"La
venue du Sauveur"
Fr. Jean-Christophe Clair op
23 décembre, 4° dimanche de l'Avent
Frères bien-aimés, Demain soir nous fêterons la venue du Sauveur dans notre chair, demain soir, Noël ! Avouons que les célébrations de Noël pouvaient, par elles-mêmes, largement nous combler ! Pourquoi donc le Seigneur nous donne-t-il rendez-vous aujourd'hui ? C'est vrai c'est dimanche, mais qu'est-ce que l'Esprit Saint a derrière son souffle pour nous réunir déjà ce matin. Lorsque j'étais enfant et que la liturgie nous réservait de telles surprises, je prenais la chose avec un peu d'agacement. Je ne comprenais pas pourquoi il fallait aller à la messe plusieurs fois en aussi peu de jours. Est-ce qu'une seule fois n'aurait pas pu suffire ? Aujourd'hui, avec un peu plus de recul, je comprends mieux et j'ai même de la joie quand le calendrier liturgique nous joue des tours comme celui-ci. Et puis après tout, comme nous n'avons jamais fini de nous laisser enseigner par l'Esprit Saint, ne perdons pas une occasion pour recevoir toutes les lumières qu'il veut nous donner. En ce quatrième dimanche de l'Avent, l'Eglise nous fait remonter le temps. Nous sommes à l'heure de la conception de l'enfant Jésus ; Joseph et Marie nous sont donnés en contemplation. Regardons tout d'abord Saint Joseph : Il vient d'épouser la Vierge Marie. Et sans doute Joseph, comme tout jeune marié, a-t-il du former bien des projets d'avenir. C'est bien naturel et légitime. De surcroît, quand la jeune femme est l'Immaculée Conception, on peut s'attendre à ce que la vie soit plus belle et plus douce que tout ce que le coeur peut imaginer. Alors on peut sans peine imaginer l'écroulement intérieur de saint Joseph quand il se rendit compte que sa fiancée était enceinte. Tant de projets mis à bas, tant d'incompréhension, tant de questions restées sans réponses. L'Evangile ne nous dit rien du temps qui s'écoula entre la conception de l'enfant-Dieu et le songe de l'ange à Joseph, mais certainement de nombreuses heures pendant lesquelles il a vécu quelque chose du mystère de l'agonie de Celui dont Dieu allait bientôt lui demander d'être le père adoptif. Quand l'ange lui apparaît en songe, c'est la volonté du Seigneur qui pénètre en lui à la faveur de la nuit. En Joseph tout s'éclaire soudainement mais cette lumière, aussi vive soit-elle, le plonge dans une autre nuit encore plus profonde, la nuit du mystère, la nuit de la foi. Peu importe, à son réveil Joseph fait ce que l'ange du Seigneur lui prescrit : il prend chez lui son épouse en s'effaçant devant Dieu et s'abandonne totalement à son bon vouloir. Tout comme Marie, Joseph dit " OUI ". Il renonce à sa volonté propre et laisse Dieu passer devant lui. Il ne s'attarde pas sur les difficultés à venir, sur le regard éventuel des autres ou sur le pourquoi et le comment. Il s'abandonne entre les mains de son Dieu et accueille la volonté de Dieu ; en faisant ainsi, c'est Dieu lui-même qu'il accueille, Emmanuel, Dieu avec nous. Pour la Vierge Marie, le renoncement n'est pas moins présent mais il est différent. Elle a été conçue sans péché. Elle est sortie toute pure des mains de Dieu et retournera toute pure vers Lui. Comprenons bien que dès cet instant, son âme est toute orientée vers Dieu. Il est son unique Bien, son créateur et son Père et c'est par Lui qu'elle est entièrement attirée et polarisée. Voilà pourquoi toute sa vie est un renoncement à sa volonté propre. Elle ne désire qu'une chose, croître dans l'amour à l'égard de son Dieu et s'en remettre totalement à son bon plaisir. C'est vrai, Dieu a eu l'initiative première en permettant cette grâce extraordinaire de sa Conception Immaculée, mais il ne faut jamais oublier que Marie ne cesse d'y coopérer, d'y répondre de toute sa volonté et de toute sa liberté. Quand l'ange Gabriel vient lui révéler la volonté de Dieu, elle se trouve certainement devant le plus grand renoncement à elle-même qui lui soit possible de faire, renoncer à la vie simple et discrète d'une humble femme de Nazareth. Accordée en mariage à Joseph qu'elle avait choisi pour confident, pour soutien et pour compagnon de route, la voilà Mère de Dieu et Vierge incomparable... Marie accepte tout, elle s'efface entièrement devant Dieu, elle se fait tellement transparente à la volonté du Seigneur qu'elle accueille Dieu en son sein. Emmanuel, Dieu avec nous. Voilà frères et soeurs la belle leçon que l'Esprit Saint voulait nous donner en cette veille de Noël. Si nous voulons accueillir l'Emmanuel, Dieu avec nous, en nos coeurs, il nous faut agir comme Marie et Joseph, nous effacer devant celui qui vient. Laissons Dieu passer devant, devant nos égoïsmes, devant nos projets, devant nos prévisions. Laissons-le nous dérouter. Et cette grande docilité à la volonté de Dieu que nous admirons tellement chez Marie et Joseph, essayons de la vivre. Pour nous aider à prendre cette voie de l'effacement et de la docilité à la volonté du Seigneur, je voudrais vous faire entendre une parole du père Vayssière, notre frère qui fût gardien de la grotte de la sainte Baume pendant trente ans : " notre seule manière de posséder Dieu, disait-il, c'est de tout accepter comme venant de son coeur et de son amour. Si nous voulons étreindre Dieu, nous le pouvons à tout instant en faisant sa volonté, puisque la Volonté de Dieu c'est Dieu lui-même. " Demain l'Emmanuel vient parmi nous, demain l'enfant Jésus vient faire sa crèche en nos coeurs, préparons-nous à l'accueillir et demandons à la Sainte Vierge Marie et à Saint Joseph de nous apprendre, tout comme eux, avec le même amour, à faire la douce volonté de ce Dieu qui nous aime.