Fr.
Pierre-Alain MALPHETTES o.p. :
"Tu combles ceux qui t'implorent au-delà de leurs désirs"
Dimanche 4 NOVEMBRE 2001 / 31ème dimanche du T.O. (Lc 19, 1-10)
Le voici notre petit bonhomme, notre sympathique petit bonhomme! Si sympathique et si populaire auprès des petits et des grands ! Une canaille, oui ! Et de grande pointure, une de ces crapules qui vous volent avec des sourires mielleux. Jéricho ! la place devait être bonne pour que le chef des publicains s'y installe Riches et pauvres, pas de quartier! Chef des publicains? Chef des voleurs, plutôt ! Curieux d'ailleurs, cet homme! Honni et envié de beaucoup Nous le rencontrons à un moment décisif de son histoire Tout de même assez lucide sur ses propres méfaits, sur la multitude de ces gens qu'il rançonne, avec la bénédiction des Romains. Curieux aussi ce choix de l'arbre! Ce n'est pas commode de voir depuis un arbre. Quand on veut voir un grand personnage qui passe on se met plutôt à la fenêtre ou au balcon ; et dans ces pays là, on monte sur la terrasse de l'une de ces maisons, ou bien sur un muret.. Tout petit qu'il est il aurait pu se faufiler dans la foule jusqu'à lui. Eh bien, non! Voilà qu'il choisit un arbre, voir sans être vu : voilà qui l'arrange. En même temps cela maintient une certaine distance. On ne s'engage pas trop. En fait cette distance respecte la liberté de Jésus et la sienne. Il n'est quand même pas très fier de lui, le bonhomme et il a honte! Et en même temps, un désir le brûle depuis quelque temps : Voir Jésus. C'est plus qu'une simple curiosité. Percer le mystère de cet homme. Qu'y a-t-il derrière ce visage ? " Seigneur, c'est ta face que je cherche ; ne me cache pas ta face, car mon péché est toujours devant moi" Qu'y a-t-il derrière ce visage ? On dit qu'il guérit ; il vient encore de le faire avec un aveugle à l'entrée de Jéricho - il était aveugle sur lui-même, sur les autres et sur Dieu- On dit qu'il pardonne au nom de Dieu. Qu'il parle de Dieu comme personne ne l'a fait jusqu'à maintenant! S'attise en lui le désir de le voir au fur et à mesure qu'il entend parler de lui. C'est qu'une espérance s'est insinuée dans son coeur : Sortir de l'impasse dans laquelle il est coincé et où il se cache. Il faut reconnaître que dans sa situation, il ne peut faire ni mieux ni plus. Il a le désir ardent de découvrir Jésus. Il fait ce qu'il faut pour cela. Il est lucide sur son péché. Il ne peut faire mieux. L'inviter chez lui ? Mais vous n'y pensez pas! " "Mais Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir" En effet, ce n'est pas un bon juif. Non seulement, il vole, mais encore il profane la Loi de Moïse en ne respectant pas les lois religieuses de la table. Et à cause de cela un bon juif ne se risquerait pas à accepter une invitation à table "Mais dis seulement une parole, Seigneur et je serai guéri" Et Jésus la dit cette parole : "Vite, vite Zachée, le salut est arrivé pour ta maison aujourd'hui" Et vite, vite Zachée descend. Il est dans un état comateux. Il n'en revient pas, il est tout chamboulé. Il n'en espérait pas tant. Jésus comble son désir bien au delà de son espérance. " Le Seigneur n'a pas détourné de moi son visage". Et le résultat ne se fait pas attendre ; Avec solennité, il s'engage à partager ses biens avec les pauvres et à restituer, multiplié par quatre ce qu'il a volé. Le Seigneur ne joue pas à cache-cache avec nous : non seulement il veut voir notre visage en pleine lumière, mais encore il veut habiter aujourd'hui notre coeur, notre histoire pour la transformer par son pardon. Proximité et exigence. Miséricorde et justice. Ici nous avons peut-être, l'une des pages de l'Evangile qui illustre le mieux l'une des originalités du christianisme : c'est la rencontre personnelle, intime, amicale que Dieu en Jésus-Christ veut établir avec l'homme : proximité établie par le pardon et qui débouche sur une exigence de justice et de réparation pour les torts causés à autrui. Zachée est libéré d'un grand poids. Terminons par cette oraison de la liturgie du 27ème dimanche : "Dieu éternel et tout puissant, Tu combles ceux qui t'implorent au delà de leur mérite et de leur désir. Répands sur nous ta miséricorde, en délivrant notre conscience de ce qui l'inquiète, Et en nous donnant plus que nous n'osons demander". Amen