Frères et surs,
Il nous faut prêter une grande attention à la
pédagogie que l'Église nous propose chaque année pour le
Carême. Elle est suffisamment souple pour que chacun s'en approprie personnellement
le contenu.
Souple, oui !Facultative, non !
Cette pédagogie
est fondamentale car elle vise à restaurer et à faire grandir l'unité
de notre personne; elle dispose, elle prépare notre corps, notre cur,
notre esprit à se laisser agir par le Christ en sa Résurrection;
c'est une pédagogie de l'unification profonde de notre être, car
le péché nous disperse, nous fragmente, nous brise en mille morceaux
et en définitive nous éloigne des autres, de Dieu et de nous-mêmes.
En
effet l'Église, notre mère, nous propose de rétablir notre
être dans la vérité et dans l'unité des trois dimensions
fondamentales de l'existence humaine:
- notre relation à autrui à
travers l'aumône
- notre relation à Dieu à travers la prière
-
notre relation à nous-mêmes à travers le jeûne
Cette
étape -toute nécessaire et indispensable qu'elle soit- n'a rien
de spécifiquement chrétien ; d'autres religions proposent aussi
cette pédagogie à leurs fidèles. Cette triple pédagogie
pourrait même, si nous n'y prenions pas garde, devenir un moyen de plus
de nous placer au centre des regards ; ce que justement Jésus dénonce
aujourd'hui dans cet Évangile.
Ce qui va mettre un sceau chrétien
à cette démarche de conversion, c'est le sens ultime, que cette
pédagogie contient. En régime chrétien, c'est le Christ qui
est l'ultime référence de cette trilogie.
- L'aumône et l'ouverture à l'autre nous invitent à reconnaître que cet univers vient de Dieu, qu'il nous est donné par Lui, qu'il est pour tous, et que nous n'en sommes pas les propriétaires. Nous ne pouvons pas oublier le pauvre, le prochain qui vient à nous et qui crie. Derrière sa détresse c'est la figure du Christ dépouillé et nu qui se profile et qui nous appelle.
- La prière -qui est le mouvement de l'âme vers Dieu- est vécue à une profondeur qui n'est pas du domaine sensible, même si parfois la sensibilité est sollicitée; son évaluation nous échappera toujours. La prière nous introduit par le Christ, avec le Christ, et dans le Christ dans la communion des Trois Personnes divines.
- Le jeûne et le manque qui viennent mordre notre corps
creusent en nous la faim d'un autre pain, celui de l'Eucharistie. L'Eucharistie,
où dans sa mort et dans sa Résurrection, le Christ se donne à
nous en nourriture. Ce pain qui, à la fois nous rassasie de biens éternels
aujourd'hui, et à la fois fait grandir en nous notre désir d'en
être définitivement rassasiés.
Les cendres dont nous allons maintenant être revêtus attestent que nous voulons marcher jusqu'à Pâque, avec l'aide de l'Église, sur un chemin de d'humilité et de patience et d'amour.
BON CARÊME
AMEN
MERDREDI
DES CENDRES
CARÊME 2006
fr. Pierre Alain Malphettes op.
