
"
Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?
Il n'est pas ici, il est
ressuscité ".
Les anges expriment le cur de notre foi
chrétienne : le Christ est ressuscité. Pâques, le mystère
: de la mort à la vie ; du péché à la justice ; du
Messie crucifié au Ressuscité dans sa gloire ; du vieil homme mortel
à l'homme nouveau.
Dans le Christ ressuscité, tous nous ressuscitons,
tous nous ressusciterons. Vaine est notre foi, dira saint Paul, si elle n'aboutit
pas au Christ ressuscité. Un chrétien sans la résurrection
est un vivant sans cur, un vivant plus mort que vivant.
Avez-vous remarqué
une énigme dans cet évangile ? Il manque quelqu'un. Il y a les femmes,
toujours les premières à susciter la vie ; il y a les anges qui
expliquent tout, en bons prêcheurs ; il y a les apôtres plutôt
méfiants au début. Tous sont là, plein d'émotions,
passant de la crainte au ravissement angélique, du délire au doute,
d'une course éperdue à un étonnement retrouvé. Tout
parle de la résurrection, certes, mais le Ressuscité, lui, n'est
pas là. On insiste même : les femmes ne trouvèrent pas le
corps du Seigneur Jésus.
Le Ressuscité apparaîtra plus
tard. Pour le moment, on doit être convaincu d'une seule vérité
: le Vivant ne peut pas être parmi les morts. Dieu nous donne ici une leçon
de vie et de mort, comme s'il disait : " apprenez à reconnaître
l'un et l'autre, et vous aurez tout compris ". De nos jours, on parle même
de " culture de vie " et de " culture de mort ". Dieu, lui,
n'a rien à voir avec la mort : il ne l'a pas faite, il ne la veut pas,
il ne l'a jamais voulue, en tout cas pas cette mort qui est une contradiction
dans les êtres spécialement créés pour vivre toujours,
les créatures spirituelle. Ni les anges, ni les êtres humains n'ont
été crées pour la mort.
" Il n'est pas ici, il est
ressuscité. " Ainsi, là où le Christ n'est pas, c'est
qu'on passe à côté de la vie et qu'on cherche la vie parmi
la mort. On est alors en pleine contradiction. Le Vivant n'est pas ici chaque
fois que cette contradiction attaque la dignité humaine et pervertit ce
frère pour qui le Christ est mort : " il n'est pas ici " quand
on ne respecte pas la vie humaine dès sa conception ; " il n'est pas
ici " quand on promet des paradis euthanasiques ; " il n'est pas ici
" quand le mariage et la famille sont minutieusement démantelés
; " il n'est pas ici " quand on n'éduque plus ses enfants et
qu'on les laisse se déshumaniser devant la télévision, les
vidéos et bien des sites mortels d'internet, pour ne rien dire de ces lieux
au nom lugubre de " boîte de nuit " ; " il n'est pas ici
" quand la liberté religieuse est étouffée ou méprisée
ne serait-ce que par la moquerie ou par ces formes, raffinées ou vulgaires,
d'indifférence. Tout est ici mort sans résurrection.
Pourtant,
le Christ est ressuscité, même à travers ce péché
qui perdure, comme si rien ne s'était passé. D'ailleurs, après
la résurrection, on continue toujours à mourir et à souffrir
sur terre. La raison est à la fois simple et mystérieuse : Dieu
veut que notre vie nouvelle ne soit pas purement passive, comme si la résurrection
était un spectacle plus ou moins convaincant pour un public assoupi, qui
n'aurait besoin ni d'engagement ni de témoin. Mais celui qui a reçu
le choc de la Croix, en plein cur, comprendra que Dieu ne veut pas nous
sauver sans nous, sans que nous disions pleinement oui à cette vie. Car
notre vie ne sera vraiment nouvelle que si elle est marquée, imprégnée,
revitalisée par ce oui à la vie, un oui aussi fort, aussi tendre,
aussi définitif que celui de Marie à l'Annonciation, quand toute
l'histoire a commencé, déjà avec un ange.
La résurrection
devient alors résurrection pour nous quand nous l'enveloppons par notre
liberté et par notre amour.
Comment ? En trois mouvements prévus
par Dieu :
D'abord la foi. Vivre, comme ce soir, la Pâque du Seigneur,
à ce point vivant qu'il est ressuscité, et y croire vraiment. Mettons
de côté notre vie encombrée par ses replis narcissiques et
soyons éblouis par cette seule lumière où un miroir reflète
un visage neuf, de sourire, d'invitation, de grâce. Cela, c'est la foi,
la foi comme miroir du Christ ressuscité, la foi en la résurrection,
quand le Christ compte d'abord, lui d'abord et cela suffit. Si cette résurrection
est vraie, toutes les critiques sur le christianisme, anciennes ou récentes,
tombent à plat, pour ne pas dire dans le ridicule.
C'est la résurrection
comme foi, car seule la foi nous relie vitalement au Vivant.
Ensuite, la charité.
Aimer la vie ainsi insufflée, ranimée, re-calorisée de l'intérieur,
illuminée de vérités chaleureuses. Aimer en imprégnant
toute son existence, dans les moindres exigences morales, de cette présence
aimante du Vivant. Comme la vie morale serait plus joyeuse si elle était
vécue en pareille compagnie ! Au réveil, que le Ressuscité
soit notre première pensée, notre première affection. Sinon,
on n'est pas vraiment chrétien. Bannissons alors tout lieu, toute attitude,
toute parole indignes du Christ ressuscité. Là où le ressuscité
n'est pas, l'amour ne peut pas être, et la vérité se maquille
en grimaces mortelles. Là où le ressuscité est présent,
là notre âme, déjà immortelle, grandit vers la plénitude
de la grâce, joyeuse d'avoir été rencontrée.
C'est
la résurrection comme charité, car seule la charité permet
au Vivant d'être en nous un amour vécu, une amitié possible.
Enfin,
il y a la future résurrection de notre corps, à la fin des temps,
quand le Vivant reviendra, " pour juger les vivants et les morts ",
quand nous nous réjouirons, corps et âme ressuscités, d'avoir
suivi le Christ, même dans sa mort, parce qu'on savait que cette mort était
celle du Vivant.
C'est la résurrection comme espérance, car
seule l'espérance glorifie tout et définitivement. Ceux déjà
au ciel nous suggèrent sans doute en secret cette joie. Marie revient parfois
nous l'expliquer dans toute sa beauté de femme déjà dans
la gloire parfaite des bienheureux. L'espérance fait ainsi de nous des
témoins plus forts que la mort car mieux vaut un martyr bien vécu,
une consécration sans retour, un mariage fidèle, une jeunesse éprise
d'idéal chrétien, bref une sainteté chrétienne, qu'une
vie triste faute de résurrection. Sans résurrection, on meurt toujours
trop jeune.
Ces propos vous semblent-ils délirants, comme dit l'évangile
?
Alors, courez, courez vers le Christ, il est renversant (comme le montre
la toile du Greco derrière moi), et si vous avez un cur qui croit
à la vie la plus profonde, celle qui vient de Dieu, alors vous entendrez
les anges vous parlez du Vivant, ce Vivant qui ne meurt plus car " il est
ressuscité, il est vraiment ressuscité ".
Samedi 7 avril, veillée Pascale 2007