Notre
lustre est un astre. Au centre du noyau sphérique trône une jarre
de verre aux formes arrondies, fécondes. Trois ufs, de la même
matière, voisinent dans l'ombre de l'Éden. Cette solaire corne d'abondance
est défendue par des bêtes métalliques aux gueules de serpent
ou de gargouille. Ici, il n'est plus utile de se souvenir que, dans une autre
vie, ces visages guerriers étaient les dents d'une pelleteuse.
Autour
de la sphère naviguent sept satellites. Leur disposition asymétrique
crée le mouvement même de cet ensemble baroque. Les corps célestes
sont faits de vastes coupelles ouvertes vers le ciel, comme des encensoirs. Le
feu les a ajouré, brodé, allégé, de telle sorte qu'elles
tamisent la lumière qui les surplombe. Au creux de chaque nacelle un cur
de verre (aquarium dans une autre vie) diffuse la lumière vers les pampilles,
en échange de quoi par un jeu de miroirs invisibles, une flaque lumineuse
mouille et colore le dessous des nacelles.
Pour
contenir ce vaisseau étoilé, Jean-François lui donne une
charpente aux pures formes ovales qu'il a arrimées à notre voûte
céleste, avec de fortes chaînes de bateaux. Grâce à
quoi il supportera les plus longs voyages qui conduisent de l'homme cosmique à
l'homme intérieur. Le temps de ce passage, " l'Objet " nous éclaire
(ce qui n'est pas original pour un lustre), mais sans tapage.
Si le
royaume de l'humain est dans la lumière du jour, le royaume spirituel commence
avec la nuit et son mystère. Il suffit de l'accepter et d'y pénétrer
pour être illuminé. Dans sa mémoire de veilleuse, on lui a
entré vingt programmes de couleurs : bleu, vert, rouge, blanc, or, violet,
rose... Dès la porte de l'église, comme un sémaphore, il
nous dit le temps liturgique, c'est ce qu'ont décidé les Frères.