Fête
Dieu, St-Sacrement
Fr. Jean-Ariel Bauza-Salinas op
22 juin 2003
Au commencement du monde Dieu modela l'homme avec la glaise, il souffla sur lui une haleine de vie et l'homme devint un être vivant.
A la plénitude des temps, Dieu souffla sur Marie son Esprit et le Verbe se fit chair.
Et depuis le soir du Jeudi saint, Dieu envoie son Esprit sur le pain et sur le vin, et ils deviennent le Corps et le Sang du Fils de Dieu.
Que dire devant ce mystère ? Devant le plus grand des miracles qu'il est donné à l'homme de faire tous les jours l'expérience, notre frère Thomas d'Aquin chantait : " Pange, lingua : Chante, ma langue le mystère de ce Corps glorieux, de ce sang précieux, que pour le rachat du monde le Christ (…) a répandu ".
L'Eucharistie, quel mystère ! Mais… Mystère de la foi, comme le prêtre dit après la consècration ? Mystère de la foi humaine… ou plutôt mystère de la charité divine?
Fausse question ! Fausse opposition ! Elle est mystère de la foi qui accueille l'extraordinaire mystère de l'amour de Dieu.
Mystère de l'amour
Dans sa lettre-encyclique publiée le jeudi saint dernier, Ecclesia de Eucharistia, que je vous invite tous à lire, le Pape nous dit : Je désire encore une fois redire cette vérité, en me mettant avec vous, chers frères et sœurs, en adoration devant ce Mystère: Mystère immense, Mystère de miséricorde. Qu'est-ce que Jésus pouvait faire de plus pour nous? Dans l'Eucharistie, il nous montre vraiment un amour qui va " jusqu'au bout " (cf. Jn 13, 1), un amour qui ne connaît pas de mesure (11c).
Mystère que nous adorons. Mystère que nous recevons : son Corps et son Sang ne sont pas seulement là, exposés à l'adoration, mais offerts en nourriture. En l'instituant, Jésus ne se contenta pas de dire " Ceci est mon corps ", " Ceci est mon sang ", mais il ajouta " livré pour vous " et " répandu pour la multitude " (Lc 22, 19-20). Le sacrifice du Golgotha (où Fils se donne à son Père) EST pour nous sacrement du salut : le Christ se donne à nous pour nous entraîner dans sa Pâque. Cela est bien montré dans la préface de la messe d'aujourd'hui, que nous allons entendre bientôt : Il s'est offert à toi, comme l'Agneau sans péché, et tu as accueilli son sacrifice de louange. Quand tes fidèles communient à ce sacrement tu les sanctifies, pour que tous les hommes, habitant le même univers, soient éclairés par la même foi et réunis par la même charité.
Don à Dieu, Don de Dieu.
Don où le Christ n'est pas " tiraillé " (où il dirait " plus je donne au Père, moins je donne aux hommes "), non, parce que c'est en se donnant au Père qu'il se donne aux hommes.
Dans cet acte d'amour il n'y a donc pas tiraillement, tension, division, mais unité, l'unité que produit l'amour, car le Sauveur nous prend avec lui dans son offrande d'amour au Père : toute la création, toute l'humanité, tout honneur et toute gloire est adressée à Dieu le Père Tout-puissant, dans l'unité du Saint-Esprit, par le Christ, avec lui et en lui. Voilà notre vocation, voilà notre fin, voilà la réalité à laquelle l'Eucharistie nous introduit déjà : être UN dans le Christ, l'Esprit et le Père, unis à lui dans l'amour. Mais cette unité dans l'amour demande toujours l'unité dans la foi.
