Fr. Thierry-Marie HAMONIC op.
11 novembre: "Tous, vivront pour lui !" (Lc 20, 27-38)
En un sens, les Sadducéens n'avaient pas tout à fait tort :
si la vie éternelle n'est que la prolongation indéfinie de la vie présente,
on risque fort d'être confronté à de sacrées difficultés. Imaginez le cas
de cette pauvre femme avec ses Sept maris successifs. Va-t-on l'obliger -
car pour les sadducéens, on ne lui demandera pas son avis, bien entendu -
de prendre l'un d'eux pour lui donner enfin la descendance qu'il lui fallait
? - car c'est bien cela que les Sadducéens ont en vue. En ce cas, les six
autres risqueront de se trouver éternellement lésés. Ou bien encore, devra-t-elle
subir les sept maris tous ensemble après les avoir successivement supportés
en cette vie ? En ce cas, ce ne sera sans doute pas le paradis pour elle !
Oui, dans ces conditions, le mieux qu'on pourrait souhaiter à cette femme
serait de ne pas ressusciter du tout ! Les Sadducéens ont donc réussi à prouver
quelque chose : s'il y a une vie éternelle, elle ne saurait être la simple
prolongation de la vie présente. Et c'est bien ce que Jésus affirme dans la
première partie de la réponse de Jésus aux Sadducéens. Sa mise au point était
d'autant plus indispensable que certains docteurs pharisiens avaient une conception
bien matérialiste de la vie future. L'un d'entre eux ne disait-il pas, en
effet : " en ces jours-là, la femme enfantera tous les jours. " Pour comprendre
l'argumentation de Jésus, il faut se souvenir que les hébreux, comme bien
d'autres, concevaient avant tout le mariage comme le moyen de se perpétuer
dans ses enfants après la mort. Eh bien ! c'est dans ce contexte que Jésus
répond : " lors de la résurrection, il n'y aura plus lieu de se soucier d'assurer
sa descendance par le mariage, tout simplement parce qu'on jouira de la vie
éternelle. Voilà pourquoi on n'y prendra ni femme ni époux ". (N.B. Jésus
ne dit pas qu'il n'y aura plus de gens mariés, mais, ce qui est bien différent,
qu'on ne s'y mariera plus) Mais par-delà le cas d'espèce particulièrement
retors imaginé par les Sadducéens, Jésus nous dit en substance ceci : " Gardez-vous
d'imaginer la vie éternelle sur le modèle de la vie présente. La vie des ressuscités
sera d'une tout autre nature que celle d'ici-bas. D'ailleurs, la vie éternelle,
ne l'imaginez pas du tout ". II Mahomet aurait été bien inspiré - à supposer
qu'il le fut jamais ?- de retenir cette leçon. Au lieu de cela, il a cru bon
de présenter comme révélée une bien étrange vision de la vie éternelle. Ce
qu'affirme le Coran au sujet du Paradis est à la hauteur de ce qu'on en dit
couramment : son paradis, en effet, ne brille pas particulièrement par la
hauteur spirituelle de ses vues. Avec un luxe de détails, il le décrit comme
un lieu de plaisirs où l'on passe son temps à manger des mets délicats, des
fruits exquis. On y boit même du vin, et le tout, bien sûr, en compagnie des
fameuses houris, ces vierges qu'Allah a créées tout exprès pour satisfaire
les désirs des bons musulmans ( Ex. Sourate 56, 11-37, Cf. aussi Sourates
78, 33 ; 52, 20 ). Du reste, détail piquant, ces Houris sont les seules femmes
dont le Coran mentionne la présence aux Paradis. Quant aux épouses légitimes
de ces bons musulmans, Mahomet n'en souffle mot, façon comme une autre de
résoudre la difficulté soulevée par les Sadducéens. Décidément l'homme n'est
pas très doué pour imaginer le paradis ! Et c'est à juste titre que notre
ami Montaigne tançait assez vertement Mahomet en ces termes : " Si les plaisirs
que tu nous promets en l'autre vie sont de ceux que j'ai sentis ici bas, cela
n'a rien de commun avec l'infinité. Quand tous mes cinq sens seraient comblés
de la liesse, et cette âme saisie de tout le contentement qu'elle peut désirer
et espérer :