

Je sais que cette conversion est déjà acquise, mais je sais que
chaque fois " je retombe dans ces pesantes douleurs, comme dit saint Augustin,
rendu à l'ordinaire qui m'engloutit, me tient, je redeviens la proie de
mes habitudes, [
] tant est lourd le fardeau de l'accoutumance " . Mais,
Dieu merci, avec le carême revient le temps de ma liberté retrouvée.
Du jour au lendemain, je peux rompre avec les habitudes qui me tiennent et ne
me lâchent pas. Je peux renoncer aux trompettes de la renommée et
à la gloire qui vient des hommes, et rentrer en moi-même " au
fond de ma maison " (Mt 6, 6). Et là, la porte étant fermée,
je peux m'asseoir et regarder ma vie à la lumière de la Parole de
Dieu, me rappeler ce que je suis, " infime parcelle de ta création,
et un homme traînant son enveloppe de mortalité, traînant l'enveloppe
qui est le signe de son péché, un homme qui veut pourtant te louer
car tu nous as faits pour toi Seigneur et notre cur est sans repos tant
qu'il ne repose en toi " .
J'aime le carême parce que c'est
le lieu de ce repos, le lieu où je me tiens en vérité devant
Dieu, devant ma condition et devant ma vocation, mon âme entre mes mains,
mon cur mis à nu
essayant de me comprendre et de comprendre
qui est Dieu pour nous aimer ainsi, pour nous permettre de le louer malgré
notre péché !
Le carême existe pour que chacun puisse
se ressaisir devant Dieu, ou plutôt se laisser saisir et retourner par lui
pour contempler son Visage, un visage plein d'humanité, " tendre et
miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour "
(Jo 2, 13).
Ce moment de retournement, nous allons le signifier par un
symbole parmi les plus parlant, le symbole de la cendre. La cendre, c'est ce reste
de bois mort, consumé, devenu poussière, symbole de ce qui est sans
vie, dont il ne restera rien ; et pourtant, nous le savons, sous la cendre couve
parfois une braise invisible, premier signe de résurrection de la flamme.
Cette braise invisible, c'est notre bonne volonté, la bonne volonté
que nous mettons à nous laisser réconcilier avec Dieu par le Christ.
Et Dieu qui voit ce qui est invisible, voit ce que tu auras fait dans le secret
de ton cur, et il te le revaudra !