"Dieu
avec "
Fr. Jean-Pierre Arfeuil op
24 décembre, Nuit de Noël
Que se passe-t-il quand Dieu vient dans le monde ? Deux réponses possibles : rien ou tout Dans cette alternative, laquelle de ces deux réponses est 'la bonne ? La première certainement si on regarde ce monde des hommes, et ses drames, et ses malheurs, et ses guerres, et l'accumulation du mal, et les enfants exploités, violés et massacrés, aujourd'hui comme hier, et comme demain, hélas, jusqu'à ce que tout cela finisse dans l'apocalypse des derniers jours. Rien donc, parce que rien n'est changé. Tout continue, comme avant. Dieu demeure terriblement absent. Et la plainte douloureuse du croyant exprime toujours le même désarroi - et le même reproche ? : "Si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. " Et les appels qui reprennent inlassablement les cris des Psaumes semblent bien rester sans exaucement: " Réveille ta vaillance, Seigneur, Seigneur, viens nous sauver. " Silence de Dieu ? Absence de Dieu ? Pourtant, la seconde réponse est vraie elle aussi. Tout, parce tout est changé. Rien n'est plus comme avant. " Dieu a visité son peuple " et " un Sauveur nous est né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas place pour eux dans la salle commune. " " Elle mit au monde son fils premier-né... C'est ainsi que Dieu commence sa vie d'homme pour nous donner en Jésus la pleine révélation de son visage d'amour. " La grâce de Dieu s'est manifestée pour le salut de tous les hommes " et " sa bonté et son amour de l'humain " (Ep.à Tite) qui le conduiront au sacrifice de la mort et à la victoire dé la résurrection : "Il est vaincu le Prince-de ce monde ", et le péché est pardonné et la mort même est morte. Pendant notre pèlerinage sur la terre, notre foi tient dans l'équilibre fragile de cette double affirmation et se fraie un chemin au coeur de cette alternative : tout est pareil et tout a changé. Parce que Dieu est toujours déroutant, comme ses desseins, et bouleverse nos idées, celles surtout que nous croyons les meilleures et les plus intelligentes. Voilà que le Tout-Puissant n'est autre que cet être fragile et démuni qui partage sans tricher notre condition humaine et sa précarité, jusqu'au bout et à jamais. Il prend nom " Emmanuel ", " Dieu-avec-nous ", pour toujours: " Voici que je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles. " Merveilleuses délicatesse et discrétion de Dieu qui vient, non pas bouleverser le monde dans le triomphe de la puissance et le fracas des armes et du tonnerre, mais partager notre humanité et l'épouser dans la simplicité adorable de la naissance d'un bébé, sans bruit, dans le silence paisible d'une étable. Avant de nous arracher à la précarité souvent tragique de notre condition mortelle, il vient la vivre avec nous et comme nous pour que nous puissions, avec sa grâce, la vivre avec lui et comme lui, notre compagnon de route et notre guide de tous les instants, des joies et des peines, et des drames aussi. " Avec... " Dans ce mot s'exprime peut-être la révélation la plus profonde de cette nuit de Noël. " Je crois en un seul Dieu. " Oui, notre Dieu est le seul Dieu, mais il n'est pas un Dieu seul. En lui-même, dans ce mystère intime que nous révèle le Fils, il est " Dieu avec ", dans l'éternelle communion des Trois personnes. Et cette communion, il l'ouvre à toute l'humanité en devenant " Dieu avec nous " pour nous y introduire: il vient avec nous pour, par sa grâce, nous donner d'être avec lui. Dans la nuit froide de l'hiver, la douce tiédeur de la crèche est éclairée par la lumière de cette présence qui parle à notre coeur. Comme Marie, dans la joie et l'adoration, laissons cette parole silencieuse pénétrer au plus intime de nous-même et faire naître et grandir l'espérance et l'amour.