Les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l'interroger.

Les disciples ne comprennent pas, ils ne l'interrogent pas… mais ils discutent entre eux. Ils ne s'adressent pas à Jésus pour connaître ce qu'il adviendra au maître, mais ils s'interrogent sur des lendemains qui chantent, ils veulent savoir qui aura la priorité, qui possèdera le statut le plus noble. Quel paradoxe ! Et quel contraste… : le Christ parle de son abaissement ; les disciples songent à leur honneur. Folie de la croix et folie …des grandeurs.


Les disciples ne sont pas dupes : s'ils n'osent pas interroger le Maître sur la prophétie qu'il vient de proclamer ; s'ils se taisent quand Jésus les interroge, c'est parce qu'ils sentent bien qu'il y a un décalage. Peut-on alors être un vrai disciple, pouvons nous suivre Jésus tout en jouant sur ces deux registres, celui de la croix et celui des grandeurs ?
Celui qui me suit, pourrait dire Jésus, ne vient pas vers moi pour former autour de moi une cour où il est de bon ton de se montrer, de paraître, de réclamer des acclamations : " Où sont mes acclamations ?". Si vous venez vers moi, nous rétorque le Christ, c'est pour me connaître, pour partager mon chemin et ma vie. Celui qui vient vers moi, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive. Là où est le maître, là est le serviteur. Je ne vous ai pas promis une vie honorable. Ou peut-être oui, mais il s'agit d'un honneur tout autre, l'honneur du serviteur, l'honneur de l'abaissement, de l'humiliation à cause du nom du Christ, d'être persécuté ou même tué -comme en a fait l'expérience sœur Leonella au Kenya, assassinée par des fanatiques- Mais si le Christ s'est fait obéissant jusqu'à la mort, le Père l'a exalté et fait siéger à sa droite dans les cieux. Voulez-vous me suivre ? dit le Seigneur. Je ne suis pas venu pour te donner une place parmi les puissants du monde, je suis venu te donner une place près de moi.


Il est venu vers nous comme un petit enfant : Hérode l'a-t-il accueilli ? Le roi des rois ne partage pas la gloire des hommes, il nous donne part à sa gloire, à son honneur, à sa victoire, à sa paix : non pas celle que donne le monde, la chair et le sang, mais celle qui vient des entrailles de Dieu et qui revêt et transfigure notre chair mortelle et notre amour. Marie-Madeleine attendait au bord de la route et au bord du tombeau, et elle ne fut point déçue : Rabbouni, mon petit Maître.
Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille (…), accueille Celui qui m'a envoyé. Jésus, petit enfant au temple livré pour nous, Jésus adolescent parmi les docteurs s'occupant des affaires de son Père. Jésus, doux et humble de cour, traversant la Galilée avec ses disciples, et les instruisant : Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes. Folie de Dieu, plus sage que la sagesse des hommes. La sagesse qui vient de Dieu, dit saint Jacques dans la 2ème lecture (Jc 3,16-4,3), est droiture et paix (…) ; elle est pleine de miséricorde et féconde en bienfaits.


Folie du Maître qui siège sur la croix, qu'y livre son corps, et dont l'enseignement fécond est plus sage que la raison elle-même. Divin Pédagogue qu'en ouvrant son coeur, ouvre la raison à la plénitude : me vient à la mémoire cette Icône du Sauveur qui tient dans sa main le livre, le rouleau écrit de deux côtés : la science de l'homme et la science de Dieu, qui vont ensemble, faites chair dans une personne, celle de la Sagesse de Dieu : le Christ notre Seigneur.
" Voici que je vous donne un commandement nouveau ", semble dire Jésus, " celui de la cohérence ". Je vous ai aimé, faites de même. Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le serviteur de tous. Et pour avoir la force de nous laisser façonner par ce commandement, voici qu'il nous donne le rouleau de sa parole et la chair de son Eucharistie, livrée, comme le Fils de l'Homme, aux mains des hommes.
Venez à moi, vous tous qui avez faim et soif. Celui qui m'accueille, accueille Celui qui m'a envoyé.

 

L'HONNEUR DU SERVITEUR


Homélie du fr. Jean-Ariel Bauza-Salinas o.p.,

dimanche 24 septembre 2006, 25° du TO (Mc 9, 30-37).