Luc-Thomas Somme o. p.
"L'Esprit de Communion es Seigneur et il donne la vie"
Dimanche 3 juin 2001, Pentecôte

Pour nombreuses qu'elles soient, ses représentations aident-elles à le connaître vraiment ? L'Esprit Saint se manifeste sous forme de colombe et de langues de feu ; l'eau et l'huile en sont aussi des images, mais qui est-il, celui que Jésus promet et communique pour ne pas nous laisser orphelins ? Certains siècles de l'histoire de la spiritualité l'ont passablement relégué et si le vingtième siècle l'a, en quelque sorte, réhabilité, il semble pourtant parfois être une spécialité de quelques communautés nouvelles. La Pentecôte nous presse de prendre conscience de sa place non pas optionnelle mais centrale dans notre foi chrétienne. Selon l'antique prophétie d'Isaïe, il est l'onction du Messie annoncé : c'est sur le rejeton de la souche de Jessé, sur le descendant de David, qu'il viendra reposer (Is 11, 1-2), en sorte que cet Esprit Saint est proprement l'Esprit du Christ et, par suite, l'Esprit de cet autre Christ qu'est tout chrétien. Suivre Jésus, être son disciple, son frère et son ami, n'est possible que par la présence en soi de cet Esprit. Saint Paul affirme avec force : " Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas " (Rm 8, 9). Or, appartenir au Christ, lui être incorporé, vivre de sa vie, n'est-ce pas là l'aspiration essentielle de notre foi ? Pour cela, il faut donc avoir l'Esprit du Christ, lui être uni par l'esprit, n'être avec lui qu'un seul esprit. S'il est difficile d'approcher l'Esprit Saint en lui-même, au sein de la Trinité, beaucoup de ses effets nous parlent de lui et nous le manifestent.

Le Credo nous fait professer à son sujet : " Il est Seigneur et il donne la vie ". Une grandiose prophétie d'Ezéchiel montre la maison d'Israël comme un amas d'ossements desséchés qui reprennent vie par le souffle de l'Esprit (Ez 37). Aux découragés qui s'exclament : " nos os sont desséchés, notre espérance est détruite ", le Seigneur répond : " Voici que j'ouvre vos tombeaux! Je mettrai mon esprit en vous et vous vivrez ". Saint Paul marque, lui aussi, le lien entre la présence de l'Esprit et la résurrection : " Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous " (Rm 8, 11). Oui, l'Esprit Saint est celui qui donne la vie. C'est pourquoi il est Seigneur, comme l'ont remarqué les Pères de l'Eglise du début du cinquième siècle, alors qu'une grave hérésie lui déniait la divinité. Comment serait-il moindre que Dieu, rétorquaient-ils, celui qui nous divinise ? Il donne la vie comme une source jaillissant en vie éternelle ; il donne la vie divine ; il nous conduit là où il nous fait naître : en Dieu qui est Amour.

Saint Jean l'appelle aussi " l'Esprit de vérité ". Cette vérité, à laquelle l'Ordre de saint Dominique est d'ailleurs vouée, n'est pas uniquement conceptuelle. Il s'agit de la vérité de l'amour, par laquelle le disciple de Jésus restera fidèle à sa parole. L'Esprit est l'hôte intérieur qui éclaire et conseille, qui fait discerner ce qui plaît au Seigneur et qui permet de goûter la bouleversante tendresse de son coeur. L'Esprit de vérité guide l'Eglise entière dans une fidélité vivante au Christ : il la garde dans la foi des apôtres tout en la renouvelant perpétuellement au long de son pèlerinage. Il la presse de proclamer, en tout lieu et en tout temps, que Jésus est Seigneur et Sauveur. Il est ce vent violent qui souffle dans les voiles pour avancer au large, en eaux profondes, là où la pêche se fera nombreuse pour ceux qui croiront à la Parole. Il est l'Esprit de force qui transfigure la fragilité humaine en cet acte suprême d'amour que constitue le martyre. Dans chaque vie chrétienne, l'Esprit fait goûter Dieu, annoncer Dieu, préférer Dieu.

L'Esprit, qui souffle où il veut, est un esprit de liberté. Il nous fait passer de la servitude et de la peur à la filiation divine et à l'héritage de la joie éternelle. Le même saint Paul, qui affirmait : " Celui qui n'a pas l'Esprit du Christ ne lui appartient pas ", ajoute encore : " Tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu! C'est un Esprit qui fait de vous des fils ". L'Esprit Saint est " l'Esprit d'adoption ". Il vient prier lui-même en nous et crier dans notre coeur la parole filiale par excellence, celle par laquelle Jésus s'adresse à Celui qui l'a envoyé : " Abba, Père ". En habitant en nous, il y instaure, plus profond que tout trouble et toute souffrance, l'amour, la joie, la paix et la douceur. En effet, " l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné ". Si donc il nous enracine dans l'amour divin, il est encore " l'Esprit de communion ". Il est communion au sein de la Trinité, communion des hommes au Christ et par Lui à Dieu, communion fraternelle enfin au sein de la grande famille des enfants de Dieu qu'est l'Eglise. Il est comme l'âme de cette Eglise que le Concile Vatican II a décrit comme le Peuple de Dieu, le Corps du Christ et le Temple de l'Esprit. Le Pape Jean-Paul II rappelait récemment, en Grèce, combien l'unité des chrétiens importe à l'Eglise. Les cardinaux, dans le récent consistoire, ont confirmé que le troisième millénaire devra s'y atteler comme à une tâche prioritaire. Cette unité ne pourra briller que moyennant la prière, la fidélité au Christ, l'amour fraternel et la conversion des coeurs. Que l'Esprit de vie, de vérité et de communion nous y aide, lui " qui remplit l'univers et englobe toutes choses " (Introït).