Saint Padre Pio
Un prêtre sous le poids de la croix
Frère Vincent Tierny op.
Décembre


Il en est qui se gavent de piété et raffolent d'histoires extraordinaires ; ils sont consacrés trois fois à la vierge Marie, connaissent par cœur l'histoire du Padre Pio et multiplient les pèlerinages à Medjugorje ", tels sont les propos que rapportait Famille chrétienne il y a quelques mois dans un article sur les nouveaux charismatiques.
Même si vous n'êtes pas un ou une charismatique de la troisième vague vous pouvez aller puiser dans la vie de ce saint des nourritures pour vivre comme vous le commande l'Eglise, en marchant vers la sainteté.
I. RENSEIGNEMENTS SUR LA VIE DU PADRE PIO
25/05/1887 : Naissance de Francesco Forgione. Famille pauvre, son père devra
s'expatrier deux fois aux Etats Unis pour faire vivre sa famille.
1902 : A 15 ans rentre au séminaire, bon étudiant 1903, revêt la bure franciscaine
à 16 ans, et prend le nom de frère Pio.
27/01/1907 : Vœux solennels, déjà présence de Satan qui vient jour et nuit
l'attaquer, l'empêcher de dormir, le tenter. Le padre Pio résiste avec force.
10/08/1910 : Ordonné prêtre, reste dans sa famille jusqu'en 1916 pour cause
de mauvaise santé.
17/08/1910 : Reçoit les stigmates invisibles 1915 : Brièvement soldat, " affections
inexplicables ", température du corps = 49°c Septembre 1916 : Couvent de San
Giovanni Rotondo, jusqu'à sa mort
20/08/1918 : Transfixion, stigmates visibles.
C'était le matin du 20 du mois dernier. J'étais dans le choeur, après la célébration de la sainte Messe, quand je fus surpris par un repos semblable à un doux sommeil. Tous mes sens internes et externes, et même les facultés de mon âme se trouvaient dans une quiétude indescriptible. Et pendant que tous ceci s'accomplissait, je vis devant moi un Personnage mystérieux, ses mains, ses pieds et son côté ruisselaient de sang. Sa vue était terrifiante. Ce que j'ai ressenti à ce moment, je ne saurais le dire. Je me sentais mourir et je serai mort si le Seigneur n'était pas intervenu pour soutenir mon coeur qui sautait dans ma poitrine. La vision du Personnage disparut et je m'aperçus que mes mains, mes pieds et mon côté étaient percés et ruisselaient de sang ! Imaginez le supplice que j'ai alors éprouvé et que je continue d'éprouver presque chaque jour. De la blessure du coeur coule continuellement du sang, surtout du vendredi soir jusqu'au samedi.
Douleurs permanentes, difficultés à marcher. La plaie ne présente jamais d'inflammation, nettement ouverte. Stigmates des mains et des pieds recouverts d'une mince peau qui obture le vide de l'emplacement des clous de la crucifixion ; vide est nettement perceptible à la palpation. Autres phénomènes mystiques extraordinaires : Extases et apparitions, connaissance des cœurs, don des langues, bilocation, don des parfums, stigmates. La spiritualité du père Pio fait aussi des miracles, ou plutôt c'est Dieu qui en fait par son intermédiaire. Des foules viennent à son monastère de San Giovanni Rotondo pour se confesser et les pénitents constatent avec stupéfaction que le père lit dans leur coeur à livre ouvert: il leur rappelle tel événement caché de leur vie ou bien refuse la communion à quelqu'un qui, parmi la foule, n'est pas en règle avec sa conscience. Pendant la célébration de la messe, qui dure parfois trois heures, son visage exprime une émotion d'un autre monde. Il verse souvent des flots de larmes ou transpire à grosses gouttes malgré le froid.
