fr. Paul Marie Cathelinais, op.
vous périrez !
Si vous ne vous convertissez pas,
Dimanche 11 mars, 3° dimanche de carême


L'évangile d'aujourd'hui commence comme une scène de Western où Jésus prêche plus vite que son ombre…si vite que ses contradicteurs n'ont même pas le temps de poser la question. A peine l'affaire du massacre des galiléens est en effet évoquée que Jésus rétorque : " Si les galiléens sont morts ce n'est parce qu'ils étaient plus pécheurs que vous. Et si vous ne vous convertissez pas vous périrez tous pareillement. " Bref, ce n'est plus la bourse ou la vie mais la conversion ou la mort, votre confiance ou la vie ! Cette théologie élaborée du style " c'est le bon Dieu qui t'a puni " est-elle vraiment la théologie de l'Evangile ?

Le malheur n'est pas une punition

Dans l'Evangile de Jean, cette croyance est sur les lèvres des disciples qui demandent à Jésus à propos de l'aveugle de naissance : "Qui a péché ? lui ou ses parents ?" Le réponse de Jésus est on ne peut plus claire: " Ni lui, ni ses parents !". Et Jésus va guérir cet homme. La croyance de ses disciples est fausse, radicalement fausse. Face au malheur, un disciple de Jésus ne se préoccupe pas de dénoncer le péché, mais il se met à l'œuvre pour le faire reculer. Voilà une théologie plus conforme à notre catéchisme. Mais pourquoi Jésus ajoute alors : " Si vous ne vous convertissez pas vous périrez tous pareillement. " ? Pour expliquer cet appel pressant de Jésus, sans le diluer dans les trop habituels discours doucereux de l'amour, il nous faut aujourd'hui méditer sur le péché.

Une allergie à l'oxygène

" Ceux qui t'abandonnent seront couverts de honte " lit-on en Jérémie. L'abandon de Dieu conduit au désarroi et à l'égarement jusqu'au-dedans de soi ; " qui veut sauver sa vie la perdra ". Perte, égarement, voilà les fruits du péché : ainsi devons nous entendre les paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue, du fils perdu…Bref le péché est un échec et un échec radical. Nous connaissons des échecs : échec de l'homme en tant qu'époux, en tant que père, en tant qu'homme d'affaires, échec de la femme, en tant que mère, en tant qu'épouse, échec du prêtre en tant que curé, prédicateur, frère ou même ami. Toutes ces épreuves sont pourtant des échecs relatifs dont on peut se relever. Mais le péché c'est l'échec absolu, car c'est l'échec de notre relation avec Dieu. C'est l'échec fondamental de la personne dans ce qu'elle est et non seulement dans ce qu'elle fait.

" Le salaire du péché c'est la mort " dit saint Paul, non la mort comme acte qui ne dure qu'un instant mais la mort comme état, qui ne finit pas, comme une maladie mortelle, une mort chronique où la créature cherche désespérément à retourner au néant sans jamais pouvoir y parvenir. Ainsi le diable, le modèle du pécheur, ne veut plus dépendre de Dieu et cependant n'y arrivera jamais (et il le sait ! ) car Dieu continue à le vouloir vivant et de Dieu dépend son être et son mouvement. Le diable est allergique à ce qui le fait vivre. Imaginez ce que c'est que de devenir allergique à l'oxygène et vous comprendrez l'enfer. C'est dans cette éternelle agonie que le pécheur crie, avec Nietzsche, sa profonde désespérance, et la déprime de notre monde : " Tuer Dieu est vraiment le plus horrible suicide. " " Qu'avons-nous donc fait en déliant cette terre qui la lie à son soleil ? Où va-t-elle maintenant ? Où allons nous ? La nôtre, n'est elle pas une chute éternelle ? En arrière, de côté, en avant, de toutes parts ? Est-ce que nous ne sommes en train d'errer comme à travers un infini néant ? " (cf. Le gai savoir).


Dieu aime toujours


Ce qui désespère le pécheur, vous l'aurez compris, c'est que de tous côtés où il se tourne, le pécheur trouvera Dieu, le même hier, aujourd'hui et toujours. Dans quelques lieux où il puisse fuir, le pécheur, (comme Moïse errant après le meurtre de l'égyptien) se trouvera devant Dieu, devant un Feu qui ne consume pas (qui ne tue pas) mais qui brûle ou qui réchauffe selon les dispositions de son cœur. Bref, le maître de la Vigne ne coupe pas le figuier stérile, mais il patiente, éternellement, car Dieu aime toujours, toujours, toujours. Il ne peut pas faire autrement. Et le jardiner, le Fils, " ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais il s'est anéanti lui-même " pour prendre sur lui notre misère. Sa croix est comme du fumier, en apparence, faite d'échec et de déchets, mais intérieurement, source de vie par la puissance de l'Esprit…Celui qui est en communion avec lui, de son sein coulera " une source jaillissante en vie éternelle ". Qui est en harmonie avec sa volonté, " est comme un arbre, planté près d'un ruisseau et jamais son feuillage ne meurt. "

Accueillir et chanter sa Miséricorde

Oui, le carême nous met devant un choix : la mort ou la vie. Refuser Dieu pourtant partout présent comme l'oxygène dans l'air ou recevoir à plein poumon l'espérance divine qui a pour nom Jésus. " Jésus, Jésus Amour " crie Sainte Catherine, " Derrière et devant tu m'enserres, tu as posé ta main sur moi. " Puisque notre coeur est un sépulcre (car nous sommes tous pécheurs), Jésus veut descendre dans nos enfers, dans la vase du bourbier. Pour y Ressusciter ! Cette puissance de résurrection s'exprime ici bas par la Foi, que nous appelons de tous nos vœux le jour de notre Pâques. Alors quoique nous ayons fait, quoique que nous fassions nous chanterons (nous chantons !) : " Pourquoi te désoler ô mon âme et gémir sur moi ? Espère en Dieu, de nouveau je rendrai grâce, il est mon sauveur et mon Dieu. "

" Des profondeurs je crie vers toi Seigneur,
Seigneur, écoute mon appel,
Si tu retiens les fautes, Seigneur, qui donc subsistera ?
Mais près de toi, se trouve le pardon,
Je te crains et j'espère. "
Ps. 129