Bien difficile d'accéder à Jésus !.

Que fait cette foule que l'on imagine raisonnablement nombreuse, bruyante, si peu paisible ? À vrai dire, elle écoute.

Nous sommes bien renseignés sur cette foule : Simon-Pierre, André, Jacques et Jean, les disciples du Baptiste, des possédés, des lépreux guéris, des curieux…Debout, assis parterre, des vieux, des jeunes, des riches, des pauvres, des amoureux, des malheureux et même des scribes. Bref, il y a des gens, une foule qui écoute dont le centre est Jésus qui parle.
Arrivent pressé, en retard et pour cause, un groupe chargé d'un malade. Dans ce groupe au moins cinq gars : le paralysé et quatre costauds. Jésus parle, eux passent…
Et là, nous qui écoutons également, nous entendons un bruit du plafond, comme un voleur ou quelques grosses bestioles qui s'agitent.
Mais là, au-dessus de Jésus plonge la misère de l'homme : le mal en rayon d'ombre et de douleur sur le soleil. Là encore, la douleur qui rend orphelin, se noie dans l'océan d'amour.
À peine Jésus voit-il le paralytique, la Foi de ses camarades audacieux et forts. Fils, dit-il au paralytique, " tes péchés sont remis ". Interloqués, les scribes raisonnent en eux-mêmes.

Ici, commencent les ennuis : un trou dans le toit, un paralysé cloué sur un brancard perché entre ciel et terre, des savants qui réfléchissent en eux-mêmes !
La situation est pour le moins inhabituelle ; les scribes en formalisent une partie d'ailleurs non sans raison. " Qui peut pardonner les péchés ? Dieu seul. Or celui-ci est homme et ne peut être Dieu, donc, il blasphème "
Pourquoi tenir de tels raisonnements ? Deux attitudes s'opposent alors nettement : la foi des brancardiers, le raisonnement des scribes.
Choisissons les brancardiers, après tout, nous sommes habitués aux bons sentiments. Depuis notre catéchisme un parcours d'enfant, on nous a bien appris que les scribes, ce sont les méchants comme les Dalton et les Romains…et les pharisiens. Le gentil chrétien choisit les gentils. À ceci près que les choses ne sont pas aussi binaires. Et les ennuis continuent…
Les scribes ne sont pas que des imbéciles, ils connaissent l' Écriture, croient au pardon de Dieu et ont écouté, eux..
Les brancardiers dont le Seigneur admire certes la foi n'ont fait que grimper sur un toit, n'ont rien écouté de l'enseignement du maître, ennuient tout le monde, démolissent la maison et risquent la vie d'un malade avec leurs bons sentiments.
Jésus coupe court. Dans ce Capharnaüm fait de tension, d'amitié, d'attention, de risque, d'écoute et d'agitation : Jésus coupe court. Ce qui compte d'abord, c'est lui, ensuite le paralysé, enfin par le signe qui s'opère tous ceux qui voudront comprendre que tout change, tout se réalise, tout est neuf. " Pour que vous sachiez que le Fils de l'Homme a le pouvoir de pardonner le péché sur la terre, je te l'ordonne : Lève-toi " Jésus maître de la parole est médecin des âmes et des corps. La Parole que nous écoutons guérit, elle est réparatrice, elle est créatrice. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà ne le voyez-vous pas ? Seigneur, nous n'avons jamais rien vu de pareil.

En conclusions : Saint Marc nous livre à la fois un instantané des premières prédications de Jésus et une méditation sur le Salut qui se révèle. Pierre, André, Jacques et Jean assistant à la scène. Et je me risque à une relecture de l'événement :
Les brancardiers, ce sont eux, Pierre, André, Jacques Jean premiers apôtres les quatre premiers disciples qui écriront ou transmettront aux évangélistes ce qu'ils entendent, voient et touchent.
Puisse l'Écriture nous plonger pécheur, concrètement, devant Jésus qui parle, que son haleine, son souffle de vie nous transforme et nous relève. Puissions- nous jeunes gens devenir des prêtres ou nous tous trouver des prêtres qui parlent à Dieu ou de Dieu, qui écoutent et donnent le pardon. Des prêtres mais aussi des catéchistes et des frères qui ne raisonnent pas en eux-mêmes mais dans cette même et unique parole transmise, approfondie par les apôtres, gardée intacte par le dépôt de la foi.
Puissions-nous entendre souvent en nous et entre nous : Fils, tes péchés sont remis, lève-toi. Et agir en conséquence.


Ainsi soit-il

Jésus et le paralytique
7ème du T.O. ( Mc 2, 1-12)


Homélie du fr. Marie-Arnaud Gualandi o.p.
Dimanche 19 février 2006