Les bouleversements spirituels qu'il provoque journellement chez ses visiteurs s'accompagnent parfois de guérisons miraculeuses. Ce fut le cas d'un médecin athée qui niait vigoureusement les pouvoirs du père : atteint d'un cancer au dernier stade, il finit par accepter la visite du père Pio qui provoqua sa guérison et le transforma en excellent chrétien. Mais ce rayonnement provoque haine, envie et jalousie dans le clergé local qui s'empresse se détruire la réputation du Père à Rome. Ces prêtres salissent leur fonction sacerdotale par leur vie et par leurs propos. On est consterné à la lecture des témoignages. Ceux qui se sont acharnés contre le Padre Pio, qu'ils soient prêtres ou évêques, étaient la plupart du temps eux-mêmes salis par de graves problèmes de mœurs ou de fraudes très lourdes. Nous ne nous attarderons pas sur les vies de ces prêtres ! Pour décrire le lieu où arrive Padre Pio en 1916, un grand historien écrit : Une population abrutie par le soleil et les fatigues du travail dans la plaine, où on ne voit ni toit ni clocher d'église, une populace corrompue par la propagande bolchevique et par le mauvais exemple des prêtres.
Les persécutions
Quand il fut objet d'enquêtes et que l'on restreignit son ministère sacerdotal, il accepta tout avec résignation et profonde humilité. Devant des accusations injustes et des calomnies, il sut toujours se taire, faisant confiance au jugement de Dieu, de ses supérieurs et de sa propre conscience. C'est à son évêque, Monseigneur Gagliardi que revient la faute d'avoir trompé le gouvernement central de l'Eglise et en particulier le Saint office. En se servant de son autorité et de son prestige personnel et en faisant des dénonciations fausses, infamantes et calomnieuses contre le frère, il a amené l'organe suprême de l'Eglise à prendre des mesures très sévères et injustes envers Padre Pio, dont la seule faute est d'appeler les âmes à revenir à Dieu. Il écrit à Rome que le père se permet de caresser de jeunes femmes, qu'il fait payer des journalistes pour qu'ils fassent sa propagande, qu'il se procure des parfums coûteux, des tissus de luxe, et même qu'il a une horrible façon de confesser. Cet évêque on l'apprendra plus tard avait lui-même des mœurs très critiquables. Les effets de ces calomnies parviennent en 1922. Le 2 juin 1922, le Saint Office ordonne de mettre le père en observation, qu'il célèbre la messe de très bonne heure le matin, qu'il ne montre pas les soi-disant stigmates, qu'il interrompe toute relation, même épistolaire avec son directeur spirituel, qu'il se prépare à un transfert, en 1923 déclare qu'il n'existe pas de caractère surnaturel aux faits attribués à Padre Pio, en 1924 il est ordonné aux fidèles de ne plus avoir de relations avec le Padre Pio. En 1931 le Padre Pio est privé de tout exercice de son ministère excepté la messe, sans public. Il reste enfermé durant deux années pénibles au couvent.
16/07/1933 : Décrets du Saint Office abrogés (ont duré de 1922 à 1923). Mais
les persécutions continueron sjusqu'à sa mort. Mai 1947 : Travaux de construction
de l'hôpital, sa volonté d'aider les plus pauvres.
5 mai 1956 inauguration de la " Casa della Sofferenza ", il s'applique à soulager
les souffrances et les misères de nombreuses familles.
Dernière messe : le 22 septembre 1968
II. L'INCARNATION DES VERTUS DE FORCE ET D'ESPERANCE DANS UNE SAINTE OBEISSANCE
La sainteté de Padre Pio, le Saint Père l'a évidemment décrite au cours de la messe de canonisation du saint prêtre : L'image évangélique du "joug" évoque les nombreuses épreuves que l'humble capucin de San Giovanni Rotondo dut affronter. Aujourd'hui, nous contemplons en lui combien le "joug" du Christ est doux et son fardeau vraiment léger lorsqu'on le porte avec un amour fidèle. La vie et la mission de Padre Pio témoignent que les difficultés et les douleurs, si elles sont acceptées avec amour, se transforment en un chemin privilégié de sainteté, qui s'ouvre sur des perspectives d'un plus grand bien, connu seulement par le Seigneur. juin 2002. Ce joug, comment le Saint Padre Pio l'a-t-il accepté ? Pour comprendre son comportement il est essentiel de se pencher sur deux vertus chrétiennes que le saint a incarné a un degré très haut. Car il ne s'agit pas d'un simple stoïcisme, d'une attente patiente d'un avenir meilleur, ou d'une résignation à un destin pas forcément très clément. Non, le Padre Pio a accepté le joug pour s'unir plus pleinement au Christ, les stigmates n'étant que les reflets intérieurs de l'identification totale au Christ du Padre. Cette identification passe par la vertu de force. Qu'est elle donc ? La force exaltée dans notre monde contemporain n'a rien à voir. Il ne s'agit pas ici de la force qui écrase le faible, qui lutte pour des futilités quitte à oublier les valeurs les plus hautes, est en fait un aveu de grande faiblesse devant un monde que l'on ne comprend pas. Alors la force chrétienne, quelle est elle ? Nous allons voir les 3 éléments essentiels que nous devons nous aussi apprendre à acquérir en suivant le Padre Pio sur les traces du Christ.
