Totalement
chrétien avec Jésus
Fr. Gilbert Narcisse op
Dimanche 8 décembre 2002: 2° dimanche de l'Avent
Pour vivre le temps de l'Avent, l'idéal ce serait de redevenir juif.
Il faudrait refaire l'expérience d'Israël, peuple élu, marchant avec son Dieu unique. Etre ce juste, homme religieux, pauvre, à ce point imprégné de Dieu, dans la Loi, par la bouche des prophètes, que grandit dans son cœur un sentiment profond, à la limite de l'absurde : demain sera toujours mieux. Non pas par dégoût du présent mais, au contraire, par la certitude d'un présent habité par la présence de Dieu, et une présence de mieux en mieux. Que nous réserve donc encore ce Dieu de toute promesse ?
Ces jours-ci, on s'étonne d'un livre du Cardinal Lustiger parce qu'il insiste sur la continuité entre Israël, le Christ et même le christianisme. Sur le fond, il a pourtant raison : le Christ est incompréhensible sans la longue histoire d'Israël. C'est pourquoi les chrétiens vénèrent toute l'Ecriture, même les livres saints écrits avant le Christ. Le Christ est la Parole incarnée ; les Juifs ont vécu des siècles et vivent encore de la Parole de Dieu. Vraiment, il faudrait entrer dans l'âme de cette foi juive pour saisir la profondeur, l'enracinement humain puis la nouveauté de cette Parole faite chair. Elle est Parole du Dieu d'Israël ; elle est Parole faite chair dans la chair d'un enfant d'Israël, d'une mère, fille d'Israël.
La Parole de Dieu, ce sont d'abord les prophètes qui
la proclament, pour rappeler les exigences de l'Alliance, l'adoration du seul
Dieu, la pratique de la Loi. Sans cesse, le croyant juif est provoqué par
le prophète à une meilleure fidélité.
Pourtant, après le désastre de l'Exil, qui toucha déjà le peuple juif,
quelques siècles avant Jésus-Christ, les prophètes et les prophéties sont
plus rares. Il y a comme un long silence de Dieu. On met la parole par écrit,
on s'interroge sur l'avenir, on attend un roi idéal, les sages méditent. On
comble comme on peut cette privation. Dieu n'intervient plus. Israël a goûté
à la Parole, mais ce goût est interrompu, un avant-goût apparemment sans suite.
Un appétit éveillé dont la privation est d'autant plus cruelle.
Voilà pourquoi surgit la figure de Jean-Baptiste. Il doit redonner toute la vigueur prophétique. La foi juive est réveillée par cet homme déroutant, rude, sauvage. Le tranchant de la Parole de Dieu s'adresse au cœur, dans le désert. Le message est simple : " convertissez-vous ". Car pour entrer dans le mystère de Noël, il faut aussi se convertir.
Jean-Baptiste dépose donc aux pieds de Jésus toute la tradition prophétique afin que le Christ lui donne sa puissance, son accomplissement. Pas d'Avent sans rencontrer Jean-Baptiste : c'est lui qui réveille notre sens de Dieu. Jean-Baptiste ramasse en nous tout ce qui est silence de Dieu. Il redonne, dans notre cœur, la parole à Dieu, contre tout ce qui conspire pour l'étouffer. Jean-Baptiste nous est nécessaire par sa fougue, mais plus encore par ce mélange de grandeur et d'humilité. Lui, l'héritier de tous les prophètes, déclare : " je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales ".
Entre Jean-Baptiste et Jésus, il y a la différence entre l'eau et le feu. L'eau, ici comme simple symbole de purification et de conversion ; le feu qui donne l'Esprit-Saint, Dieu en personne. Jean-Baptiste est donc le témoin d'une présence de Dieu absolument originale : avant, la parole de Dieu inspirait des voix humaines, des prophéties. Maintenant, avec Jésus, Dieu est réellement là, dans la Parole et dans la chair.
En annonçant cette " présence réelle ", Jean-Baptiste est le premier adorateur du Saint Sacrement : le Christ lui-même dans l'efficacité de l'Esprit-Saint. Par le fait même, Jean-Baptiste nous suggère de vivre l'Avent comme une intensification de la présence de Dieu. Vivre alors l'Avent, comme l'attente d'un sacrement, Jésus lui-même, certes, mais dans les formes des sept sacrements. C'est ainsi que l'Esprit Saint enflamme le cœur. Chacun des sept sacrements pourraient colorer notre avent. Comment le Christ m'est-il présent par ces sept sacrements, déjà reçus, encore à recevoir, toujours à vénérer, comme présence intensive de Dieu ? Si cela ne creuse pas mon désir de Dieu, alors, il faut repartir dans le désert avec Jean-Baptiste. Ne pas attendre un sacrement, c'est ne rien comprendre à Jean-Baptiste ; c'est s'interdire toute présence du Christ ; c'est prendre le risque d'un triste Noël, encore vide de la Parole de Dieu.
L'Avent ? Être juif avec Jean-Baptiste pour devenir totalement chrétien avec Jésus.