Guy
Tardivy o. p. :
" Glorification par la passion et la résurrection"
Dimanche 13 mai 2001 - 5° dim. de Pâques
Les trois lectures d'aujourd'hui, chacune dans leur contexte, reflètent la vie de l'Eglise sous les deux aspects : terrestre et céleste. L'Eglise terrestre pérégrinante progresse dans la foi à travers les nombreuses tribulations. L'Eglise céleste est devenue la nouvelle Jérusalem parfaite, qui jouit de la vision de Dieu. Dans les deux conditions les fidèles vivent simultanément les deux temps du Christ, celui de la passion et celui de la résurrection, parce qu'ils sont en étroite communion avec leur chef comme les sarments de la vigne le sont au cep. Sur cette terre le chrétien est uni à la passion du Christ à travers les souffrances et la mort au mal, tandis qu'il s'associe à la résurrection profitant déjà maintenant des biens divins. Le livre de l'Apocalypse donne une description symbolique et prophétique de la double phase de la vie de l'Eglise où nous voyons le contraste entre le Christ et Satan, entre le bien et le mal, la Babylone orgiaque et l'Eglise des saints. Y est dépeinte la friction entre la vérité et l'erreur, la vertu et le vice, l'honnêteté et le péché. Saint Jean, conscient des tempêtes que les fidèles auront à traverser, veut les exhorter à la persévérance ; il veut les conforter, les rassurant que tout se résoudra par le triomphe du Christ et de l'Eglise. Voilà le véritable message de l'Apocalypse, où saint Jean contemple par dessus tout l'Eglise dans la phase finale de sa victoire, c'est à dire dans la cité céleste. Paul et Barnabé ont tout cela présent à l'esprit, quand ils encouragent les chrétiens de leurs communautés et les exhortent " à persévérer dans la foi ", en disant : " Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ". C'est la loi du mystère du Christ dans son cheminement de la passion à la gloire. L'organisation des communautés chrétiennes et les rites liturgiques, par lesquels les apôtres ont mis à la tête des fidèles des anciens, des presbytres, font partie de ces structures, institutions et actions sacramentelles qui marquent la vie de l'Eglise pérégrinante, mais qui ne seront plus nécessaires dans l'Eglise du royaume céleste. Saint Jean, dans l'évangile de ce jour, nous montre encore que le Christ au seuil de sa passion parle déjà de la glorification. Jésus au cours de la Cène a lavé les pieds de ses disciples. Il proclame alors l'accomplissement de la gloire du Fils de l'homme et de Dieu et donne le commandement nouveau. C'est déjà au soir du jeudi saint que Jésus est glorifié par anticipation : " Maintenant le Fils de Dieu est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu en retour lui donnera sa propre gloire et il la lui donnera bientôt ". Quelles sont les caractéristiques ici révélées ? Nous avons en même temps que l'actualité et la présence, un aspect de futur et d'attente : Dieu lui donnera sa propre gloire, il la lui donnera bientôt. Et nous avons la réciprocité : " maintenant le Fils de l'homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui " ; elle se retrouve dans la prière sacerdotale, en Jn 17, 1. 4-5. La réciprocité implique l'équivalence du Père et du Fils dans la glorification. En quoi consiste la glorification ? Elle apparaît dans le contexte immédiat lorsque Judas sort du Cénacle pour accomplir l'oeuvre de la trahison et que, dans la phrase qui suit, Jésus dit qu'il reste encore un peu de temps avec les siens ; il apparaît que le contenu de la glorification est le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Dans saint Jean, en fait, la crucifixion est dénommée élévation, exaltation (Jn 3, 14 ; 8, 28 ; 12, 32), et la résurrection est dénommée glorification. C'est alors que Jésus nous donne le commandement nouveau : " Mes petits enfants, je suis encore avec vous. Je vous donne un commandement nouveau : c'est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres ". (Jn 13, 33-35). Le commandement d'aimer se trouve déjà dans l'Ancien Testament. Quelle est alors la nouveauté que Jésus qualifie ainsi ? Elle consiste dans le fait de nous aimer " comme " lui nous a aimés. Aimer " comme " il aime est plus que simplement aimer. Enonçant ce commandement après l'acte du lavement des pieds des disciples, Jésus lui donne une résonance toute spéciale. L'acte de laver les pieds était le service de l'esclave ; Jésus en fait le signe de son sacrifice suprême, de sa mort sur la croix comme l'esclave. Ce type d'amour, jusqu'à la mort, est pour la communauté après le départ de Jésus, le signe de sa fidélité. C'est le signe par lequel on reconnaîtra le Seigneur même et ses disciples. L'exercice de cet amour ne relève pas des seules ressources humaines. Il faut l'aide de Dieu, il faut la grâce du Christ. A Pierre qui fait cette demande à Jésus : " Seigneur, où vas-tu ? " (Jn 13, 36), Jésus répond : " où je vais tu ne peux me suivre maintenant; mais tu me suivras plus tard " (Jn 13, 36). Après le sacrifice de Jésus la caractéristique de l'observance du commandement nouveau est donc la caractéristique pascale. Elle est à son tour la composante intime de chaque vie chrétienne. C'est ici que les sacrements, en fait, prennent toute leur efficacité en ce qu'il créent la conformité du sujet à la passion et à la résurrection du Christ. Ils mettent en valeur les biens divins. La double dimension est reflétée en mode tout singulier dans l'eucharistie, laquelle est par son institution, mémorial autant de la mort que de la résurrection et glorification du Christ. L'Eucharistie est sacrement de communion avec le Christ immolé et ressuscité, elle est nourriture qui fortifie durant le parcours du pèlerinage, elle est médecine qui guérit dans les luttes quotidiennes ; elle est déjà le seuil de la fête nuptiale qui aura son point culminant dans la Jérusalem nouvelle et que décrit l'Apocalypse, et est déjà le seuil de l'entrée dans le Royaume céleste de Dieu, à laquelle se réfèrent Paul et Barnabé nous exhortant à vivre le commandement nouveau que Jésus le Crucifié-Ressuscité offre pour le salut de tous les hommes. C'est à ce signe qu'on nous reconnaîtra comme les témoins de cet amour.