" Je m'éloignais de plus en plus de Vous Mon Seigneur et ma vie… Et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c'était déjà une mort à vos yeux… Vous me faisiez sentir un vide douloureux, une tristesse que je n'ai jamais éprouvée qu'alors ; elle me revenait chaque soir, lorsque je me trouvais seul dans mon appartement… elle me tenait muet et accablé pendant ce qu'on appelle les fêtes : je les organisais mais le moment venu je les passais dans un mutisme, un dégoût, un ennui infinis…. "(Charles de Foucauld). C'est de cette mort que Jésus est venu nous relever de sorte que ces cinquante jours de Pâques à Pentecôte veulent nous réapprendre à vivre, de vie éternelle. " Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète. "

Comment ? Je retiendrai trois enseignements. Le premier est devant vos yeux lors de la rencontre entre Marie Madeleine et Jésus au jour de la résurrection. Cet épisode est mystérieux ! Le bonheur de Madeleine serait de le retenir. Or, Jésus, au matin de la joie du monde déçoit cette femme : " Ne me touche pas". La frustration de son désir est pour un bien plus grand. Il va lui dévoiler le secret de la vie. A contre courant des mouvements spontanés de l'amour, Jésus monte vers la source de la vie : " Je monte vers mon Père et votre Père ". Attention cependant, il y a plus ici que l'affirmation que Dieu est cause de la vie, du mouvement et de l'être. Pas besoin de Jésus pour croire que Dieu est créateur. Non ! Jésus révèle la Vie en révélant que Dieu, le Vivant est communion d'Amour. Par conséquent, la vie se donne par et dans l'amour. Ce n'est que par et dans l'amour que la vie se donne et subsiste, qu'elle demeure. L'Esprit, reçu au jour de la pentecôte, communion d'amour ente le Père et le Fils est cette Vie. Celui qui le possède " même s'il meurt vivra à jamais ". Première leçon donc : Apprendre à vivre c'est apprendre à aimer.

Or on n'apprend pas l'amour comme on apprend les mathématiques. C'est le second enseignement. Pour être fort en mathématiques, deux choses suffisent :
· être doué, - ce qui n'est pas le cas de tous ;
· beaucoup travailler par soi-même, - car la vérité, ici, est affaire d'intelligence personnelle.
Pour être fort en amour, pour apprendre à aimer, nul besoin de don particulier. Ou plutôt nous sommes tous doués pour cela. Car Dieu nous a tous créés à son image : des êtres capables d'amour. Quant au travail individuel, il ne peut rien par lui-même. Car l'amour ne se découvre pas tout seul, à force de recherche ; il se reçoit. Il se reçoit nécessairement d'un autre. Nul ne peut l'apprendre par soi-même. Un mathématicien peut devenir génial par lui-même, le premier, sans maître. Un homme ne peut pas aimer le premier ; il ne peut grandir dans l'amour que si d'abord il est aimé. Deuxième leçon : " Ce n'est pas vous qui m'avez choisi mais c'est moi qui vous ai choisi " Jn 15


C'est ainsi que nous comprenons le troisième enseignement c'est à dire l'étrange irruption, dans notre évangile, de la notion de commandement : Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour. Jésus nous parle d'amour, d'amitié. Que nous fatigue-t-il avec des ordres et des commandements ? L'amour n'est-il pas enfant de bohème ? Qu'a-t-il à faire avec l'obéissance et l'autorité ? Impossible d'aimer sans la médiation de l'autorité et de l'obéissance. Car pour aimer vraiment, gratuitement, il faut sortir de soi. Et cela ne peut s'apprendre que par l'obéissance. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. L'obéissance éduque à l'amour.
Or, il y a deux sortes d'obéissance : l'obéissance servile et l'obéissance filiale. L'obéissance servile ne vient pas de l'amour et n'apprend pas à aimer. Le mauvais maître commande pour son profit, non par amour ; le mauvais serviteur obéit par crainte, forcé par la contrainte. Le serviteur ignore ce que fait son maître, il ne connaît pas son amour ; il ne le reconnaît pas, car il n'y en a pas. L'ami, lui, est introduit dans la connaissance de l'amour, car l'obéissance filiale elle, provient de l'amour. Le père ordonne par amour, pour le bien de son fils. Le fils obéit de lui-même, car il reconnaît l'amour dont il est aimé. Je ne vous appelle plus serviteurs [...] mais amis. Quelques soient les imperfections de nos parents, chacun de nous peut ressuscité car par Jésus chaque fils de Dieu sait que, en premier, dès l'origine, il est aimé du Père. Tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître.

Voilà bien le mouvement de la vie, chemin de l'amour, à travers l'obéissance filiale aux commandements. Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres. Jésus, éternellement aimé de son Père, lui a obéi en nous aimant jusqu'au bout. Et nous qui avons été aimés infiniment par le Fils, sur la croix, nous lui obéissons en nous aimant les uns les autres. Voilà pourquoi la Croix est source de vie, voilà comment certaines de " nos maladies ne conduisent pas à la mort " Jn 11. La Trinité d'amour est venue habiter nos croix et leur donner vie. Chacune de nos croix à la faculté de nous unir plus intimement les uns aux autres. Jésus le premier malade a uni sur la croix sa mère et son bien aimé, unissant l'homme et la femme. " Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas il reste seul, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit ! "

DE L'ENNUI A LA VIE
Sixième dimanche de Pâques

Homélie du frère Paul Marie Cathelinais op