L'Eucharistie est donc Mystère de la foi :
" Ce que tu ne comprends pas, ce que tu ne vois pas -dit saint Thomas- une foi ardente te l'assure ". " Si les sens font défaut, pour affermir le cœur seule la foi suffit ". Si c'est l'amour pour le même Seigneur qui nous réunit, c'est la lumière de une même foi qui nous éclaire. Et ce sont cette foi et cet amour, imprégnés d'espérance, qui font de nous l'Eglise. Une Église (qui) vit de l'Eucharistie (Ecclesia de Eucharistia vivit). Cette vérité n'exprime pas seulement une expérience quotidienne de foi, mais elle comporte en synthèse le cœur du mystère de l'Église (EE, 1). Elle a reçu l'Eucharistie du Christ son Seigneur non comme un don, pour précieux qu'il soit parmi bien d'autres, mais comme le don par excellence, car il est le don de lui-même, de sa personne dans sa sainte humanité, et de son œuvre de salut. Celle-ci ne reste pas enfermée dans le passé, puisque " tout ce que le Christ est, et tout ce qu'il a fait et souffert pour tous les hommes, participe de l'éternité divine et surplombe ainsi tous les temps... " CEC 1084 . (EE 11).
Ce mystère d'amour et de foi est alors Mystère de tous les temps
L'Eucharistie surplombe tous les temps. Pourquoi ? Parce que le sang du Christ est versé pour vous et pour la multitude, pour tous les hommes de tous les siècles, et pour l'homme tout entier. Le mystère de la Pâque du Christ (sa passion, mort et résurrection) s'inscrit alors dans nos vies tout au long de notre histoire personnelle, et c'est pour cela même que, tout au long de l'histoire et de notre histoire, le mystère de l'Eucharistie nous accompagne : pour faire de nous, peu à peu, la chair du Christ total.
Dans l'Eucharistie, (l'Église) jouit de (sa) présence avec une intensité unique (EE, 1). Il entre dans notre histoire et nous entrons dans la sienne : quand on célèbre l'Eucharistie on revient en esprit à l'heure de la Sainte Cène, à l'heure de l'agonie à Gethsémani, à l'heure de la Croix et de la glorification. Dans l'Eucharistie nous devenons contemporains de l'heure de la rédemption du monde. " Ce sacrifice est tellement décisif pour le salut du genre humain que Jésus Christ ne l'a accompli et n'est retourné vers le Père qu'après nous avoir laissé le moyen d'y participer comme si nous y avions été présents (11). Dans notre présent prend chair un événement du passé, qui ne reste pas dans un passé historique, mais que nous fait entrer dans l'éternité : " Amen, amen, je vous le dis: si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson " (Jn 6, 53 et 55), " Celui qui me mangera vivra par moi " (Jn 6, 57), " Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour " (Jn 6, 54) : l'Eucharistie est alors l'anticipation du Paradis, " gage de la gloire future ". Le Christ que nous recevons n'est pas un cadavre mais le Ressuscité ! Quand nous présentons au Père le sacrifice pur et saint, le sacrifice parfait, pain de la vie éternelle et coupe du salut (dit la Prière Eucharistique numéro I), nous faisons mémoire de la passion, mais aussi de la résurrection et de l'ascension dans le ciel de Jésus-Christ. Et parce que nous partageons son Corps, nous entrons là où son Corps éternel se trouve : dans la Jérusalem céleste, dans le chœur d'une multitude d'anges en fête, dans cette communion des saints si bien représentée par fra Angelico dans les fresques de San Marco.
Ô merveilleuse Eucharistie, coin du ciel qui s'ouvre sur la terre! rayon de la gloire de la Jérusalem céleste, qui traverse les nuages de notre histoire et qui illumine notre chemin (EE, 19). Nous venons à la table d'un si grand mystère nous imprégner de ta grâce et connaître déjà la vie du Royaume (Préface)
Devant ce mystère tout genoux fléchit, toute parole se tait, tout regard est attiré, toute oreille reste attentive, tout l'être est saisi. Tantum ergo sacramentum veneremur cernui ! Adorons donc, courbant la tête, un si grand sacrement ! s'exclame Thomas.
