Pourquoi dois-je vous dire quelque chose
ce matin ? Pourquoi dois-je prendre la peine (et votre peine) de commenter avec
vous les écritures ? Ne serait-il pas plus convaincant (et plus court)
que Dieu vous dise lui-même son mystère ? Que les cieux se déchirent
et que les esprits parlent ? Certains en rêvent ! D'autres le font. Il existe,
en effet, dans les bas-fonds, des jeunes en particulier, qui font tourner des
tables, s'abîment dans des boules de cristal, dérangent les morts
pour s'assurer que l'invisible existe bien ! Et ça marche, même dans
l'évangile ; voyez ce démon qui parle, aux yeux de tous : "
Tu es le saint, le saint de Dieu " (MC. 1, 21-28). Et Jésus qui avait
là belle occasion de les convaincre à l'évidence, refuse
avec force : " Silence, sors de cet homme ! " " Qu'est-ce que cela
veut dire ? ". " Voilà un enseignement nouveau " : un silence
!
Les choses ne seraient-elles pas plus simples si l'existence de Dieu
était évidente ? Pourquoi Dieu se cache-t-il ? Parce que l'homme
l'a demandé : " Je ne veux plus entendre la voix du Seigneur mon Dieu."
Et le Seigneur répondit à Moïse : " Ils ont raison "
(DT. 18, 13-20). " Quand passera ma gloire, je te couvrirai de ma main jusqu'à
ce que je sois passé, puis j'écarterai ma main et tu verras mon
dos ; mais ma face nul ne peut la voir "(Ex. 33, 23). Nul ne peut voir Dieu
sans mourir. Face à Dieu notre intelligence est comme notre il face
au soleil. Le voir de près c'est brûler. C'est pourquoi les hébreux
suppliaient: " Je ne veux plus voir cette grande flamme, je ne veux pas mourir.
" (DT. 18, 13-20).
" Ils ont bien parlé " dit Dieu.
Je me cache parce que l'homme est homme et que Dieu est Dieu. Voilà pourquoi
" je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète,
comme toi " comme eux. " Je mettrai dans sa bouche mes paroles et il
leur dira ce que je leur prescrirai ". Autrement dit, pour se manifester
Dieu proportionne son agir. Par sa création d'abord : les chaînes
de montagnes colossales, l'immensité de la mer, l'infinie complexité
de l'univers ne racontent-elles pas sa gloire ? Par ses prophètes ensuite
! Des hommes comme nous dont le cur est travaillé par l'Esprit. Par
son Incarnation enfin, Dieu s'est fait semblable à nous. " Comment
Philippe ? Tu ne me connais pas !... Qui me voit, voit le père !... Le
père et moi nous sommes un ! " (Jn.14, 9). Dieu pouvait-il aller plus
loin dans sa condescendance, dans son approche de l'homme et de ses capacités
de connaissance ? Dieu s'est fait proche jusqu'à la solitude de l'agonie.
Dieu ne peut pas aller plus loin.
En un certain sens, Il est allé
trop loin. Le Christ n'est il pas " devenu scandale pour les juifs et folie
pour les païens ? " (ICo. 1, 23)L'homme s'est révélé
incapable de supporter cette proximité. C'est à cet endroit de l'histoire
qu'ont eu lieu les contestations. Ces refus ont des noms précis. La synagogue
d'abord, ensuite l'Islam. " Ce n'est pas digne de Dieu, disent-ils, il doit
rester absolument transcendant. Majesté pure, puissante, miséricordieuse
certes, mais pas au point de mourir pour les fautes de sa propre créature.
" Que deviendront-ils ces croyants qui refusent le visage de Dieu crucifié
? Accepteront-ils un jour de se laisser aimer jusque là ?
Jésus
en dévoilant la face du Père sur la croix présente un débordement
de mystère. Il y a une part de nous-mêmes comme le démon de
l'évangile que ce débordement d'amour dérange. Certains hommes
n'aiment pas être possédés par cet excès de mystère.
Cela leur fait peur. Ils n'en veulent pas. D'autres en revanche, représentant
une autre part de nous-mêmes, se préparent à accueillir l'amour
en pleine face. Par la communion, dans la douceur d'une hostie, dans le geste
délicat du pardon, par la contemplation d'une chair blessée, ressuscitée
mais blessée, par l'accueil de ce pauvre corps comme Marie au pied de la
croix, nous sommes introduits au fur et à mesure, tout simplement, à
l'intime du mystère divin. D'un Dieu qui se donne sans s'imposer, comme
un amoureux, dans le silence !
Amen !
C'est
un Mystère !
Homélie du frère
Paul- Marie Cathelinais, op.
Pour
le quatrième dimanche du temps ordinaire 2006
( DT. 18, 13-20 ; MC.
1, 21-28)