Que le Carême commence !
fr. Joël-Marie Boudaroua, op.

Homélie du mercredi des cendres, 21 février 2007
J'ai presque peur de le dire, mais j'aime beaucoup le carême ! J'aime le carême pas seulement parce que le frère André Gouzes a composé de très beaux chants pour la liturgie, mais surtout parce que j'ai toujours l'espoir que ce sera le temps de ma conversion.

Je sais que cette conversion est déjà acquise, mais je sais que chaque fois " je retombe dans ces pesantes douleurs, comme dit saint Augustin, rendu à l'ordinaire qui m'engloutit, me tient, je redeviens la proie de mes habitudes, […] tant est lourd le fardeau de l'accoutumance " . Mais, Dieu merci, avec le carême revient le temps de ma liberté retrouvée. Du jour au lendemain, je peux rompre avec les habitudes qui me tiennent et ne me lâchent pas. Je peux renoncer aux trompettes de la renommée et à la gloire qui vient des hommes, et rentrer en moi-même " au fond de ma maison " (Mt 6, 6). Et là, la porte étant fermée, je peux m'asseoir et regarder ma vie à la lumière de la Parole de Dieu, me rappeler ce que je suis, " infime parcelle de ta création, et un homme traînant son enveloppe de mortalité, traînant l'enveloppe qui est le signe de son péché, un homme qui veut pourtant te louer car tu nous as faits pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi " .

J'aime le carême parce que c'est le lieu de ce repos, le lieu où je me tiens en vérité devant Dieu, devant ma condition et devant ma vocation, mon âme entre mes mains, mon cœur mis à nu…essayant de me comprendre et de comprendre qui est Dieu pour nous aimer ainsi, pour nous permettre de le louer malgré notre péché !

Le carême existe pour que chacun puisse se ressaisir devant Dieu, ou plutôt se laisser saisir et retourner par lui pour contempler son Visage, un visage plein d'humanité, " tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour " (Jo 2, 13).

Ce moment de retournement, nous allons le signifier par un symbole parmi les plus parlant, le symbole de la cendre. La cendre, c'est ce reste de bois mort, consumé, devenu poussière, symbole de ce qui est sans vie, dont il ne restera rien ; et pourtant, nous le savons, sous la cendre couve parfois une braise invisible, premier signe de résurrection de la flamme. Cette braise invisible, c'est notre bonne volonté, la bonne volonté que nous mettons à nous laisser réconcilier avec Dieu par le Christ. Et Dieu qui voit ce qui est invisible, voit ce que tu auras fait dans le secret de ton cœur, et il te le revaudra !