Mais ne restons pas au Thabor, car l'Eucharistie ne nous est pas seulement donnée pour devenir ce Christ que nous accueillons, mais pour que le monde devienne aussi Eucharistie. L'Agneau de Dieu enlève le péché du monde, et nous fait aussi participer à sa mission de guérison et de salut. Je reviens à la Préface : Quand tes fidèles communient à ce sacrement tu les sanctifies, pour que tous les hommes, habitant le même univers, soient éclairés par la même foi et réunis par la même charité.
Ainsi donc, si l'adoration et la réception du Corps Eucharistique ne me pousse pas à agir en faveur du Corps ecclésial, là, il y a un court-circuit quelque part. Il faudra alors réviser le courent : Où suis-je dans ma foi et mon espérance? Où suis-je dans l'amour ?
Que cette communion, mes frères, mes sœurs, soit pour nous, comme dit Thomas, armure de foi, bouclier de bonne volonté.
Qu'elle soit la correction des vices, l'extinction de la concupiscence, la croissance de la charité, de la patience, de l'humilité, de l'obéissance (à sa volonté) et de toutes les vertus.
Qu'elle soit défense ferme contre les embûches des ennemis visibles et invisibles. Qu'elle nous soit l'apaisement de la chair et de l'esprit, la parfaite adhésion à toi, Dieu unique et vrai, et l'heureuse consommation de notre vie. Amen
Prière Universelle
Prions pour le Saint Père, le Pape Jean Paul II : pour qu'il continue d'annoncer au monde les merveilles que Dieu fait pour nous, la vérité de l'Evangile confiée à l'Eglise. Prions le Seigneur.
Prions pour notre Evêque Jean-Pierre et son auxiliaire Jean-Claude, pour les évêques de France et pour tous les évêques : qu'ils aient toujours la force et le courage de proclamer les mystères de la foi. Prions le Seigneur.
Prions pour les prêtres, pour que nous soyons fidèles au service de la Parole, de l'Eucharistie, des sacrements : que l'Esprit façone nos vies sur celle du Christ Prêtre et Pasteur. Prions le Seigneur,
Prions pour les vocations au sacerdoce ministériel : Seigneur, donne-nous de prêtres, Seigneur, donne-nous de saints prêtres, Seigneur, donne-nous beaucoup de saints prêtres pour qu'ils portent au monde ton Corps et ton Sang. Prions le Seigneur,
Prions pour nos familles : que nous sachions nous impregner des vertus de le Vierge Marie et de Saint Joseph, eux qui ont accueilli en premier le Corps du Christ. Prions le Seigneur,
Prions pour le monde entier, pour les responsables politiques des états en guerre, pour ceux qui se haïssent, pour ceux qui s'entretuent, pour ceux qui meurent : donne-nous Seigneur ta paix, ton pardon, ton unité. Prions le Seigneur,
Prions pour les absents, pour ceux qui ne veulent pas ou qui ne peuvent pas encore être rassamblés dans la pleine unité du Corps du Christ. Prions pour les intentions qui nous ont été confiées, pour celles que nous portons dans nos coeurs, pour celles des uns et des autres. Prions le Seigneur,
Rappels historiques sur l'origine de la Fête-Dieu :
L'institution de la fête-Dieu est pour beaucoup due à une religieuse dont le confesseur devient pape: sainte Julienne de Mont-Cornillon (1192-1258), en Belgique.
La journée de Jean-Paul II a en effet été marquée par la célébration de la fête Dieu, de la fête du Saint-Sacrement, avec la messe, à 19 heures, sur le parvis de la basilique saint Jean du Latran, qui est la cathédrale de l'évêque de Rome.
En effet la fête du Corpus Domini est maintenue au Vatican à sa place originelle, le jeudi après l'octave de la Pentecôte, tandis que dans de nombreux diocèses, elle est reportée au dimanche suivant pour des raisons pastorales.
La fête revêt une importance toute particulière en cette 25e année de pontificat, que Jean-Paul II a tenu à placer sous le signe de l'Eucharistie, en publiant sur ce thème sa 13e encyclique. Le pape a aussi introduit, dans la méditation des mystères "lumineux" du rosaire la méditation - eucharistique - du miracle de Cana et de l'institution de l'Eucharistie.