A. La fermeté et la constance dans la tribulation, La résistance aux tentations mauvaises
En son §1808 il est dit que La force est la vertu morale qui assure dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien. La force ne se conçoit que dans la poursuite du bien, et quel est le bien absolu si ce n'est le Christ ? C'est donc dans la suite du Christ que le Padre Pio va exercer la vertu de force. Et si il a eu à exercer cette vertu, c'est parce que les difficultés n'ont pas manqué dans sa vie. Depuis son ordination jusqu'à sa mort il aura à subir les attaques du démon, de ses confrères, de tous ceux qui ne le comprenaient pas. L'homme, depuis le péché originel est souvent tenté de se glorifier de sa propre force, de croire qu'elle se suffit à elle-même, mais la bible rappelle régulièrement que cette force est trompeuse et que la vraie force provient de Dieu : Ainsi au psaume 33, le psalmiste peut chanter : Le roi n'est pas sauvé par une grande force, le brave préservé par sa grande vigueur. Mensonge qu'un cheval pour sauver, avec sa grande force, pas d'issue. Non ce n'est pas en soi-même qu'il faut trouver la force, mais dans le Seigneur, car nous dit le psaume Voici, l'oeil du Seigneur est sur ceux qui le craignent, sur ceux qui espèrent son amour, pour préserver leur âme de la mort et les faire vivre au temps de la famine. Le peuple hébreu ne s'est pas libéré tout seul des égyptiens, le Christ n'a pas joué au surhomme pour démontrer sa force, et Padre Pio n'a pas culbuté les persécuteurs par sa force ou celle de ses proches. L'un de ses biographes a pu compter sept périodes de persécutions dans la vie du Père, chacune d'entre elles s'étalant sur plusieurs années. A chaque fois, la même réponse dans l'obéissance : Voici ce qu'en écrit son supérieur en écrivant à l'un de ses amis après que le Padre Pio ait encore été frappé par une injustice : Les récentes décisions, ou plutôt dispositions, ne l'impressionnent pas. Il est toujours calme, tranquille, prompt à faire la volonté de Dieu. Dans le plus grand secret, je vous dit ceci : Sa douleur, son chagrin, c'est en pensant à ceux qui devront un jour rendre compte de leurs responsabilités. Souvent il m'exhorte à prier pour eux. Tout y est : La recherche du souverain bien, faire la volonté de Dieu, la constance dans le calme, la fermeté dans la direction à suivre. Nous pouvons même continuer à lire le psaume 33 qui correspond si bien à notre saint et à la vertu de force : Notre âme attend le Seigneur, notre secours et bouclier, c'est lui; en lui, la joie de notre coeur, en son nom de sainteté notre foi. Sur nous soit ton amour, Seigneur, comme notre espoir est en toi. C'est dans cette fidélité au Seigneur même au plus profond de l'épreuve que Pio tire sa force et sa joie et sa paix. Car la vertu de force nous dit le CEC permet de résister aux tentations mauvaises : Elle affermit la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles dans la vie morale. Beaucoup des adversaires de Padre Pio l'étaient parce que sa vie les éclaboussait de la pureté qu'ils avaient perdue depuis longtemps. Vous pouvez aisément comprendre que lorsque l'on est religieux, prêtre, ou évêque, que l'on vit dans la débauche, l'argent, l'idée d'avoir un saint à côté de soi est assez dérangeante. Et bien alors que ces personnages calomniaient le saint prêtre, celui-ci continuait sa vie de prière et pouvait dire : La paix est la simplicité de l'esprit, la sérénité de la pensée. La tranquillité de l'âme, l'assurance de l'amour. La paix est l'ordre, l'harmonie en chacun de nous : elle est une jouissance perpétuelle, qui naît du témoignage de la bonne conscience ; c'est la sainte allégresse d'un cœur dans lequel règne Dieu. Voyez ici la différence entre ces hommes suffisants qui ne voient que leur nombril et cet homme tout donné à Dieu : Les uns sont agressés par la présence d'un humble prêtre qui ne sort pas de son couvent, confesse et dit la messe, c'est tout. Et l'autre est plein de joie, de confiance. Alors où est la force ? Là où nous voyons que le Padre Pio était rempli de cette force, c'est qu'il a donné toute sa vie au Bien qu'il avait choisi librement, Dieu.
