ATTENTION
!
Homélie pour le premier
dimanche de l'Avent 2005
fr. Paul-Marie
Cathelinais op
Mc. 13, 33-37.


Petit effort de mémoire: il y a deux minutes, à quoi étiez-vous attentifs ? Au son, à la musique, aux paroles, à la mine réjouie du fiston qui vient d'obtenir un gâteau pour ne pas déranger. Ou encore en ce moment faîtes-vous attention à votre montre, au pli de votre pantalon, ou plus perfidement au piège que vous allez me tendre pour mes éventuelles fautes de français ? A quoi faîtes-vous attention ? C'est la question de l'Avent.
L'Avent c'est attendre la venue du Seigneur Jésus. Attendre pas comme on attend le bus. Non ! attendre c'est scruter, ou pour le dire comme Jésus , attendre c'est veiller. " Veillez, car vous ne savez ni le jour ni l'heure ". Veiller ce n'est pas être attentiste, mais attentif. L'Avent est une affaire d'attention. Or il est à craindre que nos attentions nous dispersent, qu'elles éclatent en tout sens et pulvérisent l'unité de notre vie façon puzzle. L'attention dont je parle n'est pas d'abord psychologique ; ce n'est pas l'attention- concentration. Non ! à travers toutes nos activités l'attention dont je parle est ce qui nous préoccupe, ce qui nous tend. Nous sommes attentifs à ce vers quoi nous tendons. L'attention c'est notre pondus amoris dit saint Augustin. Ici un petit examen de conscience n'est pas de trop. Quel est le poids de notre vie, qu'est-ce qui nous entraîne ? Dieu ou moi ? Ma vanité ou sa Nativité ?
Comme pour nous excuser disons que nous sommes attentifs à ce qui nous plaît ou pourrait nous plaire. Or quand Jésus prévient, " veillez car vous ne savez pas le moment", il faut avouer que nous aurions plutôt tendance à fuir qu'à veiller. Qui d'entre nous en effet voudrait être attentif à l'heure de sa mort ? Cependant, la mystérieuse date dont parle Jésus n'est pas le moment de la fin, mais son heure. L'heure où il changea l'eau en vin. L'heure où sur la croix il se donna à ses disciples. L'heure où " il fut transfiguré devant eux ". L'heure de la manifestation sensible de sa divine présence. Bref, l'heure de notre rencontre personnelle avec Lui. C'est l'heure de notre mort, oui, mais c'est aussi l'heure de la messe, l'heure de la communion sacramentelle. C'est l'heure tout simplement de la prière, de l'échange où le père se donne à son fils et où le fils se donne à son père. Il s'agit donc d'être attentif à cette présence divine, douce et pacifiante. Il s'agit de garder l'union intime avec Jésus, réalisée dans la communion sacramentelle. Un jour Jeanne de Chantal demanda à François de Sales : " - Quel est le plus long moment de votre vie où vous n'avez pas fait attention à la présence de Dieu ? - Un quart d'heure je crois ! "
Nous n'en sommes pas là tant il est difficile de se battre avec l'invisible. Pourtant, quand Dieu prend congé de nous comme aujourd'hui dans l'Evangile, n'oublions pas qu'il peut revenir bien vite : " le royaume des cieux est tout proche " Mt. 9,7, " encore un peu de temps et vous me verrez " Jn..16,16 , " si quelqu'un m'aime je me manifesterai à lui, et nous ferons chez lui notre demeure " Jn.. 14, 21. Attention ! A force de ne plus faire attention à son retour, les signes vont nous échapper et nous pourrions bien perdre la foi, sans faire exprès. " J'ai pas fait exprès, dit l'enfant. Non mon chéri, répond la mère, tu n'as pas fait attention !" Veiller, c'est se réveiller. Comment ? Dieu ne se révèle pas au cur rancunier, au querelleur. Il s'agit d'être attentif nos pas à nos frères mais à l'amour envers nos frères. Nous sommes invités aussi à être attentif à Dieu lui-même. Faire un effort pour venir dix minutes avant la messe ; c'est un bon moyen d'être à l'heure. Se recueillir vraiment au moment de bénir la table. S'arrêter un instant après avoir dit " Notre Père " comme pour laisser le temps au Père de savoir qu'on lui parle. Il est difficile certes de contrôler notre cinéma intérieur, mais mes moments de solitude peuvent être habités par un élan du cur. Une oraison de trois secondes. " Jésus je t'aime ". " Père je m'abandonne à toi ". " Je te cherche toi mon Dieu ". Nous n'avons pas le temps mais entre l'aspirateur, la marmite et l'ordinateur, nous pouvons toujours glisser quelques mouvements intérieurs. Cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira.
Au début de l'homélie je vous ai demandé un petit effort de mémoire. Maintenant, petit effort de claire voyance : à quoi ou plutôt à qui allez-vous faire attention ?
Ne
sois pas vaine, ô toi mon âme ;
Ne laisse pas l'oreille de ton
cur s'assourdir
Au bruit tumultueux que fait ta vanité !
Ecoute
toi aussi :
C'est le Verbe lui-même qui te clame : " reviens "
!
Saint Augustin
IV Confessions, IX, 16