Un historien grec raconte que le roi Damoclès voulut un jour montrer à un sujet qui enviait sa condition comment vit vraiment un roi Il invita à sa table et lui offrit un somptueux repas. Le roi l'invita à regarder au dessus de lui, et que vit alors le serf ? Une épée pendant au dessus de sa tête, suspendue par un crin de cheval, la pointe vers le bas ! On vit alors le visage du serf pâlir, sa gorge nouée il se mit à trembler. C'est ainsi dit Damoclès, que vivent les rois avec une épée au dessus de leur tête. Une épée de Damoclès pend au dessus de la tête de chaque homme. Mais ils n'y font pas attention, tout occupés qu'ils sont à vaquer à leurs occupations et à leurs distractions. Cette épée c'est la mort. C'est par amour pour les hommes, et non par haine que L'Eglise doit accomplir cette tâche ingrate d'inviter à lever le regard pour voir cette épée qui pend au-dessus de nos têtes pour qu'elle ne nous tombe pas dessus sans que nous soyons préparés. C'est par amour pour les hommes, je le répète, que l'Eglise, se doit à cette tâche ingrate, car pour tous il y aura un jugement. " Les hommes ne meurent qu'une fois, après quoi il y a un jugement ". Ce jugement rencontre trois personnages. La victime et sa soif de justice, l'assassin et son impunité, et enfin le roi.

L'homme s'est habitué à tout ; il s'est adapté à toutes sortes de climat et est parvenu à s'immuniser contre toutes sortes de maladies. Mais il y a quelque chose à laquelle il ne s'est jamais habitué : à l'injustice. Il continue à la ressentir comme intolérable. De même que nous avons besoin de miséricorde, ainsi et peut-être davantage, avons-nous besoin de justice. Ce besoin de justice est tel en l'homme que Paul Claudel a pu écrire : " Au jour du jugement, ce n'est pas seulement le juge qui descendra du ciel, mais c'est toute la terre qui viendra à sa rencontre ". Si Jésus, prêche sur le risque qu'un petit nombre soit sauvé, que " la porte est étroite ", que " si vous ne vous convertissez pas vous périrez tous " c'est pour redire avec force le cri même de toutes les victimes, condamnés injustement. Sur la croix, certes, le juge est jugé ; " ils l'ont fait mourir en le suspendant à une croix, mais Dieu l'a ressuscité d'entre les morts. Et il nous a enjoint de proclamer au Peuple et d'attester qu'il est lui, le juge des vivants et des morts ". A cet appel de Paul fait écho notre propre credo : Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts. Alors ce jour-là, " Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, ils seront rassasiés. " " J'ai remarqué' dit Qohélet, que sous le soleil, l'iniquité prend la place du droit, et l'impiété prend la place de la justice. Alors je me suis dit, le juste et le criminel, Dieu les jugera, car il y a un temps pour chaque chose. " Que personne ne dise que l'assassin ne restera pas impuni.

Les affaires, comme on dit poliment en politique, nous montre qu'il est possible que s'instaure un climat général d'impunité, où c'est à qui violera le plus la loi, corrompra ou laissera le plus corrompre, sous prétexte que tous en font autant, que c'est la pratique générale, le système. En attendant la loi n'a jamais été abolie. Et voici qu'un jour quelqu'un commence une enquête et c'est l'hécatombe ; tous applaudissent. Mais qui prend le temps de réfléchir au fait qu'en réalité, c'est la situation dans laquelle nous vivons tous un peu, suspects et enquêteurs face à la loi de Dieu ? Les commandements de Dieu sont joyeusement violés, l'un après l'autre sous prétexte que tous le font, que la culture, le progrès, et même la loi humaine y consentent désormais. Au plan humain, on réagit avec indignation à l'hypothèse d'un vaste coup d'éponge, qui annulerait toutes les responsabilités pénales, mais ensuite c'est justement cela que nous exigeons de Dieu, au plan spirituel : un coup d'éponge sur tout. Il ne nous suffit pas que Dieu soit miséricordieux, nous voulons aussi un Dieu inique, qui avalise l'injustice et le péché. Dieu est si bon, dit-on, qu'il pardonne tout. Cependant, si Dieu s'abaissait à pactiser avec le péché, le discernement entre le bien et le mal serait détruit, et avec lui l'univers entier. " En Dieu, il n'y a pas de partialité ". " Nous devons tous comparaître " (et la porte est étroite !) devant le Roi.

Il y a une différence essentielle entre le juge et le roi. Le roi, s'il le veut peut faire grâce, c'est son droit ; le juge, en revanche, doit qu'il veuille ou non faire justice : c'est son devoir. Ainsi ce n'est pas un glaive qui pend au dessus de nos têtes mais c'est la croix, dont nous nous signons avant chaque prière. Au moment d'être élevé sur ce gibet le Seigneur déclare : " c'est maintenant le jugement de ce monde ". Chaque signe de croix, chaque eucharistie qui élève l'hostie comme on a élevé le Fils de l'homme, est ce non absolu sur tout le péché du monde. Le juge à venir est maintenant devant nous comme sauveur et comme Roi. " Jésus a effacé, en le clouant à la croix, le document écrit de notre dette ". Jetons donc dans les bras du crucifié, tout le mal que nous avons commis, ce livre écrit que nous portons au-dedans de nous, prêt à nous accuser. Que personne ne rentre chez lui avec la volonté de continuer à pécher, dans l'impénitence du cœur. Laissons ici, toute rancœur, , toute habitude impure, toute avarice, toute envie, toute volonté de nous faire justice nous-mêmes ; pardonnons nous mutuellement, car le jugement sera sans miséricorde pour ceux qui n'auront pas exercé la miséricorde. L'invitation est adressé à tous ; devant le Christ personne ne doit dire ce qu'a dit Caïn : " mon péché est trop grand pour qu'il puisse être pardonné. "

Dans le Dies Irae (jour de la colère de Dieu que nos contemporains écoutent avec un sourire raffiné…) le ton change un moment et l'on peut entendre cette prière : " Souviens toi de moi, o bon Jésus, que c'est pour moi que tu es venu sur cette terre. Ne me condamne pas en ce jour ; c'est pour moi que tu es monté sur la croix. Qu'une telle douleur ne soit pas vaine. " La porte est étroite, je le sais, mais elle est large Seigneur pour ceux qui t'aiment. " Seigneur, tu sais tout tu sais bien que je t'aime. " Que le feu de ton sacrifice d'amour vienne aujourd'hui brûler mon péché et le péché du monde, et que ma prière vers toi, monte comme un encens.

fr. Paul Marie Cathelinais, o.p.
Le jour de la colère de Dieu

Le 26 août 2007, XXI° dimanche du T.O.