B. Aller jusqu'au renoncement et au sacrifice de sa vie
Le CEC explique que La vertu de force rend capable de vaincre la peur, même de la mort, d'affronter l'épreuve et les persécutions. Elle dispose à aller jusqu'au renoncement et au sacrifice de sa vie pour défendre une juste cause. Dés 1911, le Malin dit au Saint : Si tu t'obstines à ne pas m'écouter, je ferai des choses que l'intelligence humaine ne pourra jamais imaginer. Et en effet, le Padre Pio va être assailli par le diable et ses acolytes qui ne lui laisseront jamais plusieurs journées à la suite de tranquillité. Ainsi écrit-il à son Père spirituel : Mon Père, notre ennemi commun continue de me faire la guerre. Il veut me perdre à tout prix. Croque Mitaine ne veut pas s'avouer vaincu. Il a pris toutes les formes. Depuis plusieurs jours, il vient me visiter avec d'autres de ses satellites armés de bâtons et d'instruments en fer. Qui sait combien de fois il m'a jeté à bas de mon lit, en me traînant à travers les pièces ! Mais patience ! Jésus, sa Mère, mon ange gardien, saint Joseph et notre Père saint François sont presque toujours avec moi. Oui les esprits sceptiques peuvent sourire et l'ont d'ailleurs toujours fait, rien de tel que de tourner en ridicule les expériences surnaturelles que l'on ne conçoit pas pour jeter le discrédit sur ces expériences et le personnage qui les vit. Mais ne trouvez vous pas étonnant que ce soit une âme qui fait tant de bien aux âmes qui soit prise ainsi à parti par le diable. Je vous rappelle que le Diable est un ange déchu, en tant qu'ange il a une intelligence qui dépasse de beaucoup la notre, et il sait qui sont les hommes, les femmes qui sont le plus dangereux pour lui, ce seront eux ses cibles principales. C'est pourquoi les Saint Curé d'Ars, les bienheureuses Agnès de Langeac, les Saint Padre Pio et tant d'autres ont tant souffert de ses attaques directes. Ces saints ne sont pas des affabulateurs mais leur sainteté provoquait le diable, comme le pur provoque le laid. Et eux tous ont répondu de la même manière, en s'accrochant au Christ, source de toute force. En effet le CEC en son § 2848 rappelle le sens d'une partie du Pater, cette prière que nous répétons quotidiennement : Ne nous soumets pas à la tentation "Ne pas entrer dans la tentation" implique une décision du coeur: "Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur ... Nul ne peut servir deux maîtres" (Mt 6,21 6,24).). Dans ce "consentement" à l'Esprit Saint le Père nous donne la force. "Aucune tentation ne vous est survenue, qui passât la mesure humaine. Dieu est fidèle; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces. Avec la tentation, il vous donnera le moyen d'en sortir et la force de la supporter" (1Co 10,13). Les saints sont prêts à aller jusqu'au sacrifice de leur vie parce qu'ils savent qu'en étant abandonné au Père, il ne leur sera pas plus demandé que ce qu'ils peuvent endurer. Or un tel combat et une telle victoire ne sont possibles que dans la prière nous enseigne le Catéchisme. Le Padre Pio a trouvé la force de lutter toute sa vie contre les attaques pour aider toutes les âmes qui le consultaient en s'appuyant la prière. Le pape Paul VI l'évoque en interrogeant son auditoire : Regardez quelle renommée il a eue, quelle audience mondiale il a rassemblée autour de lui! Mais pourquoi? Peut-être parce qu'il était un philosophe? Parce qu'il était un sage? Parce qu'il avait des moyens à sa disposition? Parce qu'il célébrait la Messe avec humilité, confessait du matin au soir, et était, c'est difficile à dire, un représentant de notre Seigneur marqué de ses stigmates. C'était un homme de prière et de souffrance. Prière, confession et messe telles étaient les armes de lumière du Père. Et Padre Pio écrit : Pour arriver à atteindre notre objectif ultime il faut suivre le divin Chef, qui ne désire conduire l'âme élue par d'autre voie que celle qu'il a parcourue ; qui est celle, je le dis, de l'abnégation et de la croix.
