Nous venons d'entendre il y a quelques jours aux informations que le gagnant de la super cagnotte du loto a remporté seul plus de cent millions d'euros ! Et nous venons d'entendre il y a un instant : heureux les pauvres… malheureux vous les riches ! Quel contraste, frères et sœurs, entre le monde et… la Parole de Dieu !!

Le Seigneur ne ferait-il pas un peu dans la provocation ? Bien sûr, nous connaissons bien les Béatitudes ! C'est un idéal, ce n'est pas à prendre à la lettre ! Il ne faudrait pas verser dans l'islamisme catholique !! Prendre du recul est nécessaire, Dieu ne nous a-t-il pas donné une raison pour être raisonnable ?!
Mais si je me rappelle, en ce jour " fête de Notre Dame de Lourdes ", une des premières paroles de la Dame de Massabielle à Bernadette : " je ne vous promets pas de vous faire heureuse en ce monde mais en l'autre ", sommes-nous bien dans la même histoire ?

Finalement de quoi s'agit-il ? De bonheur et de malheur. La grande question est là, toujours la même, comme une obsession dans le cœur de l'homme depuis qu'il a perdu la boussole de sa destinée il y a au moins 6000 ans !
Bien sûr tout le monde veut le bonheur ! Même celui qui, n'en pouvant plus dans la vie, chercherait à se suicider ! Bien sûr personne ne veut le malheur. Du moins pour soi-même, car si " le bonheur des uns fait le malheur des autres ", mieux vaudrait encore se trouver du bon côté !! Bref, chercher à tout prix le bonheur et fuir par tous les moyens le malheur, voilà ce qui occupe l'homme de tous les temps.
Mais que met-on dans la définition de chacun de ces termes de bonheur et de malheur ? Une question de goût ? De sensibilité, de préférence, de mode ou d'opinion public ? Depuis le péché originel l'homme a perdu le sens de sa vie. Il veut, comme on dit, " donner un sens à sa vie ". Mais il a oublié que c'est Dieu, son Créateur, qui lui donne la vie et donc le sens de sa vie ; que la vocation de l'homme au bonheur ne se revendique pas, mais qu'elle se reçoit. Et plus il s'éloigne du sens authentique de sa vie, plus l'homme semble perdre le bon sens ! Oubliant qu'il doit apprendre le sens de sa vie de Celui qui l'a fait, l'homme n'a plus qu'à marcher à la boussole d'un monde pourtant bien déboussolé ! Par exemple : saviez-vous que le gouvernement britannique vient de donner son feu vert pour que les chercheurs procèdent à la création de chimères vache-homme ou encore lapine-homme ? Chez nous, la pratique des crimes toujours abominables de l'avortement et de l'euthanasie n'est-elle pas devenue normale ?

C'est ici, frères et sœurs, que la Parole de Dieu nous est extrêmement précieuse, tel le mode d'emploi du dernier appareil électroménager qui va nous sauver la vie !
Tout d'abord, le prophète Jérémie nous met en garde de façon sévère : l'homme ne peut mettre sa confiance en un mortel qui le ferait préférer à Dieu. Cette erreur lui serait fatale : il sera maudit ! Un exemple ? Combien d'hommes chrétiens ont eu à renoncer à leur pratique religieuse pour épouser (ou pas d'ailleurs) une créature de rêve pourtant mortelle mais ne supportant pas le ménage à trois avec Dieu !
Mais Jérémie affirme avec force que la bénédiction de l'homme vient de sa confiance en Dieu. Tout peut arriver, rien ne sera perdu, si la confiance demeure profondément ancrée en Celui qui peut tout ! Seul Dieu peut nous procurer le bonheur ! Le prophète nous a prévenu mais cela ne suffit pas.
L'apôtre Saint Paul, lui, va plus loin. Vous vous rappelez, il proclame la résurrection des morts, la résurrection de tout homme à partir de la résurrection du Christ. Il désigne carrément la vie éternelle comme l'unique bonheur en plénitude qui vaille, par delà la mort. Frères et sœurs, nous ne connaîtrons pas sur la terre le bonheur auquel nous sommes destinés et auquel nous aspirons ! Nous sommes citoyens des cieux et notre joie parfaite sera au Ciel, sans commune mesure avec les plus belles joies de notre existence sur terre ! " Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus malheureux des hommes ! " La résurrection n'est donc pas une option à l'intérieur de notre foi chrétienne. La résurrection et son espérance sont constitutives du bonheur de l'homme. Si je préfère la réincarnation, j'entre bien dans une malédiction qui ne finira jamais !

Enfin Jésus nous livre, par une formule courte des Béatitudes, la charte du vrai bonheur. Il y a vraiment deux voies qui se présentent à nous : être heureux ou malheureux. Cela parait tellement paradoxal qu'on aimerait bien inverser les termes ! Or si l'on ne se laisse pas pénétrer par cette Parole de Vie, certes difficile à entendre, nous ne saurons nous déclarer chrétiens ! La Loi nouvelle nous élève au dessus de nous-mêmes. Par définition, elle est inacceptable sans la foi, sans la confiance absolue en ce que Jésus nous dit. Heureux vous les pauvres, heureux vous qui avez faim, vous qui pleurez, vous que l'on insulte ou rejette à cause de mon nom… C'est la clef du bonheur ! Voilà pourquoi ce message parait toujours neuf et toujours aussi pressant. Le chrétien devra certainement prendre ses distances vis-à-vis des mœurs qui l'entourent. Le bonheur, le vrai bonheur est à ce prix. Le sens de la vie de l'homme, Jésus nous le révèle. Jésus nous le montre. Et même il nous le trace : le bonheur authentique passe par la croix et les quatre Béatitudes de ce jour en sont les quatre bras. C'est à une vraie délivrance de la richesse, de la satisfaction, de la fausse joie et de la réputation humaine que Jésus nous appelle. Alors oui, Dieu lui-même pourra nous combler de bonheur, pour l'éternité. La Vierge Marie, n'en est-elle pas pour nous le modèle accompli ?

Le sens unique de la vie :
le bonheur !

frère Antoine Marie Berthaud

Homélie du 6e dimanche TO, 11 février 2007