Cà
y est, Jésus est parti. Et cette fois-ci, il est bel et bien parti ! Il
ne reviendra plus sur la terre, sinon au dernier jour, à la fin des temps,
au jour du jugement. " Il est monté aux cieux, est assis à
la droite de Dieu le Père Tout-Puissant, d'où il viendra juger les
vivants et les morts. " Décidément Jésus nous échappe
une nouvelle fois !
Déjà certains apôtres pensaient faire de lui leur roi libérateur face aux romains. Et Jésus était mort comme un brigand, pendu au gibet des esclaves. Il avait ainsi disparu une première fois de la façon la plus tragique, la plus effroyable qui soit ! Mais ne fallait-il pas qu'il prenne sur lui, l'Agneau de Dieu, le péché du monde pour l'engloutir dans sa mort ? Ce péché, qui défigure toujours l'humanité, Jésus avait accepté qu'il lui ôtat aux yeux du monde, non seulement sa divinité mais jusqu'à son humanité !
Maintenant qu'il est ressuscité et vraiment ressuscité,
on pourrait penser qu'il serait plus fort, impressionnant dans son corps glorieux,
traversant les murs
, et qu'il en profiterait pour instaurer son Royaume
enfin, et réaliser le désir de l'homme d'être libéré
en un instant de toutes les dominations qui l'asservissent ! Et le voilà
qu'il disparaît de nouveau !! Mais cette fois-ci, il disparaît de
façon grandiose.
Il n'aura plus d'explications à donner maintenant,
comme aux disciples d'Emmaüs après coup. Car il annonce clairement,
dans la pleine lumière de sa résurrection, ce qu'il avait déjà
promis et qu'il va maintenant réaliser : il quitte physiquement ses disciples
pour leur envoyer son Esprit Saint. Pour que son Royaume, inauguré sur
la croix, puisse être instauré librement dans tous les curs,
par sa puissance d'amour, sa loi intérieure, son uvre de miséricorde
" en Personne " : l'Esprit Saint !
L'Ascension, frères
et surs, est un mystère grandiose. Car ce retour du Christ vers le
Ciel nous comble l'âme et nous affermit dans la foi en sa divinité,
dans l'espérance en notre divinisation, dans la charité qui peut
toujours transformer le monde ancien !
Voilà pourquoi les disciples
de Jésus restent comme des idiots à regarder le Ciel. Car c'est
trop, c'est fou ! Tout est en place maintenant, puisque notre chef, le Christ,
avec son corps et donc notre humanité, est entré dans la gloire.
Si cela ne change rien pour Dieu, qui est Dieu et le demeure éternellement,
cela change tout pour nous !
Nous avons désormais un ambassadeur dans
la Patrie céleste. Notre Sauveur franchit lui-même les portes du
Paradis fermées depuis le péché des origines. Le Fils de
l'Homme siège à la droite de notre Père du Ciel !
Cela
signifie très concrètement, si je puis dire, que la tête de
l'Église est apparue au Ciel. C'est dire, comme en tout accouchement réussi,
que le corps et tous ses membres qui en font partie, vont suivre et ne vont pas
tarder à parvenir dans la gloire !
Frères et surs, à
quel enfantement n'assistons-nous pas ?! Quel événement, quel mystère
ne célébrons-nous pas aujourd'hui ?! Nous ne contemplons, ni plus
ni moins, que le commencement de notre naissance au Ciel ! En Jésus notre
espérance est déjà comblée. Il nous entraîne
et nous sommes fiers d'être membres de ce Corps qu'est l'Église et
dont la tête est déjà sortie dans la bienheureuse plénitude.
Certes
nous ne sommes pas dignes. Dans l'histoire de l'Église comme dans notre
propre histoire, nous pouvons même être parfois franchement indignes.
Nous ne sommes pas à la hauteur d'une telle destinée. Mais
le salut, cette réhabilitation, ce bonheur, qui donc le veut en premier
pour nous ? N'est-ce pas la Trinité Sainte en son amour infini ? Dieu le
Père qui nous crée, alors que nous n'avons rien demandé !
Dieu le Fils qui nous sauve, alors que nous n'avons rien mérité
! Dieu le Saint Esprit qui nous sanctifie, alors que nous demeurons par nous-mêmes
incapables d'aimer !
Oui, je comprends pourquoi les apôtres sont restés
bouche bée devant l'ascension de leur Maître. Quelle espérance
incroyable : nous sommes faits pour le Ciel
dès cette terre ! Quel
désir alors n'envahit pas notre cur de suivre dès maintenant
Jésus, de nous laisser guider par son Église et son enseignement.
Désir d'aider, de contribuer à cette mise au monde - j'allais dire
à cette mise au Ciel - d'une humanité qui n'en finit pas de souffrir
de n'être pas à Dieu !
Contemplons le Christ avec la Vierge Marie
et les premiers Saints du Ciel ! Ce travail d'enfantement, c'est l'uvre
de la grâce en nous. N'en craignons pas les douleurs ni les sacrifices !
Car il nous faut et laisser faire le Seigneur, (c'est un spécialiste des
accouchements difficiles !) et à la fois y participer de tout notre coeur,
c'est-à-dire dans l'obéissance à sa Parole, ses commandements,
ses ordres, à sa volonté sur nous, à notre vocation à
chacun, à notre place dans l'Église ! Alors je vous assure, frères
et surs, dans la communion des saints et la gloire de Dieu, nous serons
tous de très beaux bébés !
Jésus nous a-t-il vraiment
quittés ? Ou plutôt n'est-il pas, pour nous, déjà arrivé
?
L'ASCENSION
POUR NOTRE GLOIRE !
Solennité de l'Ascension,
année B
Jeudi 25 mai 2006
Homélie
du fr. Antoine-Marie BERTHAUD o.p.
