JEUNE HOMME RICHE, CHERCHE VIE ETERNELLE ...
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Homélie
du fr. Joël Boudaroua
dimanche 15 octobre 2006, 28èmc dim. du T.O
"
Une seule chose te manque, va, vends ce que tu as, puis viens et suis-moi ...
Mais
lui, à ces mots, devint sombre et s'en alla tout triste" (Marc
10, 17- 27).
Cet homme, dont saint Matthieu affirme qu'il était jeune et saint Luc qu'il était notable, - qu'on appellera donc le jeune homme riche -, a-t-il, pour autant totalement disparu de l'Evangile? Il semble bien que non. Paul Claudel, - c'est dans Un poète regarde la Croix -, nous dit que c'est peut-être ce jeune homme qui réapparaît au moment de la Passion, traversant de son ombre sans visage le jardin des Oliviers et qui, arrêté par les gardes, s'enfuit tout nu en leur laissant sa tunique (Mc 14, 51) ... Si c'est bien lui, à nouveau, il semble que ce jeune homme soit poursuivi par l'échec: chaque fois qu'il faut faire le pas, il s'enfuit. Il fuit une première fois quand Jésus, répondant à sa question: " Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle? ", lui donne le conseil de vendre ses biens et de le suivre; il s'enfuit une seconde fois quand il pourrait enfin rejoindre son " bon Maître ", alors que tous l'ont abandonné. Mais il laisse passer cette seconde chance ... " Car à côté de ceux qui marchent, à côté de ceux qui tiennent, nous dit Claudel, il y aura toujours des êtres qui ne sont faits que pour hanter", c'est-à:-dire qui suivent Jésus de loin, qui hantent les monastères, mais qui ne se décident jamais ... mystère de ces vocations qui n'aboutissent.pas ...
Voilà un homme qui a tout pour lui, tout pour faire un bon disciple, qui est poli, qui est sincère, qui "en veut ", qui observe les commandements, qui ambitionne la vie éternelle, qui se jette aux pieds de Jésus et que Jésus commence à aimer, et qui au moment où il va enfin le réaliser, renonce à son plus grand désir. Oui, ça existe! ça ne vous est jamais arrivé? être. sur le point de réaliser son rêve et au dernier moment hésiter, reculer, prendre la fuite. C'est le syndrome du jeune homme riche. Et ce qui ne laisse pas de nous étonner c'est que Jésus ne fait rien pour le retenir, il considère qu'il est maître de sa décision, il respecte sa liberté. " Ennemi de la violence, dit Clément d'Alexandrie, Dieu ne contraint personne ".
Jésus laisse donc partir le jeune homme riche, mais non
sans lui avoir dit sa vérité: "Tu dois acquérir ce qui
te manque 1 ". C'est vraiment incroyable ce que dit Jésus. Il dit
ça à quelqu'un qui a déjà tout, qui a déjà
tout observé, observé toute la Loi et qui de ce fait s'est vu attribuer
beaucoup d'éloges et beaucoup de mérites ... "Une seule chose
te manque encore" et quelle est cette seule chose que la Loi ne peut pas
donner, que les mérites ne peuvent pas acquérir, que seul le Seigneur
dispense?
Et bien, ce qui lui manque, c'est d'avoir manqué, c'est d'avoir
un jour éprouvé un besoin d'accepter de se dépouiller jusqu'au
dernier sou: " Va, vends tout ce que tu as et suismoi" ; la leçon
n'est pas de charité, encore que cela ferait du bien aux pauvres un petit
héritage, mais ce n'est qu'un détail. L'essentiel c'est de se quitter
soi-même, de couper les ponts, d'accepter encore une fois, d'être
dépendants. Notre homme veut hériter de la vie éternelle,
mais pour hériter il faut faire l'expérience de la perte, il faut
prendre le deuil .. .il faut mourir au monde ... et ça c'est difficile,
c'est plus difficile pour l'homme que pour un chameau passer par le trou d'une
aiguille. Accablé par le prix demandé, qui n'a pourtant jamais été
aussi bas, puisqu'il n'y a rien à payer, effrayé par les conditions
qui n'ont jamais été aussi simples, puisqu'à tous les coups
l'on gagne, il s'en alla tout triste. D'où la question des Apôtres
stupéfaits, déconcertés: " Mais alors, qui peut être
sauvé " ? Aux apôtres, Jésus offre cette réponse
plutÔt encourageante "pour les hommes, c'est impossible, mais tout
est possible à Dieu ".
Oui, tout est possible à celui qui croit, et l'histoire est pleine de jeunes hommes riches, - et de jeunes filles aussi, évidemment -, qui ont "abouti ": Augustin, François d'Assise, Charles de Foucault, pour ne citer que ceux-là. Ils ont éprouvé les même sentiments, les mêmes ambitions et les mêmes hésitations que l'on voit aujourd'hui dans l'Evangile. Comment ont-ils été guéris de leurs incertitudes, de leur tristesse ct de leur mélancolie? Qu'est-ce qui a fait qu'Augustin soit devenu Augustin, que François ait pu sans honte épouser Dame Pauvreté, que Charles ait sacrifié sa carrière militaire pour mourir martyr? C'est qu'un jour ils ont renoncé à être parfaits pour commencer à suivre le Christ. Ils se sont dépouillés de leur personnage pour commencer à vivre pour lui. Ils ont cessé de se mentir.
"Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi ", dit Jésus au jeune homme en saint Matthieu 19, 21. "Si tu veux être parfait": c'est donc qu'on ne l'est pas au départ ... Il ne faut pas attendre d'être parfaits pour suivre Jésus mais accepter de se laisser parfaire par lui et laisser sa Parole pénétrer au plus profond de l'âme, là aussi où ça fait mal, à l'encontre de notre auto suffisance, pour mettre à nu les intentions et les pensées du cur: voulons-nous aussi fortement la vie que nous le prétendons p'arfois?