C. La force ne se conçoit que dans l'espérance
Jean Paul II reprend :Comme la spiritualité de la Croix vécue par l'humble capucin de Pietrelcina est actuelle! Notre époque a besoin d'en redécouvrir la valeur pour ouvrir son coeur à l'espérance. Dans un monde miné par l'angoisse, la peur de l'avenir, les dépressions à répétition, l'exemple du Padre Pio nous montre le chemin. Cette espérance qu'il vit, elle est définie par le CEC en son §1817 : L'espérance est la vertu théologale par laquelle nous désirons comme notre bonheur le Royaume des cieux et la Vie éternelle, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et en prenant appui, non sur nos forces, mais sur le secours de la grâce du Saint-Esprit. Celui qui regarde la croix et y attache son cœur y voit non seulement la passion du Christ, mais aussi sa résurrection et son appel, Suis moi ! Le Padre Pio n'aurait pas pu résister aux agressions de ses ennemis aussi longtemps si la vertu d'espérance ne lui avait pas été donnée par le Seigneur. Car la vertu de force que nous avons vue plus haut est une vertu humaine, c'est-à-dire que ce sont les attitudes fermes de notre intelligence et de notre volonté qui guident notre conduite selon la raison et la foi. L'intelligence et la volonté humaines sont parfois insuffisantes en face des adversités. C'est pourquoi cette vertu de force doit s'enraciner dans la vertu théologale d'espérance qui va adapter les facultés de l'homme à la participation de la nature divine. Pour accueillir cette vertu d'espérance, encore faut il en prendre les moyens. Nous l'avons vu, le Padre Pio passait tout son temps au confessionnal pour donner le pardon de Dieu aux pénitents et les guider par ses conseils vers la vérité, et disait la messe de telle manière que tous les fidèles étaient transportés. Mais plus encore, dans sa volonté de permettre au plus de personnes possibles de recevoir cette espérance il répondit à l'appel du pape Pie XII. En 1943 celui-ci écrivait : Dans la lutte entre le bien et le mal qui combat l'Eglise, celle-ci ne peut trouver un appui continuel et sûr en ceux qui ne communient qu'une fois l'an. Aussi, je vous conseille de réunir et de former des groupes d'hommes et de femmes qui s'approchent au moins chaque mois de la table eucharistique et y amènent de plus leurs amis et connaissances. Le Padre Pio ne pouvait concevoir sa propre résistance à l'adversité sans en faire profiter ceux qui l'entouraient, toute sa vie, toute son action était tournée vers les âmes et leur salut : Il suffit de voir que ses dons charismatiques, tant les stigmates que la bilocation, ou les sueurs de sang étaient source d'édification pour les fidèles et d'humiliation pour lui, il ne s'en est jamais glorifié. C'est pourquoi ces dons charismatiques ont été mis au service de l'Eglise et du Salut des âmes. Sa réponse à l'appel du pape fut donc immédiate puisqu'il appela et encouragea la formation de groupes de prière : Ecoutons l'invitation du Saint Père et réunissons nous périodiquement pour prier ensemble... Je donne ma particulière bénédiction à tous ceux qui, suivant les invitations du Souverain Pontife, se réuniront périodiquement pour prier tous ensemble. Aujourd'hui les groupes de prière Padre Pio dans le monde sont plus de 3000. Autant de lieu où l'on rentre toujours plus en relation avec le Christ, où l'on ravive la flamme de l'espérance.
