Jeanne d'Arc est intervenue au nom de Dieu sur une mission temporelle : Dieu intervient donc dans l'histoire pour donner la victoire à un camp. Au moment où Jeanne intervient dans l'Histoire, la victoire du Roi d'Angleterre ne fait aucun doute, d'autant plus que le Dauphin Charles VII avait été déshérité par son père. Pourtant cette jeune bergère lorraine prétend qu'elle a entendu des voix qui lui demandent de se porter au secours du Dauphin.

Elle donne trois signes pour prouver sa mission :
- Orléans assiégé sera libéré
- Le Dauphin sera couronné
- Paris sera reconquis, ce qui arrivera effectivement après la mort de Jeanne.

L'intervention de Dieu par Jeanne d'Arc fait naître trois réflexions :

- Le problème de la désobéissance à l'Eglise : Jeanne, au service du Roi de France, est faite prisonnière. Elle est jugée par un tribunal ecclésiastique auquel elle résiste en disant " je m'en rapporterai à Notre Seigneur ". Elle a donc affirmé qu'il fallait plutôt obéir à Dieu qu'à l'Eglise.

- Le problème de l'intervention de Dieu dans un camp : quel est l'acteur principal de l'histoire, est-ce Dieu ou sont-ce les hommes ?

- Le problème de la fin de la vie de Jeanne : Dieu apparaît comme fort exigeant, il va chercher Jeanne à l'âge de 13 ans et lui demande de tout quitter. Jeanne se met donc au service d'une mission divine et quitte tout. Comme ses voix le lui avait promis, elle est faite prisonnière et est soumise à un tribunal ecclésiastique qui fait pression pour qu'elle reconnaisse que ses voix n'étaient que des illuminations. La peur du bûcher lui fait signer certes une rétractation, mais Dieu lui fit comprendre qu'en se rétractant de la sorte, elle se damnait. Jeanne a donc la conscience que son salut est en jeu (comparons avec nos attitudes aujourd'hui, et l'opinion communément admise qu'il est difficile de ne pas être sauvé…). On peut donc se poser la question de la difficulté de se sauver, alors qu'elle s'est mise au service de Dieu.

Piste de réflexions pour résoudre ces trois pistes de réflexion.

- L'obéissance : le rapport entre l'obéissance aux hommes, à l'Eglise et à Dieu.

Ses voix apparaissent comme ayant un aspect bien humain. On a demandé à Jeanne pourquoi elle n'avait pas demandé la permission à ses parents pour les quitter, elle répondit que ses voix l'avait laissée libre de leur en parler ou non. De même, alors qu'elle est prisonnière chez les Anglais, elle se jette d'une fenêtre pour s'évader, on lui demanda ce qu'en avaient pensé ses voix, elle rétorqua qu'elles ne voulaient pas qu'elle saute, mais qu'elles lui avaient pardonné. Enfin, face à sa peur de la mort, les voix lui ont toujours dit qu'elle serait libérée.

Que penser donc de cette désobéissance ?

Dans la bulle de canonisation, elle est présentée comme un modèle d'obéissance à l'appui des textes du procès et des textes du procès de réhabilitation, qui déclare donc que le procès qui l'a condamnée était faux.
Jeanne a refusé de se soumettre mais ne discute pas sur les questions de la Foi ou sur les dogmes. Jeanne a un profond respect pour les hommes d'Eglise. Jeanne est en fait soumise à deux choses : au Roi et à sa conscience. Or cette question de la conscience ne regarde que la confession, ce que Jeanne a toujours demandé à faire. La raison pour laquelle elle a refusé de se soumettre au tribunal, c'est parce qu'il lui demandé d'aller contre Dieu. Jeanne a compris qu'obéir à l'Eglise n'est pas une fin en soi, obéir à l'Eglise n'est qu'un moyen d'obéir à Dieu. Cela ne pouvait pas être l'Eglise qui lui demandait, d'ailleurs le tribunal qui l'a condamnée pour hérésie a accepté qu'elle communie : ce tribunal n'était donc pas honnête avec lui-même. Il ne faut pas confondre obéir et suivre, ni l'obéissance à un ordre avec une pression psychologique.
Cela nous invite à réfléchir : l'obéissance à Dieu nous demande d'aller contre la majorité pour opposer à des idées personnelles, Jeanne a accepté une mort dont elle n'avait pas envie. Obéir ne doit pas être démissionner : de toutes manières, il faudra en répondre à Dieu.

- Dieu intervient dans un camp.

Jeanne d'Arc fut béatifiée tard (1926), car on ne croit plus que Dieu est le maître de l'histoire : Dieu nous donne des forces, mais l'histoire dépend de nous. Si Dieu est créateur, il est forcément acteur. Ce qui exceptionnel, est-ce que Dieu intervienne ? Non, c'est que cela se voit. Dieu peut intervenir, ce qu'il a fait dans l'ancien testament. S'il ne le fait pas, il décide de ne pas le faire. Dieu n'est jamais spectateur : de temps en temps, Dieu intervient et à d'autres moments, il la regarde : Dieu conduit l'histoire.

2 problèmes émergent alors :
- si Dieu conduit l'histoire, quid de notre liberté ? Dieu agit et nous sommes libres : mystère de Dieu et de notre condition.
- si Dieu conduit l'histoire, dans quelle direction ? dans quel sens ? Dieu réalise-t-il sa volonté malgré les horreurs du monde.

Comment analyser ce qui nous accable ? Il faut accepter ce mystère.

- Rapport entre le caractère temporel de la mission de Jeanne et le fait qu'elle soit devenue une sainte.

Un chrétien attend la vie éternelle mais plus tard telle une récompense selon la manière qu'on aura eue de se comporter.Jeanne nous montre que ça ne marche pas comme ça. La toute première réaction de Jeanne face aux voix : consacrer sa virginité à Dieu.
Les voix ont allumé dans son cœur un désir du ciel, les voix lui ont promis de la conduire au ciel, mais sans aucune sécurité : " si j'y suis [en état de grâce], Dieu m'y garde, si je n'y suis pas, Dieu m'y mette ".

Il est essentiel pour Dieu que Jeanne devienne une sainte. Quelques jours avant sa mort, ses voix lui ont dit qu'elle était en péril de se damner : ce qu'il faut pour rentrer au ciel : sa confiance.Pour Jeanne d'Arc, faire confiance, c'est accepter/ne pas céder/résister : il faut s'abandonner complètement, ce qui implique une certaine mort

La mort de Jeanne fut si impressionnante que tous les témoins oculaires en ont pleuré.

Sainte Jeanne d'Arc
Quand Dieu se salit les mains !

Fr.Benoît-Marie Simon op.
29 novembre 2005