L'Epiphanie et nous
Fr. Jean-Gabriel Ranquet
Epiphanie 5 janvier 2003

Épiphanie : manifestation, mise au grand jour.

Des rois, des mages, de grands dignitaires sont avertis par une étoile insolite, de la naissance de Jésus. Ils sont païens, ils sont très loin de Bethléem où ils sont invités à se rendre.

L'étoile s'arrête au-dessus d'une petite maison, à Bethléem. Ils entrent et se trouvent devant un bébé devant qui ils se prosternent, eux, devant qui tant de gens, chez eux, se prosternent. À ce bébé, d'une famille de pauvres, ils offrent des présents réservés habituellement à Dieu.

Première lumière à faire nôtre : Dieu, en la deuxième personne de sa Trinité, s'est fait homme pour arracher au mal tous les humains, des plus humbles (les bergers) aux plus haut placés (les rois mages). Il s'est fait le prochain de tous, car "il veut que tous les hommes soient sauvés" (I Timothée 2, 4). -Tous- Seul Dieu peut dire, au terme de chaque existence humaine ce qu'Il a offert à chacun et comment chacun a répondu ; seul Dieu peut savoir si, finalement notre vie fait son poids d'éternité.
À nous qui sommes ici, Dieu a fait l'immense grâce de nous unir consciemment, par la foi vécue dans l'Église, à Celui qui est " le Chemin, la Vérité, la Vie ".

Deuxième lumière : Dieu s'est fait l'un de nous, " en tout semblable à nous, sauf le péché ", à ras de terre. Il est très diversement accueilli : dans la foi et l'adoration (les bergers, les mages), dans l'hostilité (Hérode), dans l'indifférence aussi ; un exemple : regardons autour de nous comment notre société fête Noël ; le "Père Noël" a nettement plus d'importance que l'Enfant Jésus !…
À ras de terre, oui ! Un petit morceau de pain : son Corps, quelques gouttes de vin : son Sang. Ainsi l'Eucharistie.

Troisième lumière : nous sommes ici des chrétiens, des croyants, des "pratiquants" ; nous sommes conscients de la grandeur et de la vérité de cette fête de l'Épiphanie que nous célébrons. Nous risquons alors de nous croire bien différents de ces rois mages, païens au départ et à très grande distance de Jésus. Nous sommes tentés de penser que nous n'avons rien à découvrir de nouveau dans le Christ.
Erreur ! ne pensons pas qu'il n'y a aucune distance entre le Christ et nous.
Tout en nous n'est pas gagné par la " vie nouvelle " qu'il nous apporte et dont Il veut pénétrer notre vie tout court. Tout au long de notre existence nous sommes " terre de mission ". Noël, l'Épiphanie ne sont pas des parenthèses dans l'ordinaire de chaque année ; ce sont des étapes sur notre route. Telle mauvaise habitude, telle relation familiale, sociale, professionnelle mal vécue, tels péchés font de nous des récidivistes fieffés. Sur tel point nous avons à nous livrer à ce Christ de la crèche qui se livre à nous et dont nous sommes encore séparés par des kilomètres non pas géographiques, mais spirituels.

À nous d'accueillir la lumière et la force que nous offre cette fête, en repérant ce qui actuellement nous tient à distance du Christ. À nous de nous laisser convertir. Ainsi, au fil du temps, nous devenons "épiphaniques", porte-Christ pour ceux qui nous entourent.