Saint François de Sales
Educateur du cœur des hommes

M. Chassagne, directeur du lycée de la Sauque
31 janvier 2005

Né en Savoie en 1567 et mort en 1622, Saint François de Sales vécut à une période charnière pour l'histoire de France, durant laquelle les troubles civils entre Protestants et Catholiques prennent fin (Edit de Nantes en 1598) et la renaissance religieuse du pays s'amorce (" siècle des âmes "). Sa vie est marquée par une grande unité d'action : il fut un homme d'Eglise emprunt d'un grand sens du service et de l'amour du prochain.

1) La jeunesse et la formation (1567 - 1593)

Né dans une famille de la petite noblesse savoyarde, il est l'aîné de 13 enfants et gardera toute sa vie un sens aigu de sa responsabilité d'aîné puis de chef de famille. Son enfance est caractérisée par une profonde sécurité affective, en particulier de la part de sa mère (" Ma mère ou moi-même, c'est tout un "), grâce à laquelle il parvient à dominer ses peurs, qui font plus de mal que le mal lui-même. Il reçoit néanmoins une éducation très rigoureuse, dont les châtiments corporels ne sont pas exclus. Il quitte son foyer à 6-8 ans pour entrer au collège d'Annecy, qu'il quitte à 11 ans pour le prestigieux collège de Clermont à Paris où il réalise de brillantes et très complètes études.

En 1586-1587, il éprouve une grande angoisse pour son salut - qui avait conduit Luther au schisme. Il ne cède pas, grâce à un acte d'abandon devant Notre-Dame de la Délivrance. Souhaitant pour son fils une carrière d'avocat et un poste de sénateur de Savoie, le père de François l'envoie faire son Droit à l'université de Padoue en 1588. C'est durant cette période qu'il songe à la prêtrise et qu'il suit des cours de théologie en cachette. Docteur en Droit à 24 ans, il rentre en Savoie en 1592. Il refuse le poste de sénateur et annonce sa volonté de devenir prêtre. Il est ordonné prêtre en 1593.

2) La vie apostolique

Il est nommé prêtre en Savoie, dans le diocèse de Genève. Cette ville est à l'époque la capitale du protestantisme, de Calvin et de Théodore de Bèze, son successeur, dans laquelle l'évêque et tous les catholiques sont interdits de séjour. Il y entreprend des missions courageuses en zones protestantes, avec pour souci principal de toucher le cœur des gens plutôt que d'avoir raison à tout prix. C'est au cours d'une de ces missions qu'il rencontre et débat avec Théodore de Bèze, à qui il fait reconnaître qu'il est plus aisé d'atteindre le Salut dans la religion catholique. Sa vie est marquée par de nombreuses rencontres qui lui permettront de consolider son apostolat et de toucher plus profondément le cœur des gens.

Sous le pontificat de Clément VIII (pape de 1592 à 1605 et dernier pape de la Contre - Réforme), il se rend à Rome où il rencontre Philippe Néri, saint fondateur des Oratoriens. Sous le règne d'Henri IV, il se rend à Paris où il prêche devant la Cour. Il prend part à des séances du salon spirituel que la " belle Acarie " donne chez elle. Il y rencontre notamment Beaucousin, vicaire de la Chartreuse de Paris, qui a pesé d'un poids considérable dans la renaissance spirituelle de la France. Il s'entretient également avec Bérulle, introducteur du Carmel en France. Il est particulièrement marqué par la spiritualité de Sainte Thérèse d'Avila (morte dans la nuit du 5 au 15 octobre 1582 !), mystique centrée sur l'humanité du Christ.

En 1602 il est sacré prince évêque du diocèse de Genève à Thorens, dans l'église de son baptême. En 20 ans il ordonnera la bagatelle de 900 prêtres. Malgré l'interdiction formelle, il rentre dans Genève où il parvient à convertir un nombre non négligeable de protestants. C'est durant ce ministère qu'il rencontre Jeanne de Chantal, au cours d'une prédication de carême à Dijon. Il la libère de ses peurs de jeune veuve qui fut très amoureuse de son mari et tyrannisée par son beau-père, en lui appliquant la " formule " reçue durant sa jeunesse : ne rien faire par crainte, mais tout par amour. Il lui confie l'ordre des Visitandines et entretient avec elle une relation épistolaire très fournie, profonde et dans laquelle s'approfondit une très grande connaissance mutuelle. Cette rencontre est fondamentale pour son apostolat centré sur l'amour de tous, elle est à la genèse de son Traité de l'amour de Dieu, ouvrage dans lequel il avance que Dieu est avant tout le " Dieu des rencontres ". Il participe en outre à de grands débats théologiques, essentiels dans la renaissance religieuse de la France catholique. En 1618-1619, il retourne à Paris où il rencontre Saint Vincent de Paul.

3) La fin de sa vie

Malgré une grande soif de repos, il ne parvient pas à calmer son ardeur éducatrice et théologique. En 1622, il tombe gravement malade à Lyon. Il est abrité dans la cabane du jardinier du monastère de la Visitation, où il meurt le 28 décembre 1622. Sa postérité est très grande, de nombreuses familles religieuses se réclamant de sa spiritualité centrée sur l'amour du cœur des hommes, entre autres les Salésiens de Saint Jean Bosco.