Le
règne de Dieu est proche
Fr. Raphaël Weijers op
26
janvier 2003
S. Matthieu a son récit de Noël : l'annonce faite à Joseph qui fait que le Fils de Dieu ne vient pas parmi nous comme un sans papier mais comme fils d'un charpentier ; et l'adoration des mages, car Jésus sera le sauveur du monde entier
S ; Luc a aussi son récit de Noël : l'annonce faite à Marie qui met au monde ce qui a été conçu en elle par l'Esprit-Saint ; l'adoration de bergers, ces pauvres, simples, privilégiés de l'amour de Dieu.
S. Jean a mieux qu'un récit de Noël. Il a un poème où le Souffle d'éternité descend d'auprès de Dieu pour dresser sa tente parmi nous.
Quant à S. Marc, ignorerait-il ce que signifie pour notre monde l'apparition de Jésus parmi nous ? Bien sûr que non . Car ce qui compte à Noël, c'est évidemment ce que cette naissance va produire dans notre monde. Et cela, S. Marc sait le dire et il le dit dans l'Évangile d'aujourd'hui : " Le règne de Dieu est devenu tout proche ". Tout Noël est là dans cette petite phrase, si toutefois nous en saisissons la véritable portée.
Ce que Jésus annonce ainsi, ce qu'il cherche à nous faire saisir, ce n'est pas une bonne nouvelle pour plus tard dans un je ne sais quel ailleurs. C'est pour ici et pour maintenant. La bonne nouvelle de Noël, c'est qu'avec l'apparition de Jésus sur notre terre, quelque chose de nouveau est désormais à proximité de nous, à portée de main. Quelque chose de tout proche, non pas dans l'avenir mais proche dans l'espace, dans l'espace de notre vie. Il n'y a plus à attendre ; il y a un pas à faire. Il suffit d 'entrer, il faut entrer, répète Jésus incessamment. Dans le Royaume de Dieu on entre ou on reste dehors si on préfère. Car Jésus ne force personne, il nous invite à entrer, à célébrer Noël.
Entrer dans le Royaume n'est donc pas une récompense pour plus tard, pour après notre mort. Y entrer est un engagement que l'on prend. On y entre pas non plus par simple intérêt personnel pour " être sauvé " comme on dit, ou parce qu'on a peur de la mort. On y entre parce qu'on a découvert que là seulement est le salut pour notre monde tant il est vrai qu'il n'y a de salut pour nous sans salut pour les autres humains.
C'est donc dans cette petite phrase " le Règne de Dieu est devenu tout proche " qu'est cachée selon S. Marc toute la bonne nouvelle de Noël. Mais pour saisir cette bonne nouvelle, on aimerait en savoir un peu plus sur ce Règne de Dieu que Jésus annonce et qu'il apporte. Or, Jésus en parle souvent, mais jamais pour le définir. Il parle de son mystère, de son devenir (4, 20-30) qui est comparable à celui d'une graine semée en terre. Il dit que le règne de Dieu est destiné à ceux qui l'accueillent comme des enfants (10, 5). Il dit encore qu'il est difficile d'y entrer quand on est un possédant (10, 24-25). À un scribe qui l'interroge (12, 28) et qui a bien vu que l'essentiel dans la vie est d'aimer le Seigneur et d'aimer le prochain, Jésus dit " Tu n'es pas loin du règne de Dieu ". Mais jamais Jésus ne décrit ce règne de Dieu. En fait, c'est inutile car il y vit, il le vit. En sorte, que pour découvrir le Règne de Dieu, il suffit de regarder Jésus, de l'écouter parler et agir. Pour cela il faudrait une longue enquête. Force est de nous contenter de quelques jalons.
En voyant Jésus purifier un lépreux ou délivrer le possédé de Gérase (possédé par un régiment de démons !) on découvre que dans le Règne de Dieu les exclus sont réintégrés dans la communauté humaine et que les relations humaines sont rétablies. En voyant Jésus accueillir le paralysé de Capharnaüm descendu sur un brancard par ses amis à travers le toit, on découvre que dans le règne de Dieu tout commence par le pardon. En voyant Jésus faire appel à Lévy pour qu'il devienne son disciple, lui le ramasseur des taxes qui faisait " partie de ces gens là " avec lesquels on ne fraie pas, on découvre que dans le Règne de Dieu, le droit à la différence est pleinement reconnu, que chacun y a sa place si il le veut. En écoutant Jésus dialoguer avec la femme syro-phénicienne, on découvre que les frontières de nationalités, de races, de religions, de sexe ont perdu toute signification dans le Règne de Dieu. En voyant Jésus organiser la distribution de cinq pains et de deux poissons à la foule assise sur l'herbe verte, on découvre un autre maître-mot du Règne de Dieu : partager. Et l'on pourrait continuer ainsi en énumérant tous les récits, toutes les rencontres, tous les dialogues, tous les enseignements de l'Évangile.
Alors maintenant, face à ce monde nouveau que Jésus annonce, qu'il apporte et qu'il montre, comment allons-nous réagir ? Dans la mesure où ce monde nouveau de Dieu est à l'envers des habitudes, à l'envers des convictions et des pratiques de notre monde, il faut s'attendre à ce que la proposition de Jésus, la bonne nouvelle de Noël, ne soit pas trop bien accueillie, qu'elle suscite méfiance et opposition… Utopie tout cela, dangereuse utopie ! Et on sait où cette opposition a conduit Jésus. La crèche de Noël n'est que le début d'un chemin qui finit sur une croix ! Mais nous, quand nous entendons le message de Noël , " le Règne de Dieu est devenu tout proche, changez de mentalité, croyez à la bonne nouvelle ", comment réagissons-nous ? Est-ce que nous croyons vraiment que Jésus a raison contre la conviction d'innombrables générations qui ont cru et continuent à croire dur comme fer à l'efficacité de la violence et ne tolèrent pas le droit à la différence ? Contre ces convictions ancestrales et viscérales qui nous sont enseignées tous les jours par le spectacle du monde, est-ce que nous croyons vraiment que c'est Jésus qui a raison ? Pour lui en tout cas le message du Règne de Dieu était vraiment Évangile, LE message de salut dont notre monde avait le plus urgent besoin pour être sauvé de ses démons. À Gethsémani, en effet, il aurait bien pu s'esquiver avant qu'il ne soit trop tard (ses disciples l'ont bien fait !). Mais il aurait alors montré qu'il ne croyait plus vraiment à son message de salut. Alors il est resté. Oui, Jésus croyait à l'évangile du Règne de Dieu. Et nous, est-ce que nous y croyons, après lui et avec lui ? Est-ce qu'il nous a convaincus qu'il faut changer de mentalité.
" Le Règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous. Croyez à la Bonne Nouvelle ". Vous avez libre accès à ce Règne de Dieu. Il suffit de vous convertir et de croire ! Pas d'autre formalité à remplir pour y entrer et pour y vivre une existence de plus en plus merveilleuse. Cfr : J.M. Babut, Actualité de Marc, p. 18-21 ; Jésus et l'imminence du Règne de Dieu selon Marc, Lectio Divina 112, 91-120