Debout ! Debout ! Debout ! Marie se tient debout ! Alors même qu'on lui arrache la chair de sa chair, la voici digne comme une reine. A hauteur de son fils, ses yeux de vierge levés vers le ciel et lui le front penché sur la terre, des larmes de douleur croisent le regard de sa douceur. Au milieu des cris, des " hosanna " et des " crucifie le ", Marie écoute.


La liturgie de ce jour nous propose d'entendre aussi cette passion, comme Marie, debout. Deux millénaires nous séparent de son écriture, et il nous est possible de devenir, ici et maintenant, contemporain de la souffrance et du triomphe de Jésus, par la foi qui nous a été transmise. Cette histoire nous vient donc mêlées des larmes et du sang de nos mères et de nos pères, martyrs, qui au cœur de l'épreuve ont tenus fermes en confessant la croix : Trône de l'amour donné jusqu'au bout, Sceptre de victoire sur toute mort, Rameau véritable de la joie des petits, des affamés, des boiteux et des estropiés. Etendard du Roi des pauvres.


Au milieu des acclamations, et des accusations, nous allons écouter, debout. Par une grâce étonnante, la foi de ceux qui vont proclamé et écouter cette passion (notre foi) est la foi même qui animait celui qui l'a écrit ; et l'a signée de son sang. Oui, la foi de Marc comme la foi de Marie, est devenue notre foi, notre héritage, notre trésor le plus précieux. A nous, que la tradition appelle des fidèles, est donné l'insigne honneur de proclamer et d'écouter ce récit de douleurs debout.


Alors, au milieu des cris, des " hosanna " et des " crucifie le ", écoutons, debout: le Verbe, la parole de Dieu, l'éloquence divine va se taire. La mère reçoit ce silence dans l'espérance. Car son regard a croisé son infinie douceur : tendresse divine, incorruptible. Jésus ne dit presque rien, il fait, il aime, il pardonne, il prie son père dans le secret de son cœur et sa supplication : " Père, o père pourquoi m'as-tu abandonné " est le cri ultime de ce qu'il lui reste de confiance, étincelle humaine de sa nature divine. Debout, sur la croix, Jésus remet l'Esprit, l'esprit de vie.


Alors au milieu d'une Jérusalem bordelaise, sans foi et sans espérance, tiens toi debout, église de Christ, comme un seul homme. Comme Marie, nous chrétiens, nous fidèles de la sainte Eglise catholique, sommes appelés à vivre en cette heure, en cette semaine sainte, la foi même de Marie. L'agonie de Jésus, sa solitude, ses plaies, sa douleur, son procès, son échec, nous les écouterons une nouvelle fois debout à cause même de notre foi en sa résurrection. Oh bien sûr les jambes vont fatiguées, l'attention diminuée, et tous " nous allons tomber ". Mais Jésus, lui, viendra nous relever. Debout ! Puis à genoux, mais dans la foi debout ! " Levez-vous, allons ! ".

Levons nous ! Allons.
Homélie pour le dimanche des Rameaux
(Passion selon saint Marc)

Homélie du frère Paul Marie Cathelinais op