" Les scientifiques sont désormais unanimes, pour la première fois de son histoire, l'homme est en passe de s'autodétruire. La courbe du progrès, qui promettait à chaque génération des lendemains meilleurs commence à s'inverser. De mois en mois les rapports s'empilent et les données se multiplient, alarmants. Si l'on agit pas maintenant, le pire est certain. Les événements climatiques extrêmes - cyclones, tempêtes, sécheresses, canicules, inondations, se multiplieront ; des îles seront submergées, tandis que des milliers d'espèces animales ou végétales s'éteignent ou commencent à migrer, bouleversant les écosystèmes et les conditions de vie des populations concernées ". Je ne sais pas si la journaliste de l'Express qui écrit ces lignes connaît bien ses Evangiles mais la ressemblance entre ce qu'elle écrit sur l'urgence écologique et le texte de ce dimanche est assez frappante : " Les nations seront affolées par le fracas des mers et de la tempête ". On a déjà vu ça. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde car les puissances des cieux seront ébranlées " (Lc 21, 25-26). On a déjà vu ça aussi. C'est que Jésus nous parle de l'avenir à partir du présent. Mais on aurait tort de mettre sur le même plan les malheurs de la planète et " les récits de la fin ". C'est beaucoup plus complexe que ça. Comment décoder de tels messages ?

Ce dont Jésus nous parle ici n'a pas grand chose à voir avec la fonte de la calotte glaciaire ou la déforestation. Certes, on peut voir ces changements climatiques, ces cataclysmes, ces grandes peurs comme des signes avant coureurs, prélude au retour du Fils de l'homme mais ces événements ne constituent pas la fin elle-même. " Il faut que cela arrive d'abord, dit Jésus, mais ce ne sera pas de sitôt la fin " (Lc 21, 9). Nous n'en sommes même qu'au commencement. " Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche " mais ce ne sera pas encore la fin ; alors que sera la fin ?

La fin ce ne peut être que sa venue ; la fin du monde, la fin des temps, la fin de l'histoire, ou la fin d'une vie, ce ne peut être que la pleine présence de Dieu à tous les hommes et la pleine présence de tous les hommes à Dieu dans une communion totale ; ce ne peut être que le renversement de ce monde en un monde de " la transparence originelle retrouvée, de la vie en plénitude, du bonheur accompli, de la justice rendue, de la libération de toute souffrance et de toute mort " .

Ces récits n'ont pas pour but de nous effrayer, mais de nous réveiller. De nous faire prendre conscience de nos responsabilités pour " échapper à ce qui doit arriver " : rien n'est perdu, tout est possible, c'est le principe espérance ! Espérance pour ce monde et pour un au-delà absolu de ce monde. Ils ont aussi pour but de nous inviter à la conversion pour " paraître debout devant le Fils de l'homme ". Il faut nous préparer pour le jour où notre Seigneur Jésus viendra, à l'heure de notre mort, comme à celle où il viendra " avec puissance et grande gloire ". Dans cet avent, tant qu'il dure, " vous avez appris comment il faut vous conduire, dit l'Apôtre, faites encore de nouveaux progrès " (1 Thess 4, 1) dans la sainteté : c'est ainsi et ainsi seulement que vous préparez le retour du Seigneur ; c'est ainsi qu'il est beaucoup plus proche que vous ne l'imaginez.

Mes frères, la fin ce n'est donc pas quelque chose d'extérieur. C'est une réalité à laquelle notre existence actuelle est déjà confrontée. Beaucoup de nos amis affrontent en ce moment le rude combat de la vie et de la mort. Notre foi et notre espérance nous demandent de tenir ensemble la promesse du salut et le courage du combat quotidien jusqu'à ce que " Dieu soit tout en tous " (1 Co 15, 28), que ce monde passe et que vienne sa grâce.

Comme les étoiles, les signes du salut, qui nous sont toujours donnés dans l'adversité, ne peuvent être que fragiles, précaires et provisoires. Mais ils s'appuient sur la parole de Jésus qui nous dit " Tenez-vous sur vos gardes, que votre cœur ne s'alourdisse pas dans la débauche, l'ivrognerie, les soucis de la vie, restez éveillés et priez en tout temps " (Lc 21, 34) le regard tourné vers l'avenir et les mains à l'œuvre pour faire face au présent.

Bientôt Noël : préparons sa venue !

Homélie du fr. Joël BOUDAROUA,
le 3 décembre 2006, 1er dimanche de l'Avent