LE BON LARRON
Notes prises à partir de la conférence du frère David Macaire op
Tout ceci paraît trop facile
: comment la miséricorde de Dieu peut-elle accorder le salut à des
gens qui ne le méritent pas ?
C'est aussi l'histoire du pharisien, un
homme qui fait tout pour respecter les écritures, et du publicain qui vit
dans la débauche et le luxe, et se souvient de la loi de Dieu et se met
alors à prier. Le pharisien, lui aussi prie, mais c'est le publicain qui
est revenu justifié.
Le bon larron fait une confession, lorsqu'il reconnaît
: " je suis là, c'est justice ". Le bon larron est donc le premier
à entrer au paradis, (il a pu choisir sa place !), avec tous les justes
de l'ancien testament, et notamment Adam, emmené par le Christ lui-même.
C'est
le mystère scandaleux de la miséricorde de Dieu : à quoi
sert tout ce que nous vivons ? " Mangeons et buvons, puisque demain nous
mourrons ", et au dernier moment, sur notre lit de mort, nous emploierons
la " méthode bon larron ". Ce qui compte, c'est notre état
au moment de la mort, qui fixe l'état de l'âme. Un péché
mortel est un acte fait délibérément et qui touche une matière
grave. Si on ne l'a pas fait exprès ou si cela ne touche pas une matière
grave, c'est un péché véniel. Les matières graves
font référence aux dix commandements, qui touchent en plein la nature
de l'homme. L'homme est brisé s'il touche à son amitié avec
Dieu à laquelle font référence les quatre premiers commandements.
Le
fils prodigue méprise l'amour de son père : il ne revient pas en
demandant pardon, car il ne croit plus en l'amour de son père. Lors de
l'acte de contrition, nous disons : " Mon Dieu, j'ai un très grand
regret de vous avoir offensé car [
] le péché vous déplait.
" Le fils prodigue a honte de son péché, mais Dieu veut autre
chose de nous que cette simple honte : lorsque nous avons commis un péché,
ce qui nous fait de la peine, c'est d'avoir blessé le cur de Dieu.
Dieu n'aime pas tout le monde, il aime chacun de ses enfant et c'est ce que nous
faisons chacun qui lui importe.
La misère de l'homme appelle
la miséricorde de Dieu. Dieu fait miséricorde à qui il veut.
Chez les protestants, cela s'appelle la théorie de la prédestination
: certains hommes sont prédestinés au salut, d'autres non.Luther
a la conviction que de toute façon, les hommes restent profondément
pécheurs car le péché atteint tout le genre humain. Lorsque
Dieu justifie un pécheur, c'est à dire qu'il le rend juste, il jette
sur lui un manteau de salut, mais qui reste extérieur. L'homme reste quand
même pécheur. C'est d'ailleurs ce que nous voyons, lorsque nous commettons
des péchés : malgré la grâce du baptême, nous
avons toujours l'impression d'être pourris de l'intérieur. Pour les
catholiques, quand Dieu sauve, il purifie l'homme de l'intérieur par sa
grâce. Il lui donne la force de résister au péché et
de réaliser des uvres plus grandes par le don de l'Esprit Saint.
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Cependant, certains
hommes semblent bénéficier plus que d'autres de la miséricorde
de Dieu. Pourquoi le bon larron est-il le premier à rentrer au paradis
et non pas la Vierge Marie ? Le bon larron manifeste ainsi que la miséricorde
de Dieu est un don purement gratuit, qui ne s'obtient pas par des actes. Ainsi,
les pharisiens n'obtiendront pas la miséricorde par leurs uvres.
Marie n'a rien fait pour obtenir la miséricorde de Dieu : elle est sauvée
de la même manière que nous. C'est l'Immaculée Conception
: elle a reçu le salut de Dieu et a été préservée
du péché originel au moment de sa conception. C'est une grâce
gratuite qui ne s'obtient pas. Marie manifeste ainsi que le salut est totalement
gratuit : elle n'a pas fait plus de choses que les autres.
Les bonnes uvres
que nous faisons manifestent la justification de Dieu. Le père surveille
son fils depuis la route, il n'écoute même pas son fils, tellement
il est heureux de le voir ; ainsi le fils ne va pas aimer son père pour
obtenir son amour, mais parce qu'il est bénéficiaire de cet amour.
L'amour de Dieu agit en nous, et nos actes sont des fruits de la miséricorde
: c'est la même grâce que celle qui a été donnée
au bon larron, la même qui a préservé Marie et qui nous guérit.
Dieu
est blessé, touché par notre péché, car il nous aime
personellement d'un amour inimaginable. Dans notre société, l'homme
fait l'expérience douloureuse du péché, à un moment
de notre histoire où le péché se déchaine. Dieu veut
nous guérir, il veut toucher tout le monde. Lui seul peut nous guérir.
Dieu nous fait cadeau de son agir : il amplifie nos pauvres actes, qui ne servent
à rien si Dieu n'y met pas sa griffe.
L'état de grâce est
notre état normal. La miséricorde est représentée
sous des traits féminins. La révélation biblique donne à
Dieu l'image des entrailles qui frémissent,comme celles d'une mère.
Dieu comme une mère ne peut supporter que son enfant soit dans le besoin.
La justice de Dieu se résoud dans un trop plein d'Amour. Il ne mesure pas
ses dons, mais nous comble. L'amour qui sauve le bon larron est le même
qui permet aux saints d'accomplir de grandes uvres. Sainte Thérèse
dans sa petite voie de la sainteté dit : " si j'avais commis tous
les crimes possibles, je garderais toujours la même confiance ". La
justice de Dieu est une justice par excès d'Amour.
Et pour finir,
un petit schéma qui vaut mieux qu'un long discours
Les hommes
sont représentés par des petits aimants, attirés par la force
du gros aimant : pour pouvoir être attirés, il faut juste qu'ils
se placent du bon coté, sinon, ils seront repoussés. Lorsqu'on se
détourne de Dieu, la même force qui devrait nous attirer nous repousse.
(explications physiques : lesaimants sont polarisés, et deux charges de
même polarité se repoussent, deux charges de polarité opposée
s'attirent. )
En clair, Dieu a besoin que nous nous tournions vers lui pour
qu'il puisse nous attirer à lui.