Fr.Jean-Gabriel
RANQUET, o.p.
" Avoir foi et avoir faim "
Dimanche 17 juin 2001 : 2ème dimanche après la Pentecôte
Nous célébrons aujourd'hui le Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Par là-même nous voici branchés sur le Jeudi Saint et sur Pâques. Pâques concerne, qu'ils le sachent ou non, tous les humains de tous les temps. Or, cet événement de notre salut, à portée universelle, s'est accompli devant un petit nombre de gens, la plupart, inconscients. Certes, sur le Calvaire il y a la Vierge Marie, Jean, les saintes femmes,, le larron repenti, mais ni les soldats, de corvée ce jour-là pour mettre à mort les trois condamnés, ni la petite foule qui assiste au supplice ne sont à la hauteur de l'événement. "Père, pardonne leur : ils ne savent pas ce qu'ils font", dit Jésus en croix. Ainsi d'une part, le monde entier est appelé à entrer par la foi dans la mort-résurrection du Christ, d'autre part, en fait, un tout petit nombre assiste à cette mort et "ne sait pas ce qui se passe". Alors, la veille de ce jour, au cours de son repas d'adieux avec ses apôtres, Jésus prend du pain, le bénit, le rompt, le distribue aux convives et dit : "Prenez et mangez ; ceci est mon corps livré pour vous" : référence à son supplice du lendemain. De même, à la fin du repas : "Prenez et buvez, ceci est la coupe de mon sang, versé pour vous et pour la multitude" : référence à son supplice du lendemain. Et il ajoute, ce qui est décisif : "Faîtes ceci en mémoire de moi" . Qu'est-ce à dire ?Jésus place sous les signes du pain et du vin son supplice du Vendredi Saint et ces signes il ordonne de les refaire. L'acte unique de sa mort ne pourra pas être répété, bien sûr ; il a été accompli " une fois pour toutes" (S. Paul), mais ces signes sont sacrements. Le sacrement est un signe qui "réalise ce qu'il signifie". L'Eglise a mission de refaire, au long de l'histoire, ces signes sacramentels, afin que la Pâque du Christ soit rendue réellement présente au regard de notre foi. Ainsi sont brisées les limites de l'espace et du temps. Partout où il y aura un prêtre, un peu de pain, un peu de vin, tous les croyants pourront avoir accès, par la foi, à la Pâque du Christ qui fait ainsi route avec eux. Ainsi Pâque est non pas répétée mais actualisée, présente de "Présence réelle" au regard de notre foi, contemporaine de tous les temps. Ce réalisme n'a pas manqué de heurter. " Les juifs discutaient entre eux ; comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? (Jn 6, 52). Aussi, la toute première attitude qu'appelle l'eucharistie c'est la foi. "Il est grand le mystère de la foi" dit le célébrant aussitôt après la consécration ; et les fidèles répondent en affirmant leur foi en la mort-résurrection du Christ : "Nous proclamons ta mort, Seigneur ressuscité, nous célébrons ta résurrection et nous attendons que tu viennes" Foi en la réalité de la Pâque, sacramentalisée là, sur l'autel. Foi et faim : " Prenez et mangez..prenez et buvez ". Faim de la manne que Jésus nous offre pour nous alimenter au long de notre exode. De tout son élan l'eucharistie sort du sanctuaire et nous pousse sur le chantier de notre vie quotidienne. Elle nous ravitaille, afin que nous vivions en vérité notre pâque. Au fil des jours nous avons à "mourir et ressusciter", à passer (pâque veut dire passage) d'une certaine manière de voir et de vivre celle du "vieil homme" pécheur, à une tout autre manière de voir et de vivre, celle de " l' homme nouveau ", en Jésus-Christ. Cette pascalisation de notre vie serait impossible si nous n'étions pas alimentés par le Christ pascal. Foi et faim.: cela se vérifie surtout dans nos multiples relations avec autrui, proche et lointain. Au soir de la Cène, Jésus lave les pieds de ses apôtres, et ce faisant, il leur dit : "Ce que je fais là, faîtes-le" C'est le même impératif qu'à propos du pain et du vin. Celui qui participe à l'eucharistie est par là même poussé à aimer ses frères d'un amour très humble. Sacrement de l'autel, sacrement du frère, ne séparons pas ce que le Christ a uni. Nous ne serions pas d'authentiques chrétiens.