole de Dieu. Aujourd'hui, par l'Ecriture, par nos frères, par ses ministres, il nous parle. 'Nous voudrions que la Parole de Dieu soit aussi bruyante que la fête de la musique. Si Dieu nous parlait ainsi, nous serions sourds avant même d'avoir compris un mot. Il parle à notre coeur, dans le silence, dans un murmure.

"Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler"

Inversons les rôles, la parabole nous y invite : Dieu nous parle : bien . Mais, s'il nous interrogeait? Si Dieu se manifestait à nous par des questions ? Après le péché d'Adam et Eve, que dit-il: " Où es-tu?" A Caïn Où est ton fière Abel?" A ses disciples: "Pour vous, qui dîtes-vous que je suis?" A Pierre, après le reniement:" Simon, fils de Jean , m'aimes-tu ? " Même son plus grand messager, l'archange Michel porte un nom qui nous interroge: "Qui est semblable à Dieu ? " Et l'homme répond avec crainte, parfois avec honte, mais il répond. Et Dieu relève, donne d'espérer encore, prend patience.

"Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler"

Que fait notre homme aujourd'hui ? il se tait; même, il se muselle, il ne veut pas répondre, il se ferme sur lui, se détourne. Ce banquet, cette question, si c'était aujourd'hui même, ce banquet ne serait-il pas le banquet de l'Eucharistie ? Cette question, ne pourrait-elle être la réponse à la parole que nous prononçons à chaque Eucharistie? ",Seigneur, dis seulement une parole et je serai guéri" "Mon ami, nous répond le Roi, comment es-tu entré ici sans avoir de vêtement de noce ?" Que répondons-nous"? Ne craignons pas de répondre, ne restons pas muets. Certes, nous ne sommes pas dignes d'assister aux Saints Mystères mais ne nous terrons pas dans notre orgueil. Le Seigneur de miséricorde, lui seul, peut nous vêtir de la robe de noces, de sa grâce. Le Roi des Rois nous invite, il nous parle : "Toi qui es ici, mon ami, dis seulement une parole et tu seras sauvé" la réponse est en notre coeur : "Amen, je crois, viens Seigneur Jésus,"