Ce deuxième dimanche de l'Avent, nous devons le vivre avec Jean-Baptiste. Avouons que c'est une compagnie qui nous effraie quelque peu. L'inviterions-nous à notre table ce dimanche ? On serait obligé d'accepter sa tenue excentrique en poil e chameau et surtout de changer le menu, va pour le miel mais pour les sauterelles… Mais ce qu'il faudrait redouter par-dessus tout, c'est la conversation.

De toute manière, Jean-Baptiste n'accepterait pas l'invitation. Son lieu de vie, sa mission et sa raison d'être, c'est le désert. Il faut ce vide radical pour bien montrer que quelque chose de vraiment nouveau commence. Il faut donc tout inverser : c'est nous qui sommes invités par Jean-Baptiste.

Aujourd'hui, notre dimanche doit comporter un peu le goût du désert : être prêt à tout recommencer selon le plan prévu par Dieu. Et voyez la naïveté de saint Marc, dès la première phrase de son évangile, il vend la mèche : " commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, le Fils de Dieu ". Un peu comme dans les films de l'inspecteur Colombo, on sait tout, tout de suite, de manière à se concentrer sur la manière dont Dieu va s'y prendre pour nous faire comprendre que Jésus, né de Marie, sera le Fils de Dieu et que son Evangile va tout recommencer : " commencement ", dit saint Marc, faisant écho au commencement de la Genèse quand Dieu a tout créé, la terre et le ciel et finalement le premier couple humain dans sa splendeur originelle.

Pour tour recommencer avec Dieu, il faut cependant savoir où l'on va. Jean-Baptiste n'est pas n'importe qui : c'est un prophète. Les prophètes, on en connaît dans l'Ancien Testament. Il est vrai que ces temps derniers, ils se faisaient plus rares comme si Dieu baissait sa voix avant que s'accomplisse la prophétie déjà ancienne d'Isaïe : " Voici que j'envoie mon messager devant toi ". Quelle magnifique prophétie ! Depuis quelques minutes, on se demande comment rejoindre Jean-Baptiste au désert, en se disant qu'on ne peut pas être tous des Charles de Foucauld. Ce n'est pas la peine, le messager de Dieu, comme le Père de l'enfant prodigue, vient au devant de nous. Il est vraiment difficile d'éviter Jean-Baptiste. Il a beau crié dans le désert, nous y sommes tous, d'une manière ou d'une autre. A chacun de se demander quel désert de notre vie Jean-Baptiste vient retrouver.

Mais son message le plus important n'est pas là. Le désert n'est pas fait pour s'occuper de soi dans un ultime soubresaut d'égoïsme. Le désert, c'est à la fois un lieu hostile, un lieu de tentation, et donc de pauvreté sans les sécurités et les masques du confort ; c'est alors un lieu de rencontre authentique avec Dieu. Avant de retrouver Dieu dans le jardin originel ou mieux, dans le jardin du Ressuscité, il convient d'entrer dans le désert pour que Dieu nous redonne le goût d'une nudité sans honte, d'une vérité profonde sur nous-même et sur le chemin du Seigneur : " Préparez le chemin Seigneur, aplanissez la route ". L'image est belle et concerne directement ce temps qui précède Noël : Le Créateur de l'univers, le Sauveur de tous les hommes vient, alors ne mettons pas d'impétueuses montagnes entre lui et nous, car on sait que d'une montagne à l'autre la vérité change de visage, et l'au-delà des Pyrénées n'est pas loin de Bordeaux.

Quant à la préparation du chemin, elle se présente en terme de conversion, de reconnaissance de ses péchés, bref de cette vérité profonde sur soi-même qui aboutit à ce que l'Ecriture appelle un juste. Mais il ne faut pas se tromper de justice. La justice que prêche Jean-Baptiste, elle est à cheval sur l'Ancien et le Nouveau Testament. De nombreux juifs sont en communion avec Dieu car ils suivent le plan de Dieu en étant fidèls à la Loi. Souvent Jésus rencontrera de tels justes. Mais c'est encore un baptême d'une eau trop douce car elle n'est pas passée par l'épreuve du feu, celui de l'Esprit Saint, de la mort et de la résurrection du Messie.

Préparer la naissance du Sauveur ne signifie pas que le plan de Dieu dépende d'abord d'une action de l'homme, comme si notre progrès spirituel ne dépendait que de nous et qu'on pouvait devenir juste par la force du poignet ou de notre supposé génie personnel. L'essentiel est d'abord d'entrer dans le plan de Dieu. D'une certaine manière, pour nous aujourd'hui c'est plus facile. Nous devons recevoir Jean-Baptiste alors que Jésus a déjà tout réalisé et que nous sommes déjà baptisés dans l'Esprit-Saint. Pourtant, Jean-Baptiste n'est pas inutile. On a vite de fait, d'un Noël à l'autre, de reconstruire quelques mauvaises collines qui empêchent d'apercevoir la naissance d'un enfant. C'est pourquoi Jean-Baptiste est une bonne piqûre de rappel.

Jean-Baptiste prêche une attitude du cœur : la simplicité du désert, la conversion, le tout baignant dans cette humilité, ce pain avec lequel, disait sainte Thérèse d'Avila, il faut manger tous les autres mets de la vie spirituelle : " voici venir celui qui est plus puissant que moi ; je ne suis pas digne de me courber à ses pieds ", comme pour dire que la pire des montagnes séparatrices serait un manque d'humilité, ce manque d'humilité qui refuserait à Dieu la capacité de tout pouvoir recommencer.

Vraiment, ce dimanche, nous avons grand besoin de Jean-Baptiste.

Quel est l'invité de Jean-Baptiste ?
Homélie du deuxième dimanche de l'Avent

Fr. Gilbert Narcisse op
Dimanche 4 décembre 2005