III. ET MOI ET MOI ET MOI...
En quoi sommes nous concernés par ce prêtre sous le poids de la croix ? Lorsque l'on m'a suggéré que ce titre n'était pas très accrocheur car ne concernant pas directement le public du groupe mission, je me suis posé quelques questions. Je vous en fais part.
A. Un prêtre sous le poids de la croix est un appel aux Simon de Cyrène
La question essentielle est : N'est ce pas parce que les fidèles chrétiens ne se sentent plus personnellement engagés dans le soutien du clergé et de sa croix à porter que ce dernier se fait si rare et si faible de nos jours. La vie du Padre Pio ne nous invite t'elle pas à nous rappeler l'expérience de Simon de Cyrène ? Simon ne connaissait pas Jésus et ne souhaitait pas connaître cet homme condamné à une mort infamante. Il n'aurait pas été écouter une conférence sur le thème Jésus, un homme sous le poids de la croix. Mais Il y a été contraint. Et il a été converti. On l'a obligé à se mouiller, à sortir de son train-train quotidien. Il a partagé les souffrances du Christ, il a connu l'homme, il a découvert Dieu. En vous attachant au Padre Pio, ainsi qu'à tous les prêtres qui vous entourent, vous renouvelez cette expérience. Mais il faut accepter de passer par les insultes, le mépris, l'incompréhension, il faut accepter le porter la croix, et c'est peut être la raison pour laquelle ce titre est dérangeant. Si il n'y a plus de prêtres sous le poids de la croix, les fidèles seront seuls à la porter, sans le soutient des sacrements de Dieu.
B. L'acceptation de la croix, un signe clair au monde narcissique
Deuxième question, ce thème n'est il pas un rejet catégorique du monde tel qu'il nous est présenté ? J'aime l'idée que l'un des paradoxes constants de l'histoire veut que chaque génération se convertisse au saint qui la contredit le plus catégoriquement. Je vous rappelle que le Padre Pio a vécu au XX°s les plus noires expériences que l'humanité ait connue, et est mort en 1968, l'année de la coupure avec un monde dit dépassé. Interdit d'interdire ou jouissons sans entraves, la recherche effrénée du bonheur, sans obstacles. Mais l'essentiel était oublié et le saint prêtre apportait le message dont le monde a besoin : Celui qui cherche Dieu trouve toujours le bonheur, alors que celui qui cherche le bonheur, en revanche, ne trouve pas toujours Dieu. Le Saint d'aujourd'hui, vous, moi, se doit d'être une contradiction vivante au monde, se doit de porter la croix, folie pour les païens.
C. Un prêtre sous le poids de la croix, un appel vivant à la sainteté
Troisième question : Sommes nous prêts à relever le défi qui nous est adressé par le Christ, la sainteté ? Dans une homélie qui suivait la canonisation du Saint, le cardinal Martins rappelait ces paroles du pape Jean Paul II aux jeunes : "Acceptez... avec un humble courage la proposition que Dieu vous fait. Dans sa toute-puissance et sa tendresse, il vous appelle à être des saints. Ce serait une folie que de se glorifier d'un tel appel, mais ce serait faire preuve d'irresponsabilité que de le repousser. Cela équivaudrait à signer sa propre faillite existentielle. Léon Bloy, écrivain catholique français du XX° siècle a écrit: "Il n'y a qu'une tristesse, [...] celle de n'être pas des saints". Alors deux alternatives, accepter cette tristesse de n'être pas des saints et vivre en heureux consommateurs avec le risque de se retourner un jour pour contempler sa vie et ne rien voir du tout. Ou bien, à la manière de ce fils spirituel du Padre Pio lui dire : " Père, je veux devenir Saint ! ", et entendre le saint répliquer : " Sale métier, mon fils ! ". Oui, sale métier, mais le seul qui vaille l'aventure.