"Lazare"
Fr. Jean-Christophe Clair op
Dimanche 17 mars 2002: 5° de carême, Jn 11, 1-45

Frères et soeurs bien aimés, Dans quelques jours Jésus rentrera solenellement à Jérusalem pour y accomplir sa Pâque, pour y mourir dans la souffrance et y ressusciter dans la gloire. En attendant cette heure, Jésus évite de s'approcher de la ville et de ses alentours, car son arrêt de mort a déjà été décidé dans de nombreux esprits. Par conséquent, il est préfèrable pour lui et pour les disciples, de se tenir à distance de la Judée où la haine et les projets meurtriers occupent trop de place. N'a-t-on pas cherché à le lapider il y a quelques jours ? Or, à Béthanie, à une demi-heure de Jérusalem, en plein territoire hostile, Lazare tombe gravement malade et on envoie chercher Jésus. Est-ce bien raisonnable de déranger le maître pour un malade alors qu'en se dirigeant vers la capitale, il risque à tout moment d'être arrêté ? Jésus ne connaît pas ce genre de raisonnement. S'il attend deux jours pour se mettre en marche ce n'est pas par peur d'une probable arrestation, il sait que son heure n'est pas encore venue. S'il tarde autant, c'est pour que la gloire de Dieu éclate une dernière fois aux yeux des incrédules et aux yeux des disciples qui n'ont pas encore compris qui il était. Il va donc accomplir un dernier signe, un signe étonnant, avant que d'être livré aux mains des hommes. Et dans ce signe nous comprenons la profondeur d'amour de son coeur. Il est un coeur qui bat pour Lazare, pour Marthe et Marie et pour chacun de nous. En ce sens, le miracle qu'il accomplit à Béthanie, mais aussi ses gestes, ses paroles et ses attitudes, tout témoigne de sa véritable nature et de son amour démesuré. Jésus a déjà ramené des morts à la vie, l'évangile en compte au moins deux autres, la fille de Jaïre et le fils de la veuve de Naïm. Mais jamais ce drame de la mort ne semble avoir touché son entourage immédiat. A l'exception de saint Joseph dont l'écriture ne nous dit rien. En s'approchant du tombeau de Lazare, Jésus au fond, se fait plus proche de nous. Lui le Verbe de Dieu, l'Engendré de toute éternité, il se laisse toucher par des sentiments si humains que nous avions oublié qu'ils venaient de Dieu. Quels sont-ils ? : Jésus aime Lazare, Jésus pleure Lazare, Jésus souffre de la mort de Lazare. En cela, le Christ se dévoile dans la beauté et dans la plénitude de son être. S'il est totalement Dieu, il est aussi homme et homme parfait. Il est en tout semblable à nous hormis le péché. Les évangiles de ces derniers dimanches nous l'ont montré dans son humanité. Souvenez-vous, dans le désert, après quarante jours de jeûne, Jésus a ressenti la faim. Au bord du puit de Jacob où la samaritaine s'entretient avec lui, il s'assied parce qu'il est fatigué. Quoi de plus normal aujourd'hui que de le voir s'émouvoir de la mort de celui qu'il aime. N'habite-t-il pas notre humanité en plénitude? Ce que nous vivons il le vit. Il connaît l'homme. Nous avons tendance parfois à faire de Jésus un sous-homme, c'est tout de même un comble ! Comme si d'être Dieu l'avait empêché d'être pleinement homme. Est-ce que le péché, la seule caractéristique qu'il n'ait pas en commun avec nous, nous donnerait plus d'humanité ? Au contraire, le péché nous enlève de l'humanité, il nous diminue, il nous rabaisse, il brise notre dignité de Fils de Dieu. Jésus n'a pas connu le péché mais il a travaillé avec des mains d'homme, il a pensé avec une intelligence d'homme, il a agi avec une volonté d'homme et il a aimé avec un coeur d'homme. Et aujourd'hui, l'amour qui l'unit à ses trois amis de Béthanie, le trouble qui le saisit devant le chagrin de Marie, les larmes qui inondent son visage et l'émotion qu'il ressent devant le tombeau de Lazare, sont autant de sentiments dans lesquels nous pouvons nous reconnaître frères de Jésus en humanité. Nous sommes faits de la même chair. Voilà pourquoi rien ne lui est étranger de ce que nous vivons. Alors, ne le tenons pas à l'écart de notre vie comme s'il ne pouvait pas la comprendre. Même les gestes les plus anodins de notre quotidien peuvent devenir autant d'occasions de nous sentir unis à Lui. Frères et soeurs, la gloire dans laquelle il vit maintenant ne lui a pas fait perdre la mémoire. Au delà du temps et de l'histoire, il partage toujours notre existence. Mais si Jésus est pleinement homme, il est aussi pleinement Dieu. Et toutes les émotions que nous avons observé chez lui, sont assumées par sa divinité. Qu'il est réconfortant pour nous, dans nos épreuves, de savoir que Dieu a réellement aimé d'amitié, qu'il a réellement pleuré et souffert de la mort. Mais pour que sa divinité éclate aux yeux de tous, le Seigneur va plus loin, il ne se contente pas de pleurer la mort de Lazare, il le rappelle à la vie. Ce qu'un homme ne peut accomplir, Jésus, vrai homme et vrai Dieu le fait, il ressuscite Lazare. Quelle merveille ! La gloire et la puissance de Dieu éclatent au grand jour : " Lazare, sors du tombeau ! ". Pour nous quelle espérance ! C'est la propre Victoire du Christ qui est ici annoncée ; une victoire qui nous rend la vie, qui nous fait participer à sa divinité. Ayons confiance en la toute puissance du Christ. Nous sommes devenus peureux face à la mort, face à toutes les formes de mort que nous rencontrons. Mais Dieu ne nous a pas faits pour connaître la mort, il nous veut debout, vivants, respendissants de la vie du Ressuscité. Frères et soeurs, il fallait un miracle comme celui-ci, du vivant même de Jésus, pour connaître les sentiments de Dieu à notre égard. Jésus pafaitement Homme et parfaitement Dieu, nous aime, pleure avec nous, souffre de la mort, en est victorieux et nous donne la Vie. Il nous relève, il nous ressuscite et nous ressuscitera au dernier jour. Il l'a montré et il nous l'a promis.