A l'abbé Jean Paul Hyvernat


" En ce dimanche consacré à la prière pour les vocations, alors que beaucoup dont la plupart ne pratiquent jamais réclament des prêtres mariés, alors que beaucoup rêvent de pasteurs protestants (qui souffrent d'ailleurs tout autant de ne pas voir de relève), je voudrai faire mémoire avec vous d'un jeune abbé, Jean Paul Hyvernat, mort lors d'une ascension en montagne le 30 août 1991. C'était il y a seize ans. Il avait trente cinq ans. Il écrivait dans son testament spirituel : " Que les jeunes soient assoiffés d'absolu, de pureté, de transparence, de joie et de sainteté. Dieu est amour. L'Eglise est belle car elle est sienne : guidé par Marie, je ne regrette rien de tout ce que j'ai contemplé en elle. " Qu'a-t-il contemplé ce jeune abbé pour trouver l'Eglise si belle ? Ne voyait-il pas les vocations chuter ? Ne voyait-il pas les divisions qui agitaient la barque de Pierre en ces trente dernières années, les trente douloureuses ? Ne voyait-il pas le ramassis de pécheurs qu'elle traîne en son sein ?

L'Eglise du Ressucité

Sûrement et cependant il signe : " Je ne regrette rien de tout ce que j'ai contemplé en elle ", " L'Eglise est belle car elle est sienne. " Ce qu'il a vu, ce qu'il a contemplé, c'est ce que chacun de nous a pu voir en cette nuit très sainte où nous avons fêté le Christ Ressuscité. Au cœur de la nuit le feu a jailli, déchirant les ténèbres de toute la force irrésistible de la Résurrection. Souvenez-vous ! C'est dans une église toute sombre, image d'une humanité allant toute entière vers sa mort, qu'est entrée la Lumière du Christ et que, à mesure que nous confessions sa résurrection, nous avons accueilli et partagé sa lumière. Cette multitude de cierges brûlants dans la nuit, c'est l'image même de l'Eglise du Christ répandu à travers tous les temps et tous les lieux. Cierges fragiles comme notre foi, assiégés et agressés par les puissances du mal, mais cierges forts qui brillent de la lumière même de Jésus Ressuscité. Ainsi, comme la lune illumine la nuit du monde en réfléchissant la lumière du Soleil, l'Eglise est ce mystère qui manifeste visiblement la lumière de Dieu. L'Eglise est cet Astre qui croît et qui décroît selon les temps, selon les lieux, mais qui, toujours, participe de l'Amour avec un grand A unissant les trois personnes divines. " Mes brebis, personne ne les arrachera de ma main…car le Père et Moi nous sommes UN ".

La plus belle des femmes

Quand une communauté célèbre ainsi la beauté de son Seigneur, quand elle prend le temps et le talent d'offrir à son Seigneur ses plus beaux chants, ses plus nobles sentiments, son agenouillement et son désistement, elle devient ce qu'elle est : la plus belle des femmes. Quand malgré nos douleurs ou nos contradictions personnelles, chacun d'entre nous cherche de tout son cœur à adhérer au Verbe, notre communauté exprime et s'imprime de la splendeur du Père. Quand chacun de nous lave son vêtement dans le sang de l'Agneau, notre communauté se revêt d'un lin d'une blancheur éclatante. Elle devient attrayante, elle devient belle car de Jésus elle devient sienne. " Cette communion intense entre Dieu et les hommes, écrit Benoît XVI pour cette journée des vocations, favorise la floraison de vocations généreuses au service de l'Église : le cœur du croyant, rempli de l'amour divin, est poussé à se consacrer totalement à la cause du Royaume. Le souci des vocations exige donc une "éducation" constante à l'écoute de la voix de Dieu. Or, il ne peut y avoir d'écoute docile et fidèle que dans un climat de communion intime avec Dieu. "

Demandez et vous recevrez !

Suis-je en train de recruter ? Suis-je en train de dresser les lignes de la nouvelle politique des vocations où " ensemble, tout devient possible " ? Je souhaite surtout vous partager la joie du cœur d'un prêtre, joie sobre et intense, quand il découvre que sa parole est l'instrument de cette communion intime avec Dieu. Alors pour qu'un jeune se décide à se donner à l'Eglise, s'agit il d'être beaucoup ? Peut-être. Il s'agit surtout d'être beaucoup à Dieu, de croire que ce Pain qu'il me donne est mon Bonheur, en personne. S'agit-il d'être saint ? Sûrement ! Mais il s'agit surtout de croire que la parole du confesseur est efficace : elle me lave, elle me pardonne, elle me restaure ! S'agit-il de s'aimer les uns et autres ? Evidemment ! Mais il s'agit surtout d'aimer l'Eglise, de rester unis autour de nos pasteurs, de croire que l'Eglise quand elle m'enseigne n'est pas une mégère mais une Mère, comme Dieu est Père. Bref, prier " le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson " ce n'est pas seulement demander du bout des lèvres ; c'est avoir soif de Dieu, de sa présence, de sa sagesse et de sa volonté aimante. C'est donc à la mesure de notre désir d'être à Dieu que nous verrons se lever des hommes nobles et généreux qui un jour (Grâce des grâces !) recevront du Christ, le pouvoir d'agir en sa personne. Et vous servir !

L'appel du 29 avril

A ces cœurs nobles et généreux que le Seigneur appelle, je voudrai pour finir lire quelques lignes du testament spirituel de l'Abbé Hyvernat. Ce jeune homme vêtu de noir, après avoir demandé pardon (" le sacerdoce est une réalité si sainte qu'on ne peut que la trahir ") décrivait son désir de prêtre : " J'aurai voulu être un saint..., j'aurai voulu que tous soient embrasés d'Amour, j'aurai voulu être un prêtre donné, mangé, j'aurais voulu que tous soient amoureux du Christ, j'aurais voulu absoudre tous les péchés de tous les pécheurs que j'ai rencontrés, j'aurai voulu que Marie règne en tous pour que tous soient à Jésus, j'aurai voulu faire aimer l'Amour, j'aurai voulu que l'Eucharistie soit le centre de ma vie, j'aurai voulu… Qu'un autre prenne le relais, monte à l'autel et soit un saint… "

fr. Paul Marie Cathelinais, o.p.
Pourquoi donc être prêtre ?

Le 29 avril 2007, quatrième dimanche de Pâques