La célébration eucharistique de ce jour est traditionnellement suivie à Rome de la procession sous les platanes de la rue Merulana, cette grande artère qui relie Saint-Jean-du-Latran à Sainte-Marie-Majeure. Le pape remonte la rue en prière devant le Saint-Sacrement exposé, dans une voiture panoramique transformée en reposoir. Chaque année, des milliers de pèlerins de Rome et du monde viennent participer à cette manifestation publique de foi eucharistique à laquelle le pape a invité les fidèles à plusieurs reprises ces derniers jours.
Un miracle eucharistique a marqué le XIIIe siècle, au Nord de Rome, à Bolsena en 1263, un événement décisif pour l'institution de cette fête en 1264 par le pape Urbain IV, et qui est relaté par les fresques de la cathédrale d'Orvieto. Le miracle est survenu dans la basilique Sainte-Christine de Bolsena, au nord de Rome et au sud d'Orvieto. Un prêtre de Bohème, Pierre de Prague, venait d'accomplir un long et difficile pèlerinage et il priait sur la tombe de sainte Christine. Il passait par une crise spirituelle profonde et demandait à la sainte d'intercéder pour que sa foi se fortifie et chasse les doutes qui le tourmentaient, en particulier à propos de la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie. Le miracle advint au cours de la messe, célébrée par le prêtre en présence de nombreux fidèles. Au moment de la consécration, alors que le prêtre avait prononcé les paroles liturgiques sur les espèces du pain et du vin, l'hostie qu'il tenait au-dessus du calice prit une couleur rosée et des gouttes de sang tombèrent sur le corporal et sur le pavement. Le prêtre bouleversé interrompit la messe pour porter à la sacristie les saintes espèces.
Le pape Urbain IV fut immédiatement informé de l'événement. Il vint constater lui-même ce qui était survenu. Une grande partie des reliques sont conservées en la cathédrale d'Orvieto: l'hostie, le corporal et les purificatoires de lin. A Bolsena, on peut encore voir l'autel du miracle dans la basilique Saint-Christine, ainsi que quatre pierres tachées de sang. Urbain IV institua la fête du Corpus Domini par la bulle "Transiturus de hoc mundo" et confia alors à St Thomas d'Aquin la rédaction de textes liturgiques pour cette solennité qu'il fixait au jeudi après l'octave de la Pentecôte.
La fête fut ensuite confirmée par le pape Clément V en 1314. Mais en amont, le pape Urbain IV avait été, en Belgique, le confesseur de sainte Julienne de Mont Cornillon: c'est à elle que revient le mérite d'avoir demandé au pape l'institution de cette fête. Orpheline, elle avait été recueillie à l'âge de cinq ans, avec sa sœur Agnès, d'un an son aînée, par les Augustines du Mont-Cornillon, près de Liège. Comme les religieuses soignaient les lépreux, elles vécurent d'abord en retrait, à la ferme. Mais à quatorze ans, Julienne fut admise parmi les sœurs. Une vision dont elle fut favorisée deux ans plus tard est à l'origine de ses efforts pour faire instituer la Fête-Dieu en l'honneur du Saint-Sacrement. Cependant, devenue prieure, Julienne se heurtait à de cruelles incompréhensions: on la traitait de fausse visionnaire. Ses visions, et son interprétation rigoureuse de la règle augustinienne, la firent chasser deux fois du monastère. La première fois, l'évêque la rappela. La seconde, en 1248, elle se réfugia dans le Namurois, auprès d'un monastère cistercien, avant d'embrasser la vie d'ermite recluse, à Fosses. L'abbaye cistercienne de Villers, entre Bruxelles et Namur, lui offrit une sépulture, aussi l'iconographie la représente-t-elle parfois revêtue de l'habit des Cisterciennes. Cependant, relayés par Eve de Liège, ses efforts ne furent pas vains, car la fête du Saint-Sacrement fut introduite dans son diocèse. Et elle allait être étendue à toute l'Eglise par Urbain IV, six ans après sa mort.